IFRS lave plus blanc
Emmeline — 27/05/2008 - 23:05

C'est Jean-Edouard qui a refait le blog lors de notre emménagement, il a pensé à mettre une rubrique "Economie des jeux vidéo", une autre "Economicismes", mais bizarrement il a oublié "Trucs sérieux".
Parce que je ne suis pas qu'une teigne : une "chronique breakingviews" intéressante sur lemonde.fr (et au titre lamentablement traduit ; la VO serait plutôt "les geignements des banquiers sur la valeur de marché sont tout sauf sincères"). Je continue à partager l'avis de, semble-t-il, la majorité des lecteurs et à regretter qu'un Monde point si riche perde ses sous à financer ce qui n'est le plus souvent qu'une tribune empreinte de mauvaise foi, quand ce n'est pas franchement un tissu de mensonges idéologique, le tout sans clairement indiquer avant la fin de l'article que nous n'avons pas affaire à oeuvre de journaliste mais de pamphlétaire, mais ça ne me regarde pas. Sans compter que le parti pris est tel que je m'en rends bien souvent compte dès les premières lignes (dès le titre, quand je suis en forme).
Ca a d'ailleurs encore été le cas, mais pour d'autres raisons : le propos est cette fois nettement plus mesuré, mais l'auteur s'adresse à un public qu'il croit visiblement initié au moins à la base du maniement des normes comptables. Pour suivre ledit article, il faut donc savoir en très, très, très gros, que deux systèmes de comptabilisation des actifs (notamment financiers mais pas que) se sont longtemps affrontés. Le vainqueur par KO est le système "anglo-saxon" qui privilégie une évaluation des actifs au plus près de leur valeur "réelle", tandis que le système français, nettement plus timoré (mais ça n'est pas forcément une tare chez les comptables), les évaluait à leur coût d'acquisition, éventuellement déprécié(1) - à lire absolument si vous êtes perdu. Ce qui pouvait conduire à compter comme quasiment nul un immeuble haussmannien sur, au hasard, le boulevard des Italiens (à nouveau en très très gros, car de nombreuses possibilités de réévaluation étaient offertes).
Cependant, la valeur "réelle" est en fait définie dans le premier (comptabilité par juste valeur, ou fair value) comme le prix auquel l'actif pourrait être échangé à la date de valorisation entre deux parties éclairées (l'équivalent pour les banques et autres acheteurs potentiels d'adultes sains d'esprit, majeurs et vaccinés). L'idée étant de savoir ce qu'on pourrait tirer des actifs (ce qui reviendrait aux actionnaires) s'il fallait les liquider, là, tout de suite. Ce qui pose d'énormes problèmes en temps troublés, d'abord parce que les prix de marché chutent souvent brutalement, et avec eux la valeur comptable de vos actifs - c'est la signification des dépréciations annoncées en cascade dans les institutions financières depuis un an, et qui se chiffrent parfois en milliards de dollars, ensuite parce qu'il arrive un moment où une partie des actifs que vous détenez (au hasard, des actifs adossés à d'obscurs gloubi-boulgas dans lesquels pourraient bien se nicher une bonne partie de prêts subprimes) font tellement figure de mistigri sur le marché que personne ne veut tout simplement les acheter, quasi à n'importe quel prix. C'est ce qu'on appelle une situation d'illiquidité des marchés.
Bien évidemment, autant il est fort agréable d'engranger de confortables plus-values (latentes, c'est bien le problème) en période d'expansion, autant on se passerait bien du retour de bâton quand ça va mal. C'est pourquoi l'IIF, un syndicat d'institutions financières (Daniel Bouton siège à son comité exécutif), soucieuse de protéger ses pauvres petits membres, propose la solution suivante : "Fourth, explore alternative valuation techniques for assets in illiquid markets to avoid unintended adverse consequences in the application of fair-value accounting." Ce que Robert Cyran, notre breakingviewer, interpole un peu (cela dit, il a probablement plus d'informations que moi) ainsi : "en revenir aux prix historiques des actifs dans les comptabilités en période de crise."
Personnellement, je ne vois dans le communiqué de l'IIF aucune mention de retour systématique aux prix historiques, ils parlent simplement de techniques de valorisation alternatives (dont certaines au demeurant s'appliquent déjà à la valorisation d'actifs non échangés sur les marchés mais que l'on souhaite quand même évaluer à la juste valeur ; cela exige la mise en place d'un modèle interne de valorisation généralement assez trapu, mais pas forcément, qui devra être validé par votre commissaire aux comptes). Mais soit, admettons que Cyran ait raison. Je rejoins alors ses arguments consistant à dire qu'on ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et les milliards de la BCE et qu'il est pour le moins peu transparent de vouloir afficher les prix de marché au nom de la transparence et de la juste valeur lorsque ceux-ci vous arrangent pour décider que finalement la transparence on s'en passe bien quand elle n'est pas très rassurante(2).
