La titrisation expliquée à ma mère
Emmeline — 01/03/2010 - 21:35
Note liminaire : j’avais ce billet en tête depuis un certain temps, mais pas trop la motivation pour l’écrire (je l’ai retrouvée grâce à Sincère Nain, Saint Martin du Kemberg le bénisse, et aux Monty Python). Il se veut un préliminaire (notamment un lexique) à une contribution à la série best-seller de Jean-Edouard (50APCCF), c’est donc volontairement que je n’aborde pas les questions qui font débat, pas davantage que celles qui fâchent, et il y en a.
I Quoi donc que c’est ?
Le précédent article de ce blog et le commentaire d’anonymecon vous ont certainement convaincus, si vos propres déboires ne l’avaient pas déjà fait, que le financement par dette, qui reste une valeur sûre et probablement à jamais indétrônable, n’a pas que des aspects positifs. Pour le créancier, une dette simple fait perdre contrôle sur les fonds prêtés et les met relativement à la merci des décisions [légales] des actionnaires ; pour le débiteur, la rigidité de la dette simple fait courir des risques d’illiquidité malgré une situation globalement solvable ou fait perdre des opportunités d’investissement(1). Le financement par fonds propres n’est pas non plus exempt de tout défaut. La titrisation, apparue dans les années 1970, a pour but de pallier certains de ces désagréments, ce qui ne veut pas dire qu’elle-même n’en a pas – et ceux qui en ont fait un bouc émissaire commode ne se sont pas privés de le souligner.
Comme son nom l’indique, la titrisation est un mécanisme financier permettant de transformer des actifs en « titres » (en anglais securities) – une notion soi-même pas forcément très bien définie, et qui au sens large peut désigner tout type d’actif financier, à condition que ce dernier soit dématérialisé – et donc facilement échangeable. Comme son nom ne l’indique pas, la titrisation est avant tout un mécanisme permettant de réaliser immédiatement et sans incertitude des revenus futurs et incertains, donc une source de financement immédiat. A ce titre, elle s’inscrit directement en concurrence avec (ou comme substitution de) les deux formes les plus courantes de levée de fonds : l’émission de dette (bancaire ou non) d’une part, la levée de capitaux propres (le financement par actions) d’autre part.
Un exemple, malheureusement à ma connaissance non réalisable dans la vraie vie des vrais particuliers, illustre bien ses spécificités. Supposons que vous souhaitiez acheter un bien immobilier dans un but d’investissement, et que le vendeur réclame d’être payé comptant, ce qui n’a rien d’extraordinaire dans une transaction entre particuliers. Bien qu’intimement persuadé que vous faites une bonne affaire, vous ne disposez pas à vous seul des fonds suffisants. Plusieurs solutions s’offrent à vous :
- Monter une société, disons une SCI (société civile immobilière), et convaincre d’autres bailleurs de fonds (des amis à vous, par exemple) d’y prendre des participations, de sorte que le capital de ladite SCI lui permettra d’acquérir le bien. Vous limitez ainsi le risque que vous prenez dans l’affaire, mais également le bénéfice dont vous pourrez bénéficier (je ne mentionne pas les risques de se fâcher avec vos associés…) ;
- Aller voir votre banquier préféré pour le convaincre de vous prêter les fonds nécessaires. S’il accède à votre demande, ce qui n’a rien d’évident, vous serez seul maître à bord du business après Dieu et le prophète Philippulus, et donc seul habilité à recueillir les appréciables bénéfices, si ceux-ci se manifestent. En revanche, vous aurez à assumer seul un éventuel ratage, et de façon potentiellement illimitée (à moins que vous n’ayez souscrit, comme votre banquier préféré vous y a probablement obligé, une assurance adéquate, mais qui vient diminuer d’autant les bénéfices potentiels) ;
- Titriser les loyers des, disons, vingt prochaines années (ou des vingt-cinq prochaines années, en contrepartie de la prise en charge par l’investisseur de l’entretien de l’immeuble(2)) : vous renoncez définitivement à percevoir lesdits loyers (et à devoir débourser les frais dudit entretien), même si les revenus locatifs du quartier dans lequel est situé le bien augmentent beaucoup plus que vous ne l’escomptiez, mais percevez en échange et immédiatement une somme rondelette qui, jointe à vos propres économies (ou même seule), vous permet de faire son acquisition. En outre, si le locataire retenu est mauvais payeur, toute la perte sera portée par l’investisseur. Vous restez maître, le cas échéant, de vendre la nue-propriété et de profiter ainsi d’une plus-value, et êtes certain de ne rien avoir à débourser pendant 25 années. A la fin de ces années, vous recouvrerez également le droit de percevoir les loyers.
II A quoi donc que ça s’applique ?