Cela dit, je ne suis pas entièrement convaincue par "cette spirale fonctionne dans l'autre sens quand les prix montent" ; non, une bulle ne "crée pas de capital". Une bulle crée une illusion monétaire, l'impression d'être riche parce que vos actifs vous rendraient riche si vous les vendiez ; mais tant que vous n'avez pas vendu et réalisé votre plus-value, tout cela peut partir en fumée - et le fait parfois. Relisez à cette occasion L'Argent de Zola et une partie du billet permanent d'Econoclaste sur l'arbitrage achat/location de logement. On peut à la limite considérer que pour une entreprise donnée, une bulle peut être l'occasion de créer du capital en faisant une augmentation de capital : si l'action est bien cotée, les investisseurs seront prêts à payer plus pour un même pourcentage de la propriété de la boîte. Mais c'est à peu près tout. La Société Générale, en tant que Société Générale (qui n'a pas d'âme, je ne le dirai jamais assez), ne se porte pas mieux parce que son action caracole (ou alors, uniquement dans la mesure où cela la met relativement à l'abri d'une OPA ou d'une ignominieuse faillite, mais nous parlons de cas extrêmes), a fortiori parce que son bilan est conséquent et rebondi, les choix comptables n'ayant strictement aucune influence directe (et peu d'influence indirecte, hors généralement par voie boursière - cela dit pour une banque la différence peut être bien réelle) sur la santé d'une entreprise. En revanche, sur le bénéfice net que peut annoncer un DG à une Assemblée Générale potentiellement mouvementée...
Corollaire : avec la solution proposée, le problème ne serait réglé qu'à moitié, certes. Mais pas vraiment, pas seulement, au bénéfice des membres de l'IIF. Plutôt au bénéfice des membres de son Board of Directors...
(1) A cela s'ajoute une 3e valorisation possible, dont il sera question plus bas : celle réalisée par des modèles mathématiques en interne ou par un expert indépendant. Si on prend l'exemple simplissime d'une obligation, on peut l'évaluer au prix qu'elle nous a coûté, éventuellement déprécié (coût historique) ; à son prix de marché (juste valeur) ; si elle n'est pas disponible sur le marché (certaines obligations sont réservées à des acquéreurs particuliers, notamment les obligations sophistiquées), elle vaudra la valeur actuelle nette de ses flux de trésorerie prévisionnels. Si ça vous paraît vraiment trop jargonnant, allez faire un tour sur Wikipedia.
(2) on remarque d'ailleurs que les banques américaines, naguère acharnées militantes de la fair value, sont aujourd'hui les premières à brûler ce qu'elles avaient adoré.



Banquier sincère : dans mon
Anonyme — 28/05/2008 - 08:29Banquier sincère : dans mon esprit, cela m'évoque des notions telles que marchand honnête, service gratuit, capitalisme régule, prix du marché ou service public : des constructions qu'on peut trouver dans certains recoins des modèles jugés, contre toute évidence, d'autant plus "sérieux" que le nombre d'axiomes sur lequel ils reposent est faible et grâce auxquels on construit des logiques gouvernementales séduisantes, mais innatteignables, aussi idéales pour le marché des croyances populaires que les collections de figurines : on en obtient la moitié pour cent balles en quinze jours, mais, bizarrement, on ne voit jamais la fin de la route.
Je me pose sérieusement la
Anonyme — 28/05/2008 - 11:57Je me pose sérieusement la question : notre économie fonctionnerait-elle encore s'il n'y avait pas des banquiers pour tromper les épargnants et leur faire prendre des décisions mal informées ?
Je ne pense pas...
Emmeline — 28/05/2008 - 12:49... car cela reviendrait à se poser la question corollaire : notre économie fonctionnerait-elle encore s'il n'y avait pas des banquiers pour financer les entreprises et les individus et leur permettre de réaliser leurs projets ? et qui dit décisions mal informées ne veut pas forcément dire décisions mal fondées. Votre question pose le problème de l'adéquation des risques financiers entre offre et demande, mais je ne vais pas me lancer là-dessus (Gizmo ?).
Plus sérieusement, les banquiers trompent stricto sensu rarement les épargnants : la législation est sévère là-dessus. En revanche, beaucoup (mais comme pas mal de commercants finalement), certes pas tous, font passer les intérêts de la banque avant ceux de leurs clients, d'autant plus facilement que peu de gens sont à même (ou prennent le temps), y compris parmi "les banquiers" eux-mêmes, de comprendre la complexité de certains des produits qui leur sont proposés - il n'est que de voir les tribulations de nombreux souscripteurs de crédit à taux variable. Qui cela dit se sont comportés précisément comme les nobles institutions gentiment moquées ici : quand le taux variable est bas, on prend le taux variable, quand il monte, on veut revenir au taux historique...
[Cela dit, je précise à tout hasard - que les commentateurs précédents ne le prennent pas contre eux - que je ne veux pas transformer ce billet en appeau à trolls bancophobes. Au fait, la compta, ca n'intéresse personne ?]
la compta ? heu...
ABBA : Anonymes Bancophobes Bienveillants et Associés — 28/05/2008 - 19:33Aucun problème : "to fight the bug, we must understand the bug" (Starship Troopers : Robert Heinlein).
Plus sérieusement, quel est
ABBA : Anonymes Bancophobes Bienveillants et Associés — 28/05/2008 - 21:24Plus sérieusement, quel est exactement le rapport entre les dépôts des épargnants et le fait que les banquiers prêtent ou non de l'argent aux industriels ?
Qu'est-ce qui interdirait de concevoir que l'épargne des déposants soit investie par exemple exclusivement en emprunts d'état et que les banques prêtent "librement" ce que bon leur semblerait ?