L’exemple n’est pas tout à fait anodin : si on excepte les variations exotico-historiques remontant au XVIIIe siècle, la titrisation est apparue au début des années 1970 à la suite de la création du futur tristement célèbre Freddie Mac, sortie de la côte de Fannie Mae comme Eve de celle d’Adam (et après on dit que le Congrès américain est machiste…). Le but assumé de la création ex nihilo du marché des futurs tout aussi TC Residential Mortgage-Backed Securities (RMBS) était de doper l’émission considérée comme socialement trop faible de prêts hypothécaires, afin de favoriser l’accession à la propriété. Se représenter le système bancaire (et assimilable) états-unien de l’époque, et même contemporain, n’a rien d’évident pour un Français biberonné au super-oligopole bancaire : de nombreuses « banques » ou Savings & Loans états-uniennes étaient à l’époque microscopiques, n’opérant qu’à l’échelle d’une ville, et disposaient de très peu de ressources (fonds propres ou autres). Savoir qu’une fois émises, et sous contrainte qu’elles aient été accordées à des conditions à peu près raisonnables, des créances hypothécaires pourraient être revendues à des acteurs ayant les reins plus solides, libérant ainsi du capital à prêter à d’autres clients, ne pouvait que les inciter à étendre leur offre de prêts.
D’autres formes de créances ont ensuite été concernées, au premier chef desquelles les créances hypothécaires (Commercial Mortgage-Backed Securities, CMBS) ; les créances liées aux cartes de paiement à débit différé (dites aussi cartes de crédit car vous devez les sommes non encore prélevées), d’où les CCBS ; les créances liées à d’autres types de prêts à la consommation, notamment les prêts souscrits lors de l’achat de véhicules ; les créances des entreprises sur leurs clients, au stock énorme puisque les paiements au comptant sont bien plus l’exception que la règle…
Enfin, des revenus a priori plus volatiles que les créances se sont trouvés titrisés : du plus terne au plus funky, citons les loyers, donc ; les revenus tirés de brevets ; les revenus fiscaux à toucher (Argentine) ; les revenus tirés des exportations pétrolifères (Mexique) ; et les droits d’auteur à toucher sur 250 chansons pendant 15 ans – titrisation réalisée pour le compte de David Bowie, qui a non seulement lancé à ce moment une mode mais également réalisé, semble-t-il (a posteriori), une excellente affaire. Quoique potentiellement moins que la firme qui le conseillait.
III Comment donc que ça marche (enfin, marchait) ?
Dans l’immense majorité des cas, en effet, et contrairement à l’exemple présenté ci-dessus, l’agent économique qui désire lever des fonds (que nous appellerons l’emprunteur) n’est pas celui qui réalise l’opération de titrisation. Ce n’est souvent pas davantage le deuxième maillon de la chaîne, s’il existe, l’émetteur, qui lui avance les fonds et qui est souvent le seul interlocuteur que connaît l’emprunteur. L’agent qui monte véritablement l’opération est appelé le structureur, et ses tâches sont multiples : le cas échéant, constituer les revenus à titriser ; le cas échéant encore, effectuer le tranching (cf. ci-dessous) ; déterminer le prix auquel seront vendus les titres, trouver des investisseurs pour les acquérir et réaliser la vente proprement dite ; et monter la structure juridique qui hébergera les droits aux revenus et s’occupera de verser lesdits revenus aux investisseurs, voire - le cas échéant toujours - désigner l’institution tierce (third party ou servicer) qui s’occupera de gérer les revenus, si cela s’avère nécessaire.
Reprenons l’exemple ci-dessus, et supposons que vous (l’emprunteur) ayez finalement choisi de vous adresser à Jean-Claude Guichet, dont la banque sera l’émetteur de la créance. Ladite banque revend ensuite votre créance (c’est-à-dire ses droits sur vos mensualités) à Silverwoman Thuringe, au milieu de 5000 autres. Ajoutées à 4000 créances similaires rachetées à d’autres banques de détail, ces 9000 créances constituent un pool à titriser. Silverwoman Thuringe, structureur de l’affaire, décide de répartir les droits sur les revenus de ces créances en 4 tranches distinctes : la première, dite equity, absorbera les 3% premiers défauts (c’est-à-dire, en supposant que les créances soient de même taille, que tant qu’au plus 270 emprunteurs ont fait défaut, la tranche equity est la seule dont les paiements diminuent) ; la seconde, dite mezzanine, ira de 3 à 8% (elle aura tous les paiements « promis » tant que le nombre de défauts demeure en deçà de 270, et les verra s’amenuiser entre 270 et 720 ; au-delà, elle ne sera plus rémunérée) ; la troisième, dite senior, de 8 à 15% ; et la dernière, dite super senior, ne sera touchée que si plus de 1350 débiteurs font défaut.
Dans le même temps, ST s’assure auprès de l’agence de notation Groumphy’s que cette structure permettra d’obtenir une notation, disons, BB pour la mezzanine, A pour la senior et AAA (le top du top) pour la super-senior. Le cas échéant, elle révise son schéma pour parvenir aux notations voulues (remontant par exemple la super-senior à 17%). Elle détermine ensuite le coupon qui sera attaché à chacune des tranches (la mezzanine est évidemment mieux rémunérée que la super-senior), l’equity récupérant à chaque date de paiement de coupons tout le reste, quand il y en a.