Heulo
Emmeline — 28/05/2008 - 22:37On rentre dans des considérations beaucoup trop sérieuses... l'idée essentielle à retenir est que les prêts doivent forcément s'adosser sur des dépôts, au moins partiellement. Certes les banques peuvent, comme on dit, "créer de la monnaie" par un simple jeu d'écriture (elles inscrivent +100 sur le compte de leur client et en contrepartie +100 dans leurs créances sur ledit client), mais cette création de monnaie est extrêmement encadrée (dans des cas historiques extrêmes, tout euro prêté devait même être garanti par un euro en métal précieux - c'était la pratique défendue par David Ricardo). Il faut ici se rappeler que la monnaie ainsi créée par les banques dites commerciales (les "petites banques", par opposition à la Banque centrale) ne sont, c'est une lapalissade, pas de la monnaie banque centrale et peut très vite se transformer en monnaie de singe, que les autres acteurs du circuit ne voudront pas accepter (notamment dans les règlements interbancaires : le Crédit Agricole n'a que faire de monnaie émise par la BNP). Elles ont donc toujours besoin d'un minimum de monnaie banque centrale.
Edit : je m'aperçois que j'ai oublié de répondre à une partie de votre commentaire. Pourquoi les épargnants ne placeraient-ils pas tout leur argent en bons du Trésor (emprunts étatiques) ? simplement parce que l'Etat n'a pas besoin de tout cet argent (prêté, pas donné), qu'il se retrouverait avec des recettes provisoires superflues qu'il lui faudrait rembourser avec intérêt, et qu'il n'est donc pas demandeur... Certains économistes se plaignent au demeurant déjà de la proportion d'épargne qui se place en bons du Trésor, en dénonçant ce qu'on appelle un "effet d'éviction" : d'une part l'Etat fait main basse sur une partie de l'épargne, ce qui en prive des investisseurs privés (qui l'auraient récupérée directement ou par l'intermédiaire des banques) ; d'autre part, sa demande d'épargne, à offre identique, renchérit le coût de l'épargne (les taux d'intérêt) et il devient alors plus coûteux d'investir.
Si le sujet vous intéresse, sachez qu'il a notamment été traité il y a maintenant quelques décennies par Keynes et Pigou dans un débat sur la formation de l'équilibre épargne-investissement : ex ante ou ex post ?
Merci de votre patience et de
Anonyme — 28/05/2008 - 23:03Merci de votre patience et de toutes ces explications. Un point reste cependant obscur à mes yeux : "les autres acteurs du circuit ne voudront pas accepter (notamment dans les règlements interbancaires : le Crédit Agricole n'a que faire de monnaie émise par la BNP). Elles ont donc toujours besoin d'un minimum de monnaie banque centrale."
Je suppose qu'il existe un certain nombre de raisons objectives qui font que le Crédit Agricole n'a que faire de la monnaie émise par la BNP : comme par exemple le fait que l'un n'a objectivement aucune raison de faire confiance à l'autre. Mais l'existence de la monnaie de banque centrale change-t-elle quoi que ce soit à la confiance que ces deux banques sont sensées avoir l'une envers l'autre ? Ne s'agit-il pas d'un mécanisme institutionnel les *obligeant* à se faire confiance, ceci ayant alors diverses implications perverses sur les stratégies de passagers clandestins d'un navire dans lequel elles ne voulaient pas monter qu'elles se retrouvent contraintes à jouer ?
Money money money
Emmeline — 29/05/2008 - 09:54Je ne suis pas sûre d'avoir très bien compris votre question, mais je vais essayer de répondre quand même, n'hésitez pas à préciser.
La raison pour laquelle le CA peut refuser de la monnaie émise par la BNP est exactement la même que celle qui vous ferait refuser de la monnaie émise par votre voisin (s'il voulait vous acheter votre voiture et vous griffonnait des "billets" faits maison, que vous auriez ensuite du mal à refourguer à votre boulangère) ; en revanche vous accepteriez (peut-être) lesdits billets s'il s'agissait en fait de reconnaissances de dettes, c'est-à-dire d'engagements de votre voisin à vous régler plus tard en billets de la banque de France... (enfin maintenant c'est la BCE). Notons que vous n'avez d'ailleurs, je crois, pas le droit (mais qui le voudrait ?) de refuser un paiement en monnaie banque centrale. De même, vous faites confiance à votre banque parce qu'elle a l'obligation, le jour où vous lui demanderez, de vous restituer l'ensemble de vos actifs en monnaie banque centrale.
Finalement, l'existence de la monnaie BC permet bien au contraire des transactions entre gens qui ne se font pas confiance, et donc permet de réaliser toutes les transactions qui ne se feraient pas entre gens (ou plus exactement agents) qui soit n'ont pas confiance l'un en l'autre, soit se fient l'un à l'autre mais craignent de ne pas pouvoir utiliser leur monnaie avec d'autres (typiquement : si la star incontestée de ce blog - ma maman - veut me payer avec sa monnaie, et bien que j'aie toute confiance en elle, je serai obligée de refuser car je souhaite conclure des échanges avec d'autres personnes qui ne la connaissant pas se montreront peut-être moins ployables). Cela dit, comme toujours, certains croient intelligent (ou plutôt philosophique) de professer une opinion différente : le libertarien David Friedman (le fils de) prône par exemple une privatisation de la monnaie.
Bon on dévie pas mal du sujet originel, mais ce n'est pas grave.