Elle crée ensuite une société – qui n’est pas une filiale - dite SPV (Special Purpose Vehicle) à qui elle revendra ses créances. Ladite société, pour financer (comptant !) ce rachat, vend des titres aux investisseurs (à l’aide de banques d’investissement) selon le schéma déterminé par le structureur. Enfin, ST désigne Tuvasdouiller.com, société de gestion bien connue pour gérer les défauts de paiement, comme servicer (les frais qui seront payés à Tuvasdouiller.com ont évidemment été pris en compte dans le calcul des coupons à l'étape précédente).
Et c’est parti pour 20 ans.
Bref, monter une opération de titrisation est un processus compliqué, et souvent assez long, aux étapes bien définies, chacune souvent juteusement rémunératrice pour l’intermédiaire qui la gère. Ce billet me paraissant suffisamment long, j’évite de développer les mécanismes propres à chacune desdites étapes (le lecteur intéressé et dont je n’aurai pas su satisfaire la soif de savoir dans les commentaires pourra se reporter au livre hautement recommandable du monsieur qui m’a tout appris sur le sujet : Les produits dérivés de crédit, Richard Bruyère et alii, Economica, 2004. Je ne touche pas de pourcentage sur les ventes, hélas.)
(1)Une entreprise en situation délicate (insolvabilité, donc risque de faillite) peut ne pas réussir à lever des fonds pour un projet à VAN positive, même si ledit projet est totalement sans risque : une partie des gains du nouveau projet étant mécaniquement récupérée par les anciens créanciers, il peut ne pas en rester assez pour rémunérer les nouveaux bailleurs de fonds. C’est ce qu’on appelle le debt overhang, dont je ne vois pas trop pourquoi il serait plus macroéconomique que le risk-shifting, sauf si on élargit l’acception du terme « macroéconomie » à « tout ce qui ne passionne pas Jean-Edouard, y compris le tri du linge sale. » La vaisselle est par contre hautement microéconomique.
(2)> Les commentaires du genre « Pfff mais avec les locataires de nos jours il faut bien plus que 5 ans de loyer pour payer les réfections vous y connaissez rien » ne m’intéressent pas. Si ça peut vous consoler, sachez que je n’y connais effectivement rien, et que je le reconnais bien volontiers.



Très intéressant, Emmeline...
LDB — 02/03/2010 - 14:23Très intéressant, Emmeline... Mais as tu une piste (en lien avec ton billet) pour expliquer cette phrase prononcée par notre président au forum de Davos (idée piquée au petit journal de canal plus) :
"Pour mesurer à quel point cette comptabilité peut être absurde il suffit de savoir qu’avec le système de la valeur de marché une entreprise en difficulté peut enregistrer un bénéfice comptable du seul fait que la dégradation de sa signature diminue la
valeur de marché de sa dette ! Il fallait y penser"
Damned !
Politique et comptabilité ne font pas bon ménage
Emmeline — 02/03/2010 - 15:42Si je me permettais de manquer de respect à not'bon Président et à son expertise bien connue en matière de comptabilité (cf. ici : http://www.mafeco.fr/?q=node/137 au paragraphe III), je dirais que l'explication la plus plausible est qu'il a tout simplement raconté n'importe quoi au gré de ce qui lui traversait le cerveau (d'où le "Il fallait y penser").
Comme évidemment la considération pour sa fonction et toute sa personne m'étouffe, une autre explication résiderait dans le fait que la dette d'une entreprise est normalement valorisée comme la somme des flux de trésorerie afférents (les coupons, plus le capital à maturité) escomptés, et que le taux d'escompte inclut une prime de risque. Si la signature d'une entreprise se dégrade, la prime de risque augmente, donc la valorisation de sa dette diminue, jusque-là c'est indubitable. Par contre, dans la mesure où je n'ai jamais entendu dire qu'une entreprise pouvait comptabiliser sa dette à sa valeur de marché (par définition, l'entreprise est censée s'attendre à rembourser sa dette de façon certaine...), je reste perplexe pour le reste.
Très éventuellement, une entreprise qui avait provisionné une somme dans le cadre d'un programme de rachat de dette peut se rendre compte si sa signature se dégrade que ledit rachat lui coûtera moins cher, et reprendre une partie de la provision. Assez capillotracté, surtout si on tient compte du fait qu'une entreprise "en difficulté" (ce qui est souvent un euphémisme pour à court de liquidités) a peut-être mieux à faire que racheter sa dette, mais ça ferait sens. Là, comme ça, au saut de la digestion, je n'ai pas mieux.
Je n'ai pas trop cherché d'explications en lien avec la titrisation (ne voyant vraiment pas de rapport a priori), mais si vous me dites qu'il doit y en avoir un ça me donnera peut-être des idées. A moins que quelqu'un ne vienne me secourir sur ce coup ? Cimon ? Gizmo (hin hin) ?
si il y a eu des histoires
anonymecon — 02/03/2010 - 22:41si il y a eu des histoires comme ca l'an dernier, les banques ont eu des gains mark-to-market quand leur credit rating a baisse, et des pertes quand il a remonte,
cf par exemple
http://curiouscapitalist.blogs.time.com/2009/04/20/mark-to-markets-stran...
sarkozy n'a pas tort...
Mais cet article parle de FAS
Emmeline — 02/03/2010 - 22:55Mais cet article parle de FAS 157, donc du système américain...
Je ne suis (hélas) pas spécialiste de comptabilité, a fortiori pas dudit système, mais je mettrais ma main (gauche, n'exagérons pas) à couper que sous les normes françaises et IFRS, une telle provision pour dépréciation de la dette ne sera validée par un CAC un tant soit peu rigoureux que s'il y a bien engagement raisonnable de l'entreprise à utiliser cette baisse de la valeur de marché de la dette. Ce que je disais dans ma réponse à LDB.
NB : après vérification dans ma bible comptable, parce que vous me faites douter, tous, je maintiens.
NM : par ailleurs c'est pas tout à fait le sujet du billet hein bon groumph...
sarkozy ne parlait pas des
anonymecon — 03/03/2010 - 01:06sarkozy ne parlait pas des banques francaises, c'est tout...
mais bon on est hors-sujet effectivement.
Ca marche aussi pour les
Visiteur discret mais bienvenu — 02/03/2010 - 21:46Ca marche aussi pour les crédits d'impôt lorsque le déficit est reportable sur les années suivantes.
Dans ce cas, à condition qu'il soit prévisible que l'entreprise redevienne bénéficiaire avant expiration du crédit d'impot, elle peut le comptabiliser comme un revenu.
Techniquement le raisonnement est le suivant : Si je dois 100 mais que les titres de ma dette cotent à 70 je peux théoriquement l'annuler en ne payant que 70. Je comptabilise donc 70 de dettes.
La version fiscale est j'ai perdu 100 cette année et je compte gagner 100 l'année prochaine. Si je peux reporter mon déficit, je ne paierai pas d'impôts. Si je paie 33% d'impôt sur le bénéfice je peux inscrire un revenu de 33 correspondant à l'impôt que je n'aurai pas à payer l'année prochaine.
Comptablement c'est "assez" logique. Par contre ce n'est pas très intuitif pour quelqu'un qui ignore tout de la comptabilité ou de la finance.
Ceci étant dit personne à part notre cher président ne se contente de regarder le bénéfice net et n'importe quel analyste ou gestionnaire verrait immédiatement qu'un tel type de bénéfice n'est du qu'à une dépréciation de la dette et que les cash flow sont dans le rouge.
Quand on regarde une ligne que l'on ne comprend dans dans les comptes d'une entreprise on peut trouver le système absurde ...
Pour information le rapport financier 2008 (dernier disponible) de BNP paribas compte 360 pages et est complété au fil de l'année par des rapports trimestriels et semestriels de calibre similaire ( 60-200 pages ). Ces rapports sont étudiés et l'ensemble des chiffres analysés. Dans le cas présenté ci dessus, personne ne prêterait la moindre attention au bénéfice net car il ne serait pas représentatif de la situation de l'entreprise. Un seul chiffre ne peut jamais être représentatif d'une entreprise.
on va rentrer dans des débats un peu abscons...
Emmeline — 02/03/2010 - 22:31... mais il me semble qu'un CAC digne de ce nom n'acceptera pas la décote de la dette à moins que les footnotes ne prévoient explicitement le rachat/l'annulation, non ?
Pour la version fiscale, je vois tout à fait ce dont vous parlez, mais je ne suis pas sûre de voir comment on peut réaliser une perte directement "grâce à" la dégradation de la signature et à la baisse de valeur de marché de la dette (indirectement, on voit bien).
Merci pour les précisions en tout cas.
Je ne suis pas comptable j'ai
Visiteur discret mais bienvenu — 02/03/2010 - 23:46Je ne suis pas comptable j'ai plutôt un background financier, ce qui suit doit donc être pris avec un grain de sel mais il me semble que justement les IFRS sont particulièrement larges dans leur acceptation de la market value pour refléter la valeur d'un actif mais aussi d'un passif. En revanche en GAAP je pense que cela ne passerait pas. Théoriquement c'est d'ailleurs assez séduisant : la dette est comptabilisée à sa valeur d'échange même lorsque l'entreprise ne peut pas l'échanger, tout comme le sont ses actifs.
Dans des conditions "normales" le résultat est assez intuitif. Si on fait l'expérience de pensée suivante on peut voir que cette règle n'est pas si absurde.
L'entreprise X est considérée comme sûre et emprunte 100 millions ( à perpétuité je ne veux pas compliquer avec l'amortissement) à un taux de 5%.
L'an suivant elle a 50 millions à placer. Elle achète 50 millions de dette d'une entreprise Y, moins sure à 10%. En contrepartie d'un risque elle compense ses intérêts.
Las, à coup d'investissements hasardeux comme celui ci, sa notation est dégradée et les investisseurs exigent 20% d'intérêt. La valeur de marché de sa dette plonge à 25 millions. Rien de change pour la société Y.
Sans se démonter la société X revend 25 millions de dette Y, utilise ce montant pour racheter ses 100 millions de dette.
Bilan : la dégradation lui permet de passer de 50 millions de dette nette à 25 millions de créance.