En lisant votre réponse, ou
ABBA : Anonymes Bancophobes Bienveillants et Associés — 29/05/2008 - 12:00Avec votre permission, je vais répondre directement dans le billet, ce sera nettement plus compréhensible... Je tiens cependant à vous assurer que je vous tiens en plus grande estime que Nicolas Baverez.
En lisant votre réponse, ou plutôt, en réfléchissant à ce que je parviens à en comprendre, j'ai le curieux sentiment selon lequel, au contraire, nous revenons en plein dans le sujet originel, à ma grande surprise.
Je retiens, peut-être à tort, mais alors par ignorance ou bêtise et pas par mauvaise foi, que l'existence de la monnaie de banque centrale répond à une nécessité pratique dans une économie dans laquelle les banques existent. Voui, notamment. Si vous permettez cet horrible bon mot, je reviendrai sur ce point précis, la monnaie de banque centrale joue dans l'économie le rôle que joue la vaseline dans les relations humaines : elle permet d'enrichir et de diversifier la nature des relations possibles en pratique entre banques pré-existantes, et notamment, l'apparition de relations particulières que les modèles président comme techniquement possibles mais qui semblent ne jamais se produire en pratique sans elle pour des raisons sur lesquelles, en bons pères de famille, nous laisserons d'autres spéculer. Pour autant, l'existence, l'abondance ou la disponibilité de l'outil qu'est la monnaie de banque centrale ne peut suffire à ce que certaines relations souhaitées par les observateurs d'une certaine implémentation d'un certain modèle ("notre économie") entre certains acteurs aient lieu. Plus simplement dit, la confiance ne se décrète pas : ni la confiance en soi, ni la confiance en autrui, ni entre hommes, ni entre banques. Voui, encore. La seule confiance qui se décrète est envers la monnaie émise par l'autorité politique ; et encore dans le passé y a-t-il souvent eu besoin d'appuyer ladite décrétée confiance par la volonté du peuple et la force des baïonnettes.
C'est là qu'interviennent les normes comptables, en considérant une autre caractéristique de notre économie : les banques sont en concurrence. Comme vous le dites assez indirectement mais fort bien vous-mêmes, chacune d'elles veut maximiser l'évaluation qu'elle peut loyalement faire de son patrimoine et de son profit pour appâter l'épargnant. Qui reprocherait même à une banque de s'habiller et se maquiller pour aller draguer en boîte ? On voit alors se dessiner le jeu des incitations : vis à vis des épargnants, toutes les banques souhaitent que les évaluations donnent les résultats bruts les plus élevés possibles. Mais entre elles, elles souhaitent que les évaluations donnent les résultats les plus analysables possibles, surtout dans une actualité dominée par la fallite des méthodes actuelles de notation du risque. Là, pas exactement. Les épargnants (si par épargnants vous entendez "agents qui confient leurs actifs à la banque") s'intéressent moins au niveau des résultats qu'à la solidité financière de l'institution, même si bien sûr les premiers sont un miroir de la seconde. Et surtout, s'il y a bien des gens qui souhaitent les résultats les plus analysables possibles, ce sont les investisseurs en général plutôt que les banques seulement, ou même ceux qu'on appelle les stakeholders, ceux qui sont intéressés au sens premier du terme par l'entreprise : salariés, Etat, créanciers, actionnaires donc. Ce qui fait que votre argument suivant est faussé : il est utile, pour ceux-là, que les évaluations faites des institutions financières soient sinon sincères - car après tout peu leur chaut que les banques livrent leurs données de bonne grâce ou non - du moins réalistes.
Il ne me semble alors pas anormal que les banques ne voient pas de raison d'accepter une troisième contrainte, inutile dans cette économie, qui voudrait que les évaluations faites de leurs patrimoines et leurs profits soient sincères. Il ne me semble pas davantage anormal qu'elles souhaitent pouvoir définir collégialement, consensuellement et librement leur évolution de sorte à ce que nulle n'aille ici s'imaginer qu'une collusion de comptables pervers subordonnés par d'horribles financiers n'aille laisser quelques loopholes dans un outil d'évaluation sophistiqué qui seraient mieux exploités par certains de leurs concurrents qu'eux. Certes, on pourrait très bien imaginer que les banques mettent en place en plus un système de normes qui leur conviendrait. Mais cela ne les relèverait pas de l'obligation légale de publier leurs comptes selon les normes en vigueur dans les pays où elles sont cotées. En outre, les normes légales sont ainsi faites qu'elles s'appliquent à tous également...
J'avais promis de revenir sur mon horrible jeu de mots : m'y voilà : si je n'arrive pas avec ça à vous faire mettre (un lien) sur embruns.net , je ne vois plus quoi essayer.
Je n'ai pas compris le jeu de mots. En même temps ça ne m'étonne pas de moi. Cela dit, de grâce, ne l'expliquez pas, s'il est "horrible" j'aime mieux ne pas savoir !
Pure curiosité : peut-on savoir quel chemin vous a guidé vers Mafeco, où j'espère que vous vous plairez longtemps ? (et vous voyez bien que c'est passionnant la compta !)
If I had to do the same again, Fernando,
ABBA : Anonymes Bancophobes Bienveillants et Associés — 29/05/2008 - 23:18"Mais cela ne les relèverait pas de l'obligation légale de publier leurs comptes selon les normes en vigueur dans les pays où elles sont cotées."
Hmmm : si je parviens à vous suivre avec les moyens limités dont je dispose, ce que vous dites c'est que l'obligation de sincérité des comptes provient du fait que la banque centrale, lubrifiant essentiel du système comme vous l'expliquez fort bien, est une institution subordonnée à l'état ou à un groupe d'états, lequel rend des comptes à la population. Je vois bien l'intérêt du point de vue de l'ordre public (baïonnettes, etc..) à ce qu'il en soit ainsi. Mais, "no bridge" aidant, je ne suis pas convaincu que chacun choisisse de mettre de son propre chef cet évident intérêt collectif au dessus de son intérêt individuel immédiat.
Sans vouloir entretenir votre misanthropie, c'est probable. Raison pour laquelle l'Etat, dans sa grande sagesse, y force tout un chacun et contrôle la bonne application de cette mesure en rendant obligatoire la validation des comptes par des experts indépendants, les commissaires aux comptes. Attention en revanche, la banque centrale fluidifie le système monétaire, mais n'a rien à voir avec l'application des normes comptables.
Quand à entretenir simultanément dans une seule et même banque deux systèmes d'évaluation (un à prétention sincère et de présentation des comptes, l'autre sensé aider à améliorer la confiance inter-financiers), je pense qu'il serait difficile, même avec les meilleurs salaires observés dans le milieu bancaire, de recruter des gens compétents, intègres, et assez tordus pour arbitrer en permanence entre deux systèmes de mesure qui ne seraient pas toujours convergents, mais sont tous deux des objectifs d'entreprise au sens entier du terme, ne serait-ce peut-être parce qu'on ne forme peut-être que trop rarement et sans doute à tort des gens brillants à gérer l'ambivalence dès le début de leur carrière, laissant ce soin à la culture familiale, procédé qui est notoirement incapable à répondre à une demande forte et soudaine de personnel qualifié.
En même temps, (i) il faut savoir ce qu'on veut : si les banques veulent se concocter leurs petites normes facultatives et arrangeantes sur mesure, qu'elles y mettent le prix : et (ii) cette double comptabilité existe déjà en pratique : on distingue comptabilité légale (les comptes obligatoires, qui devront être validés et publiés) de ce qu'on appelle le contrôle (ou comptabilité) de gestion, qui repose un peu sur les mêmes bases mais est à usage interne et de gestion (pléonasme).
Concernant la distinction entre disons épargnants parce que c'est plus court et actionnaires, je me demande dans quelle mesure elle n'est pas artificielle : notamment du fait que l'activité la plus consommatrice d'heures de main d'oeuvre des banques est justement devenue de conseiller leurs clients dans les stratégies globales de construction de patrimoine, et donc, la répartition de leurs surplus de monnaie entre pierre, liquide, et actions, le tout assorti de considérations foutrement absconces dès qu'on intègre les questions fiscales et l'errance du législateur ou les priorités commerciales du réseau : avec pour conséquence pour les conseillés au long cours une émancipation progressive, au gré des soubresauts du système, auquel l'épargnant sur-réagit pour d'évidentes raisons psychologiques : par exemple, je me demande combien de français ont changé de point de vue sur la bourse avec l'aventure eurotunnel, par exemple.
Ah, mais, que les choses soient claires : le mythe du petit Francais d'en bas actionnaire, c'est un mythe. Et les conseillers en gestion de patrimoine, c'est déjà plus pour le pékin moyen. Donc épargnants (qui met son argent dans une banque) en général et actionnaires en général aussi sont deux ensembles qui certes se recoupent, mais ne sont pas égaux. Il n'y a peut-être même pas inclusion du second dans le premier. En outre, on peut très bien appartenir aux deux ensembles sans invalider la distinction : je peux être cliente du CIC et actionnaire de Valéo sans du tout être actionnaire du CIC (très mauvais exemple quand j'y songe une seconde, le CIC appartient au Crédit Mutuel donc il est évident que je ne peux en être actionnaire, mais je le laisse pour l'apprendre à ceux qui l'ignoraient).
"peut-on savoir quel chemin vous a guidé vers Mafeco,"
Les éconoclastes, les grands anciens de l'éco/internet francophone, disent bien du bien de vous. Quand à mes motivations à me creuser la tête sur le sujet, elles sont multiples, incluent notamment la gestion de patrimoine, le fait que surfer sur des sites d'éco au boulot passe mieux que d'autres passe-temps, que ça aide à comprendre les clients, qu'un peu de financier aide toujours pour toute activité professionnelle de nos jours, mais aussi, et surtout, qu'il faut à des pauvres amateurs dans mon genre plusieurs heures pour digérer l'un de vos articles, ce qui est plus enrichissant que d'épuiser la question de la relation entre libéralisme et socialisme en 2008 en moins de temps qu'il n'en faut au café pour refroidir. Par ailleurs, en bon fan d'Heinlein, j'apprécie l'humour et la légèreté qui transparaissent dans le choix de vos sujets, approches, cadres.
Roooh merci...
Donc, non, la compta, j'ai pas d'avis, mais c'est juste que je n'y connais vraiment rien. Comme tout le monde, je connais le comptable : c'est tout.