Même si l'opération n'est pas effectuée on a une plus value latente et le grand truc d'IFRS est de faire apparaitre dans les comptes les plus et moins values latentes.
Normalement pas sur sa dette propre, qui est implicitement considérée plutôt comme HTM que comme trading. Je crois vraiment qu'il faut que l'opération soit explicitement envisagée, ou réalisée (c'est le cas de Vial que cite henriparisien en-dessous) pour comptabiliser les plus- et moins-values ainsi.
Ceci étant dit :
- Les normes IFRS ont été très amendées ces derniers temps pour éviter ce genre de résultat "contre-intuitif".
- Le cas cité par M. Sarkozy ne s'est pas, je crois, produit. En revanche certaines entreprises générant un free cash flow positif et donc en capacité de racheter de la dette ont ainsi réduit leur perte.
- Plus généralement il est même possible d'afficher un bénéfice en GAAP et une perte en IFRS et vice versa. Le grand public a tendance à voir le bénéfice net comme ayant une signification objective alors qu'il dépend énormément des normes utilisées pour le calculer et n'a de sens que par rapport à ces normes.
Sinon pour répondre à votre seconde question je comparais simplement les deux cas où une mauvaise situation peut provoquer un "gain comptable".
Ceci dit on peut très bien perdre du cash suite à une dégradation de deux manières :
- Si les covenants bancaires prévoient une renégociation en cas de dégradation ( pas rare, je classerais ca dans les conséquences directes )
Très juste. Honte à moi.
- Si une part importante de la dette est à relativement court terme et est reportée d'échéance en échéance par de nouvelles émissions (plutôt indirect).
En pratique au moins une
henriparisien — 03/03/2010 - 10:20En pratique au moins une société française a réalisé ce montage . Il s'agit de Vial, section 1.5.1
http://www.groupe-vial.com/doc/2009-11-13-Gpe%20Vial_Rapport%20fi%20HY09...
==
Un autre exemple. BNP a tenté l'opération sur des TDSI émis à la fameuse époque des Ni-ni.
Les titres cotent autour de 66% (40 % en février 2009). Elle a essayé de proposer en AG une motion prévoyant le rachat obligatoire de ces titres à leur valeur de marché. motion retoquée malgrès le fait que la BNP avait acquis une part significative de ces titres.
Je renvois sur un fils boursorama (je sais j'ai honte, mais ce forum particulier marche plutôt bien) : https://www.boursorama.com/forum-taux-rachat-des-oblig-perp-bnp-fr000057...
==
Ce qui est un peu embêtant dans le mécanisme que vous décrivez, c'est qu'une société peut le faire "virtuellement". Constatant une décote de sa dette, elle l'inscrit dans ces livres et pouf enregistre une augmentation de son résultat.
Sauf qu'habituellement, les marchés secondaires des titres sont très peu liquide, et que cette opération est en pratique quasi-infaisable.
Il me semble - mais je ne suis pas du tout un spécialiste des normes IFRS - que leur grande faiblesse s'est de supposer les marchés sont tout à fait liquide.
Pas exactement ; leur faiblesse est plutôt de considérer que la valeur de marché si elle existe, y compris en cas d'illiquidité, doit toujours être considérée comme la valeur "de référence" (ce qui revient implicitement à nier la possibilité d'illiquidité). Cela dit, il reste possible de substituer d'autres valorisations si c'est nécessaire et justifié, mais le problème est que beaucoup de boîtes n'étaient pas armées pour ça au moment où ça s'est révélé nécessaire et justifié...
Précision utile : Dans
Visiteur discret mais bienvenu — 02/03/2010 - 23:52Précision utile : Dans l'exemple ci dessus les calculs sont outrageusement simplifiés ( et donc faux ). Disons qu'il y a un semblant de ressemblance avec le monde réel qui en fait un exemple pas tout à fait absurde.
Finalement, pas la peine
serenis.cornelius — 02/03/2010 - 14:30Finalement, pas la peine d'être "banquier". Avec un bon CAP de patissier option "mille feuilles" cela devrait aller, non ? L'avantage, en plus, c'est qu'un "mille feuille" toxique, c'est plutôt rare.
Silverwoman Thuringe
Pock — 02/03/2010 - 19:09"Silverwoman Thuringe" moi je dis c'est recherché !
Après Jean-Claude Guichet dont on ne se demande pas d'où ca vient.
Merci, ça me console du flop que j'ai fait avec mon super-trop-cool jeu de mots auprès de Jean-Edouard. Pour JCG, c'est pas moi, c'est Serenis !
Trop subtil pour moi
Jean-Edouard — 02/03/2010 - 19:34J'avoue non sans honte que pour ma part je n'avais pas compris d'où venait ce drôle de nom pour une banque d'affaire. C'est effectivement très recherché.
Jeu de mots subtil
Mathieu P. — 04/03/2010 - 23:56Il a fallu ton commentaire pour que je comprenne.
Et moi j'ai toujours pas pigé
Episteme — 05/03/2010 - 22:56Bouh. Va falloir qu'on me fasse un dessin
Goldman Sachs (Saxe) /Silverwoman Thuringe (un autre Land allemand)... Oui, tout ça pour ça, je suis désolée, j'avais pas pu m'en empêcher !
La titrisation, c’est mal !
RST — 02/03/2010 - 20:50@Emmeline
Tout d’abord merci pour ces explications très claires. Même moi j’ai compris. Maintenant que j’ai été bien élevé, j’ai le droit d’aborder les questions qui font débat et qui fâchent ?
Ce que j’avais aussi cru comprendre au sujet des désagréments de la titrisation, c’est qu’ils ne sont pas plus importants que d’autres produits financiers. Même quelqu’un comme Aglietta (on peut prononcer son nom ici ?) que je prenais pour un affreux gauchiste et qui me parait en définitive inclassable, estime qu’elle est nécessaire.
Pour en revenir à ce que j’avais compris, c’est qu’en fait c’est la titrisation au carré et même parfois au cube (ou plus ?) qui est néfaste. En titrisant des titres provenant d’une précédente titrisation, on dilue de fait le risque et plus personne ne sait où il est à l’arrivée.
J’ai tout bon ?
argh, les fâcheries !
Emmeline — 02/03/2010 - 21:12On peut aborder les questions qui fâchent, mais je ne vais pas trop m'étendre dessus pour laisser un peu de contenu au prochain billet sur le sujet - d'ailleurs, au vu de la longueur du texte que je projette d'écrire, il s'agira probablement de deux billets...
Un des problèmes posés par la chaîne d'intermédiaires dont on voit qu'elle peut être passablement longue (j'ai exclu dans mon exemples les juristes, la possibilité d'un autre maillon de revente avant le structureur, le fait que l'investisseur qui acquiert les titres peut ne pas être l'investisseur final...) est, plutôt que le risque, l'information sur le risque. Diluer le risque, en tant que tel, n'est pas forcément mal - certes ça veut dire que si grosse grosse crise il y a, plus de gens sont dans le pâté en croûte, pour parler clair, mais c'est aussi un moyen d'éviter la faillite sèche d'un agent qui porterait trop d'un risque précis (laquelle faillite aurait d'ailleurs probablement pour conséquence de pâtéencroûter d'autres agents, de toute façon). En revanche, se retrouver à devoir se reposer sur des choses dont on ne sait pas ce qu'elles sont, c'est plus embêtant (règle numéro 1, dite de platine, valable pour les particuliers notamment : on n'achète pas un produit que l'on ne comprend pas - et les clients-qui-zavaient-pas-compris-que-le-taux-variable-c'était-variable du crédit mutuel, je crois, auraient bien fait de suivre ce précepte).
La titrisation au carré (= titrisation de revenus déjà issus de la titrisation) mérite effectivement largement les reproches qui lui ont été faits sur ce point, à supposer, sans tomber dans l'épistémologie, que ce soit la technique qui soit en cause et pas les vilains humains rapaces des deux côtés (ceux qui voulaient fourguer leur marchandise, et ceux qui n'ont pas suivi la règle de platine).
Pour Aglietta : son nom est extrêmement prononçable ici, c'est quelqu'un pour qui j'ai beaucoup d'estime, mais attention, l'opus qu'il a commis avec Sandra Rigot, fort intéressant par certains côtés, est truffé d'erreurs factuelles (d'autant plus dommageables qu'elles passeront totalement inaperçues du lecteur lambda, et même un peu plus que lambda) et à mon avis assez partisan.
c tres clair.... tu fais ta
anonymecon — 03/03/2010 - 01:14c tres clair....-
tu fais ta these sur des sujets lies a ca?
Non, pas exactement ("thèse" est encore un bien grand mot, d'ailleurs) - mais je travaille sur des sujets proches, et j'ai été amenée à explorer la question de la titrisation de façon assez extensive par ailleurs. Par ailleurs, ne pas mal le prendre, mais j'ai vraiment du mal avec le tutoiement...
il y a un papier tres clair, non technique qui explique la mecanique economique de la securitisation
http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=1287363
les auteurs montrent que
(1) certaines tranches deviennent extremement sensibles a des changement de prob de defaut sur le sous-jacent;
(2) c'est encore plus le cas pr les CDO squared (securitisation carree?)
(3) des erreurs memes faibles sur la correlation ou la prob de defaut ont donc des implications importantes pour les prix, et
(4) certains tranches sont tres exposees a du risque agrege.
pour avoir vu les auteurs presenter la version technique du papier (maintenant dans AER: economic catastrophe bonds) en juin 2007, et se faire houspiller par les pontes car ils disaient que les tranches seniors avaient des prix incorrects, j'ai beaucoup de respect pour eux (meme s'il y a des hypothese techniques bien sur criticables)
Oui, c'est un des articles dont je compte parler dans 50APCCF. Contrairement à ce qui a été répété un peu partout, pas mal d'économistes avaient prévenu des risques, notamment systémiques, liés à la titrisation. D'autres, au contraire...