"cette double comptabilité
ABBA : Anonymes Bancophobes Bienveillants et Associés — 02/06/2008 - 17:44"cette double comptabilité existe déjà en pratique"
Il est finalement assez rassurant de voir que le modèle prédisait finalement assez correctement le comportement des acteurs :-) Si mes informations ne sont pas obsolètes, les indicateurs de confiance inter-bancaire sont plutôt bas ces temps-ci : il devient alors logique d'essayer de réconcilier les comptables avec les financiers si on souhaite rendre ses actifs un peu liquides, ce qui semble être la priorité du moment. D'où l'intérêt d'essayer de ramollir un peu les normes comptables...
Je suis hors sujet mais...
Jean-Edouard — 28/05/2008 - 22:53c'est de Robert Heinlein Starship Troopers ? Ca alors, moi qui pensais que c'était juste un navet de base (de ceux qu'on aimerait regarder plus souvent)
Héééé oui : en faisant
ABBA : Anonymes Bancophobes Bienveillants et Associés — 28/05/2008 - 23:46Héééé oui : en faisant simple, on va sortir le répulsif à puriste et dire que c'est un livre d'auto-thérapie écrit par Heinlein pour se remettre d'avoir été viré de l'armée. Il y a jeté sur le papier une vision du monde qui me semble être en gros ce qu'on enseigne aux officiers des armées des pays civilisés, enrichi de tout ce que l'imaginaire d'Heinlein a su bâtir au milieu pour donner charme et cohérence à l'ensemble. Le mélange, pour peu qu'on veuille bien laisser s'y prendre est détonnant : un univers militaire bien paranoïaque presque plaisant à voir fonctionner et auquel on aurait presqu'envie de participer, grâce à la puissance de séduction de l'écriture d'Heinlein. Et si avoir écrit ce livre a contribué à la liberté et la légèreté avec laquelle il a su ensuite écrire, hé bien, je crois que nous y avons tous gagné. Avec un peu d'alcool dans le sang, j'en viendrai presque à recommander aux parents de recommander la lecture de ce livre aux adolescents, pour ensuite parler du contenu, moralement très contestable, en démonter le message, affûter l'esprit critique, pointer et identifier les techniques de séduction et les ficelles du jeune Heinlein : on peut en effet voir Starship Troopers comme une apologie plutôt réussie de certains modèles de sociétés qu'on admet généralement comme dépassés à notre époque sans pour autant trop savoir quoi répondre quand viennent les questions de détail du genre "c'était mieux avant". En un mot, un livre indéniablement utile dans la construction personnelle d'une réflexion politique tirant plutôt à gauche dans les virages.
Et même pour le film, je crois qu'il faut savoir prendre Verhoeven au second degré. Et, grâce à internet, il n'en coûte guère de s'y risquer. A mes yeux de misanthrope accompli, le fait que la critique ait mieux servi la soupe à Tarantino qu'à Verhoeven est un indice supplémentaire de peu de sérieux avec lequel les experts font leur travail.
Finalement je vais ptet éviter de me poser trop de questions sur les banques.
grave erreur
Benoit Granger — 28/05/2008 - 13:42Je pense que vous faites une grave erreur : ce ne sont pas des idéologies, ce sont des croyances
(c'est bien le nouveau nom des idéologies depuis que les économistes les ont déclaré obsolètes, non ?)
Artefacts comptables
Cimon — 29/05/2008 - 13:21I respectfully dissent (enfin bon, pas tant que ça, ne paniquons pas).
Les nouvelles normes IFRS, et en particulier la comptabilisation des actifs financiers posent des problèmes particuliers aux banques et assureurs. En effet, le bilan d'un assureur (je connais mieux ce milieu là que celui de la banque, désolé) est composé principalement à l'actif de placements financiers (d'où l'importance de la méthode de valorisation) et au passif de provisions techniques.
Les provisions techniques sont finalement peu volatiles : on n'a pas encore connu d'énorme choc en assurance vie, et le matelas de provisions, éventuellement cédées à des réassureurs, a bien amorti le dernier choc en non vie (tempêtes Lothar et Martin de 1999).
Par contre, l'actif peut éventuellement être très volatil. Et on peut constater une faillite (virtuelle) s'il venait à devenir (temporairement) inférieur au passif.
Prenons un exemple : je suis un assureur vie qui promet un rendement de 4% par an à mes assurés. Pour faire face à cet engagement, j'ai acheté une obligation d'État rapportant 4,5%. Dans les jours suivant cet achat, les taux montent à 5% : l'obligation que je détiens voit sa valeur diminuer. En fair value, il est tout à fait possible qu'elle soit d'une valeur inférieure à l'engagement que j'ai pris, ce qui me met, théoriquement en faillite. Je suis pourtant en mesure d'honorer mes engagements, puisque j'ai promis 4% et que je touche 4,5%.
Précisons que les normes IFRS prennent en compte ce cas (avec la comptabilisation hold to maturity, je crois), mais dans l'esprit, il reste de nombreux problèmes : l'horizon d'exigibilité du passif n'a aucun rapport avec celui de l'actif. Les gestionnaires actif/passif le savent bien !
Par ailleurs, sur les situations d'illiquidité, point la peine de chercher aussi loin que les subprimes (dont personne ne veut) : si tous les assureurs français se débarrassaient simultanément de leurs emprunts de l'Etat français (pourtant des modèles de liquidité), je doute que les marchés financiers pourraient absorber une telle offre. Passé un certain volume, et malgré le passage obligatoire par les marchés financiers, il faut avoir déjà trouvé un acheteur avant de mettre des actifs en vente.