@Emmeline, Inutile de
LDB — 03/03/2010 - 09:04@Emmeline,
Inutile de chercher, ma remarque était plus un joke qu'autre chose, la titrisation étant en deux mot le processus qui consiste à transformer par exemple un actif de type "prêt" (dette) en titre financier, d'où le raisonnement de notre psdt (je pense que c'est à cela qu'il a voulu renvoyer?). Et c'est est le sujet du billet. Mais je n'ai aucune explication précise à cette phrase, je ne suis pas spécialiste de finance loin de là, j'ai déjà de la peine à savoir où en est mon propre prêt immobilier....
"qui a non seulement lancé à
Visiteur discret mais bienvenu — 03/03/2010 - 09:39"qui a non seulement lancé à ce moment une mode mais également réalisé, semble-t-il (a posteriori), une excellente affaire. Quoique potentiellement moins que la firme qui le conseillait. "
A-t-on une idée du coût propre à la titrisation ? Peut-on le comparer à celui d'autres procédés d'utilité proche ?
"Coût"
Emmeline — 03/03/2010 - 10:30Voulez-vous dire "coût" au sens large (i.e. avec les conséquences indirectes, les coûts informationnels etc), ou au sens strict, c'est-à-dire rémunérations à verser le long de la chaîne d'une opération de titrisation ? De toute façon je suis incapable de répondre à l'une comme à l'autre question, donc (sans compter qu'on pourra facilement vous répondre que l'utilité de la titrisation n'est pas comparable à celle de la dette, sauf à se contenter de dire que toutes deux lèvent des fonds - à choisir je la comparerais plus à de la dette senior nantie)...
Les frais payés, par exemple, à un cabinet d'avocats, peuvent énormément varier selon la complexité de l'opération. Pour des titrisations devenues très standard (CDO non synthétiques* de 100 firmes bien identifiées, sans gestion du portefeuille, par exemple), les frais sont relativement minimes... Pour une titrisation type Bowie, ou une titrisation synthétique non standard, ça peut atteindre des sommes assez faramineuses (et non je ne peux pas donner de chiffre, je n'en connais pas de publics et je garde pour moi les "privés"). Ce qui explique aussi l'inflation des portefeuilles à titriser (qui n'a rien fait pour augmenter la lisibilité) : les sommes à payer aux intermédiaires étant relativement forfaitaires, autant les diluer sur un gros volume d'actifs.
Les seuls documents publics que je peux vous conseiller sur le sujet sont les rapports annuels (+ formulaires K-bis) des agences de notation, qui détaillent souvent la ventilation de leur chiffre d'affaires par type de produits notés. Chez Moody's, par exemple, les revenus liés à la titrisation sont passés de 170 à 890 millions entre 1999 et 2007 (pour un CA total en 2007 de 2 259 millions).
Jean-Edouard et Marc Rizzolino, même combat
Sincère nain — 03/03/2010 - 16:57« L’individu qui forme couple demeure lui-même tout en devenant autre. Certains hommes, par exemple, oublient brusquement des techniques acquises, par volonté de correspondre à un rôle domestique. Vincent Tatonier avait appris à repasser lorsqu’il vivait seul. Aujourd’hui, cas très classique, il s’en dit incapable. (…) [Jean-Edouard Colliard, pardon,] Marc Rizzolino est plus cohérent, dégageant bien le lien entre passé et présent : »Je ne sais pas trier le linge … parce que je n’ai pas appris … et que je ne veux pas savoir. »
Extrait de la page 146 de La trame conjugale : analyse du couple par son linge de Jean-Claude Kaufmann, Coll. Agora, Pocket, 1992.
Ou encore, page 210 :
« Certes il s’agit d’une construction historique et non d’un donné biologique. (…) Mais le mariage de la femme et du linge est trop ancien pour se défaire en quelques générations. (…) Le linge est encore aujourd’hui profondément féminin. L’amour féminin du linge a une longue histoire ; la femme lisait son destin dans la blancheur et les plis impeccables. Il continue à faire corps avec elle, il est dans ses moindres gestes. Les femmes ne touchent pas les étoffes comme le font les hommes : elles les respectent et les caressent, les considèrent et y prennent plaisir. De cette intimité, de cet amour, naissent un goût, une compétence et un savoir. Comme le goût, la compétence et le savoir pour le repassage, sexuellement très marqués. Comme le tri : la femme trie alors que l’homme ne parvient pas à le faire (S. Denèfle, L’entretien du linge, Université de Nantes-LERSCO, 1990). Car elle connaît les fibres les matières, elle inspecte les détails et les saletés par estime pour son linge. Ce serait se faire violence à elle-même que faire violence à son linge. » (voir aussi http://books.google.fr/books?id=WDUK6O34thMC&pg=PA189&dq=%22Sylvette+Den... )