I humbly object
Emmeline — 29/05/2008 - 21:10Voilà un dissentiment fort respectueux en effet, et instructif avec ça (ça marche comment le coup des provisions techniques ?). Mais je vais moi aussi contrecorriger légèrement votre correction, avec pas mal de culot puisque je ne suis spécialiste de rien du tout...
Ce qui me fait froncer le sourcil est votre emploi du terme "faillite", heureusement adouci par "virtuelle". Précisons d'abord qu'en comptabilité il est impossible (rigoureusement impossible) que l'actif devienne inférieur au passif, pour la bonne raison qu'actif et passif sont toujours égaux, par construction. Je suppose donc que vous vouliez parler des actifs et passifs "réels", c'est-à-dire non corrigés du résultat et des réserves (NB : l'idée est la suivante : lorsqu'à la fin de l'année on a un bénéfice, celui-ci est ajouté au passif afin que passif et actif restent égaux ; la partie non distribuée aux actionnaires des bénéfices des années précédents est appelée réserves).
Et là encore, je reste peu convaincue : les notions comptables de bénéfice et perte, quoique ayant un fort impact sur le cours boursier et l'opinion que se font les investisseurs extérieurs, n'a directement rien à voir avec la faillite, qui n'est rien d'autre qu'une forme aggravée de la cessation de paiements et est donc liée à la trésorerie ! on peut très bien faire un énorme bénéfice mais se retrouver dans l'incapacité de payer ses créanciers (exemple : j'ai fait un chiffre d'affaires mirifique mais accordé tellement de délais de paiement qu'au moment de faire face à mes engagements rien n'est encore rentré dans mes caisses), ou au contraire annoncer une perte gigantesque mais avoir suffisamment de réserves de trésorerie pour n'être nullement menacé de faillite. There's no such thing as a faillite théorique. Encore que l'idée soit à lancer...
Bref, les problèmes d'horizon d'exigibilité actif passif que vous soulignez et qui sont réels ne sont pas du ressort (ou de la faute) des comptables, ni des normes, mais des gestionnaires. Rendons à César ce qui est au CNC.
Plus rapidement, vous avez évidemment raison pour votre dernier paragraphe (même si ça s'appelle chercher la p'tite bête) et pour la classification "held to maturity", mais elle est effectivement peu utilisée car extrêmement contraignante, surtout pour des entreprises ayant potentiellement à faire face à des chocs (si un seul actif qui avait été classé en HTM est déclassé, tout le portefeuille est déclassé la catégorie ne peut plus être utilisée pendant, je crois, 2 ans - la durée est à vérifier).
Puisque nous sommes entre non-spécialistes, allons-y gaiement
Cimon — 30/05/2008 - 14:25Il me semble qu'il faut commencer par distinguer 2 sujets dans notre discussion :
1/ Sur le fait qu'actif et passif sont, par construction, égaux, je ne peux qu'approuver. Alors je vais préciser un peu ma pensée. En assurance, on a en gros un actif composé de placements (plus quelques scories : créances sur assurés, sur intermédiaires ou sur réassureurs, et bien évidemment les légendaires comptes de régularisation). Au passif, on trouve les fonds propres (capital, réserve de capitalisation, réserves et report à nouveau) et les provisions techniques, plus, les copains au passif des légendaires comptes de régularisation de l'actif (il faut bien, justement, que passif et actif valent la même chose !).
Lorsque, pour une raison ou une autre, les provisions techniques doivent être réévaluées, cela se fait au détriment des fonds propres. Simple écriture comptable ? Sur le fond, oui, sauf que les règles de représentation du passif par l'actif sont différentes selon qu'on considère les provisions techniques (règles strictes) ou les fonds propres (quasiment pas de règles). Le problème, c'est qu'on peut se demander ce qui se passe quand le redressement de provisions est supérieur au montant des fonds propres. Par exemple, j'ai à l'actif des placements pour 100, et au passif des engagements pour 96 et des fonds propres pour 4 (cas typique d'une société d'assurance vie). Pour une raison ou pour une autre (par exemple une décision de justice), les engagements, sans que le portefeuille de contrats ait bougé, sont maintenant évalués à 98, et les fonds propres à 2. Imaginons que, suite à une deuxième décision de justice, il faille dorénavant évaluer à 102 l'engagement de l'assureur ? Les placements valent toujours 100, et il n'y a pas de raison de modifier leur valorisation. Compte de régularisation ?
C'est cela que j'appelle une faillite virtuelle. En effet, et si je suis complètement d'accord avec le fait que la faillite est surtout une affaire de trésorerie, dans le cas particulier de l'assurance celle-ci n'est en principe pas un problème (puisque je suis payé avant d'avoir à effectuer la prestation éventuelle). Les assureurs disposent de liquidités relativement importantes, à commencer par les chèques des assurés pour la période de couverture future, mais également des placements monétaires (voire quasi-exclusivement monétaires pour certaines branches courtes comme la santé ou l'assistance). Les placements sont d'ailleurs très souvent liquides (actions du CAC 40 ou obligations souveraines de l'OCDE).
2/ Dans l'exemple précédent, j'ai présenté un choc de passif. Il apparaît toutefois que ces chocs n'ont pas encore été constatés en assurance (pas de vague de rachat massif, mécanisme de réassurance pour les contrats non vie), mais la class action me donne de bons espoirs de catastrophe si elle était adoptée en assurance. Dit autrement, le passif est en général stable et peu volatil.
Ce que disent banquiers et assureurs, et depuis longtemps (j'ai le souvenir de hurlements depuis au moins 2005, si ce n'est avant), c'est que la valorisation de l'actif en fair value va exposer l'actif aux chocs d'une crise boursière, obligataire ou immobilière (pour faire rapide). Par exemple, un assureur vie peut parfaitement, dans l'hypothèse précédente, voir l'actif se déprécier de 100 à 90 en quelques mois, tout en gardant des engagements valorisés à 96 (et 4 de fonds propres, mais qui auront disparu en provision pour dépréciation). En termes de communication financière, c'est évidemment gênant, car il va falloir expliquer que les 96 d'engagements ne sont en fait que la valeur actuelle de flux futurs pas nécessairement immédiatement exigibles (sinon, on n'a pas de quoi les honorer) et qu'on pense qu'on se sera refait une petite santé financière d'ici qu'ils le deviennent. Bref, en apparence, ils doivent plus qu'ils ne possèdent, mais en fait ils pensent qu'ils sont parfaitement en mesure de payer leurs dettes aux échéances prévues.
En tout état de cause, l'assureur (et le banquier) préfère publier la valeur historique de ses placements et piloter une plus-value latente. Cela correspond à l'objectif classique de prudence de la comptabilité française : minorer l'actif et majorer le passif.
Je fais toutefois observer que les assureurs sont tenus de publier l'ensemble des placements détenus au 31 décembre. Et là, les plus ou moins values latentes sont patentes.
3/ Finalement, et puisqu'actif et passif sont toujours égaux, comment faire pour absorber comptablement les chocs d'actif ? Comptes de régularisation ?
On est d'accord, en fait.
Emmeline — 30/05/2008 - 18:25(je me demande toujours cela dit ce que sont les provisions techniques - vous faites des billets-fleurs à Gizmo, ne pourriez-vous m'en faire aussi, combien que je sois moins respectable ?).
Pour ce que vous appelez les cas de "faillite virtuelle"TM, la loi impose normalement (et si mes souvenirs sont bons, mais je les crois tels) une assemblée générale extraordinaire des actionnaires, à qui l'on demandera s'ils souhaitent poursuivre l'activité. S'ils le souhaitent, on inscrit bel et bien au passif des fonds propres négatifs, et puis voilà. Elles seront probablement un peu plus fréquentes avec les IFRS qu'avec les normes francaises, mais qui se plaindrait d'avoir davantage de prétextes pour se gaver de petits fours ?
Limite hors-sujet : en normes IFRS, toutes les variations d'actifs (ou de passifs, les modes de traitement étant rigoureusement symétriques) ne viennent pas impacter le résultat, certaines sont comptabilisées directement en capitaux propres (les actifs disponibles à la vente, i.e. la catégorie par défaut, et les dérivés de couverture en flux de trésorerie notamment - argh j'espère que je ne dis pas d'horreur parce que je fais tout autre chose depuis un moment mais je crois que c'est ca), dans des postes spéciaux. Qui servent donc un peu de "comptes de régularisation de chocs d'actif", avec le résultat (comptabilisation de plus- et moins-values latentes, de variation des actifs spéculatifs et de couvertures inefficaces)
La pratique suscitée a précisément été faite pour limiter un peu la volatilité du résultat, principal poste piloté car politique - je plussoie les problèmes de communication financière que vous listez, même si on peut tout de même espérer que les récipiendaires de la communication se renseignent assez pour comprendre que non la situation n'est pas catastrophique - Rhodia a d'ailleurs, dans un
élan de panique issu d'une douloureuse situationlouable souci pédagogique créé une page Web à ce sujet. Et tant pis pour Colette Neuville.Des billets fleurs ?
Gizmo — 30/05/2008 - 22:46C'est vrai que j'ai un peu demandé. Mais je vous dénie le droit de penser que vous êtes moins respectable. A part ça, je suis le débat de loin : toute petite déjà, je détestais la comptabilité. Je me force en économie bancaire et en économie de l'assurance, mais franchement, c'est pas mon truc. Pour vous dire, mon insulte préférée c'est "ce mec, y a rien à en tirer, c'est un débit-crédit".
Comme quoi il faut toujours discuter
Cimon — 30/05/2008 - 21:26Petite remarque au passage : banque et assurance disposent déjà (chacune) de leur plan comptable dérogatoire du plan comptable général, alors pourquoi pas un traitement dérogatoire en IFRS ?
Ceci dit, on s'achemine tout droit vers un double jeu de comptes : IFRS pour communiquer et normes françaises pour l'administration (et aussi, peut-être pour certaines provisions techniques). Si on y ajoute solva II, le directeur comptable va nous faire une petite crise de stress.
Sinon, pour les provisions techniques, c'est prévu, mais comme il y en a plein, cela risque de faire plutôt plusieurs autres billets. Pour résumer le sujet, les provisions techniques sont les provisions représentant des engagements d'assurance. Les provisions tout court (ou non techniques) sont en gros les provisions de droit commun (médaille du travail, par exemple ;-) ). Mais promis, je ferai un billet ;-)
Merciiiii. Je pourrai avoir une dédicace ?
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