Et cela n’a pas vraiment beaucoup changé depuis que le bouquin de Kaufmann est sorti. Dans une enquête IPSOS/Mapa-Spontex publiée en février 2009 (http://www.ipsos.fr/CanalIpsos/articles/2746.asp), les hommes « avouent rechigner ou refuser de repasser (73%), nettoyer les sanitaires (67%), trier le linge et lancer une lessive (61%), changer les draps (61%), laver les sols (59%) ». Bref, Jean-Edouard est en bonne compagnie. Tout comme son compère Romain Brastignac (p. 223) : « L’enquête montre que la réussite de ces apprentissages n’est pas une question de technique mais dépend de la position globale adoptée par l’homme : s’il joue à l’élève sans y adhérer vraiment, les leçons échouent. « Au début je lui disais : tu vois il faut faire comme ça. Lui convenait qu’il ne savait pas faire : il ne l’avait jamais fait. Il avait envie d’apprendre aussi. On avait vraiment l’impression que moi [Emmeline ?] je savais plein de trucs* qu’il ne savait pas. » Romain Brastignac avait de réelles difficultés à apprendre les techniques d’entretien du linge. Sabine avait conscience de ses efforts [et vous Emmeline ?] : « Je me suis aperçue que c’était difficile de reprocher à quelqu’un de ne pas faire ce qu’il n’avait jamais appris à faire. » [non Jean-Edouard, ne me remerciez pas … :] Passé les tout premiers temps du couple, Romain utilisa cette tolérance et mit en scène avec exagération la contradiction entre sa volonté (de plus en plus feinte) et son incompétence (amplifiée à souhait) : il était toujours d’accord en paroles et incapable dans les faits. »
Il y a peut-être une solution (mais elle est coûteuse), page 7 de ceci : http://www.adrep.fr/documents/Qad/plaq_AI_11mod-SS.pdf
Sinon, Emmeline, il y a toujours ceci : http://www.lsa-conso.fr/une-lingette-antidecoloration,47453
Bon, vous l’aurez compris, la comptabilité, c’est vraiment pas mon truc … Le seul point commun avec nombre de commentaires de ce remarquable billet d’Emmeline c’est que M. Rizzolino est (était ?) … comptable (p. 248).
* A vrai dire vous êtes même un véritable puits de science : http://fr.wikipedia.org/wiki/Massif_du_Kemberg
et la ligne de liquidité ???
TedCarter — 03/03/2010 - 20:14Je crois qu'elle a joué un certain rôle, non, lorsque les SPV (véhicule créé par les banques pour les actifs à titriser et auquel) détenant des actifs pourris n'ont plus trouver d'investisseurs... sans doute dans l'un des 2 prochains billets !!!
Je crois qu'il manque "elles accordaient des facilités de crédit dans le cadre du credit enhancement" dans votre commentaire... Je vais effectivement en parler, mais c'était une pratique qui n'avait rien d'obligatoire - beaucoup d'opérations n'impliquaient pas de ligne de crédit, tout en étant très répandue, notamment pour les SPV émettant des ABCP.
tiens il y a des papiers
anonymecon — 04/03/2010 - 05:26tiens il y a des papiers la-dessus si ca vous interesse
http://www.nber.org/~confer/2010/SECs10/SECs10prg.html
He ! on peut aussi titriser des passifs !
Cimon — 05/03/2010 - 18:18Ben oui, on peut titriser des passifs d'assurance. Donc on peut même généraliser le montage classique de titrisation de créances en titrisation de n'importe quoi...
C'est d'ailleurs la logique à l'oeuvre dans la directive solva II : lorsqu'on est face à des passifs un peu pénibles (genre pas rachetables, à longue duration et en plus avec du risque biométrique), on fait comme si on pouvait les titriser facilement et hop ! d'un trait de plume les voilà liquides...
Allez, je retourne dans ma grotte...
valo dette
CC — 10/03/2010 - 19:00il me semble que la lettre vernimmen d'octobre dernier a abordé le sujet des gains réalisés en raison d'une dévalorisation de la dette (article "s'enrichir de sa propre décrépitude").
il me semble qu'il ne s'agit que des sociétés financières, peut-être même que des banques.
je ne suis pas un spécialiste, mais des gains importants ont effectivement été enregistrés (comme vous l'évoquez Emmeline) dans le cas de rachat / échanges effectifs de dette : il faut bien faire quelque chose de la différence entre valeur comptable et valeur réalisée. ces transactions ont été faites sur des montants très élevés en comparaison du montant du core capital (notamment banques britanniques, mais aussi BPCE en France). les instruments Tier 1 cotaient pour certains acteurs jusqu'à 35% du pair (avec une liquidité qui limite la portée de ce prix certes) et ont pu être rachetés avec des primes de 5-10% typiquement.
Honte à moi, je suis pourtant abonnée... Pour ceux qui ne connaîtraient pas, il s'agit de la newsletter du site vernimmen.net, éminemment recommandable. Il faut être abonné (c'est gratuit et pour autant que je sache totalement spam-free) pour accéder aux archives
Plus d'infos sur la titrisation
Julien — 14/04/2010 - 11:52Effectivement, la titrisation possède beaucoup d'effets néfastes. C'est d'ailleurs un des mécanismes d'ingénierie financière, entre autre, responsable de la dernière crise.
Si certains veulent en savoir plus, je viens de publier un exposé à ce sujet: http://www.finance-etudiant.fr/exposes/Titrisation-des-Creances-154.html
Bonne journée !
Poster un nouveau commentaire