Les professeurs de SES pervertissent nos enfants : le retour de la vengeance
Jean-Edouard — 18/01/2008 - 00:06
Note introductive : je constate à l’instant que Pierre Maura a déjà ouvert le feu ! N’oubliez donc pas d’aller voir chez lui vérifier que je ne dis pas de bêtises. Par ailleurs le message est très long ; donc si vous êtes déjà au courant de l’affaire, vous pouvez aller directement à la deuxième partie, qui se livre a un mini « audit » de quelques manuels de SES.
C'est un vieux thème, depuis la création des SES peut-être, qui revient cette année encore, cette fois-ci à l'initiative de l'association Positive Entreprise qui a publié une étude basée sur un sondage Opinion Way (non reconnu comme institut de sondage d’ailleurs, et aux méthodes discutables) accusant l'enseignement des SES au lycée d'être la source du « fossé entre les jeunes et l'entreprise ». Suite à quoi l'on nomme une commission (la commission Pochard) chargée de s'occuper du dossier, avec des spécialistes reconnus de l'enseignement des SES en France comme Michel Rocard.
L'attaque contre l'enseignement des SES est pour le moins grotesque dès son premier stade, comme l'a bien montré Olivier Bouba-Olga : si on lit en effet le rapport de Positive Entreprise, on voit que cette association choisit d'accorder beaucoup de poids à la question « Selon vous, pourquoi existe-t-il un profond décalage entre les jeunes et l'entreprise » - 55 % des gens pensent que c'est à cause de l'école, mais on leur a quand même un peu soufflé qu'un fossé existait. Bizarrement Positive Entreprise insiste moins sur une autre question Quelle est votre opinion sur les entreprises en général ?", où l'on apprend que 6 % des gens ont une très bonne opinion des entreprises, et 68 % une bonne opinion. Zut, où est passé le fossé ?
Suit un autre dossier essayant de faire croire que les manuels de SES de seconde sont écrits par d'affreux gauchistes dont le but ultime serait d'inciter les jeunes esprits à la révolte anticapitaliste (primaire). Ce sport a été repris par d'autres, récemment encore par Le Figaro qui se contente de sortir quelques phrases de leur contexte sans même citer de sources, et surtout d'étaler son ignorance crasse sur la science économique et sur l'enseignement des Sciences Economiques et Sociales (rebaptisées "Economie"). A en croire l’article : « Ces mêmes manuels reflètent une image assez étatique de l'économie. Pour Hatier, les pouvoirs publics doivent « remédier aux défaillances du marché » ». En même temps, on peut se demander quelle proportion d'économistes un tant soit peu sérieux serait d'accord pour dire « il n'existe pas de défaillance du marché » ou « il en existe, mais il ne faut surtout pas y remédier » ou « il en existe, mais il faut que les agents privés y remédient eux-mêmes, pas l'Etat ».
Autre scandale dans l'enseignement des SES, le témoignage de ces parents d'une génération manifestement embrigadée : « les parents d'élèves s'étonnent. « Le professeur de ma fille lui a demandé de s'abonner à Alternatives économiques, un journal très critique vis-à-vis de l'économie de marché et du monde de la finance » ». Ciel... Alter Eco, et pourquoi pas à Pif Gadget tant qu'on y est ? La palme revient tout de même à Positive Entreprise, qui a trouvé dans un manuel cette phrase que l'on croirait sortie de la plume de Vladimir Illitch Lénine lui-même : « Le but d'une entreprise est de maximiser son profit », et Positive Entreprise de s'indigner devant cette phrase que l'on trouvera à la première ligne du chapitre « production » de tout manuel de microéconomie, et d'expliquer qu'en vrai les entreprises s'occupent du social, de l'environnement etc. (notons que si c'était vrai, les actionnaires auraient vraisemblablement le droit de porter plainte contre les dirigeants).


Bon évidemment tout cela n'est pas sérieux, d'abord parce que ni les jeunes ni les autres n'ont vraiment une mauvaise image de l'entreprise en général, tout au plus de leur patron. Au contraire le travail reste une valeur importante pour la plupart des Français. Et à supposer même qu'il y ait un problème, on peine à croire qu'il vienne d'un enseignement qui ne touche qu'une très faible partie des élèves.
Alors pourquoi tout ce raffut ? Parce que derrière ce débat il y a une question de pouvoir ; pour le dire crûment, certains ne supportent pas l'idée qu'une fraction des jeunes générations suive les enseignements de professeurs suspectés d'être un peu plus à gauche que la moyenne. Voilà pourquoi ces considérations hypocrites sur l'« amour de l'entreprise » prennent si bien. Et c'est normal, car l'éducation est un pouvoir, comme on peut le voir lorsqu’un lobbying intense obtient que les programmes d'histoire donnent une plus large place aux aspects positifs de la colonisation.
Il est surprenant de noter d'ailleurs que les critiques de l'enseignement des SES connaissent suffisamment mal la science économique pour penser que son message ne peut consister qu'en la glorification des vertus de l'économie de marché non régulée (ce qui est heureusement totalement faux, à moins de considérer que l’économie a commencé vers 1980 pour s’arrêter vers 1990), et que donc si un manuel critique un tant soit peu cette optique il ne peut qu'être non scientifique. A moins que la scientificité du contenu soit indifférente à ces gens, sans quoi on aurait peut-être reproché aux dits manuels de donner une image fausse de l'entreprise, et non une image mauvaise. Choix des mots qui en dit déjà long.
Il faut insister sur l'hypocrisie qui règne sur cette question. Si elle fait tant de bruit, ce n'est pas parce que leurs détracteurs soupçonnent les manuels de SES de donner une mauvaise image de l'entreprise mais, disons-le honnêtement, parce qu'ils trouvent leur contenu trop marqué à gauche à leur goût (ou plutôt pensent a priori qu'il doit être trop à gauche). Dès lors une affirmation en accord avec la théorie économique la plus basique comme « la survie de l’entreprise est conditionnée par la réalisation d’un profit, que se partagent les propriétaires » est immédiatement lue comme une affirmation politique visant à critiquer l'entreprise et l'économie de marché (phrase citée par le rapport de Positive Entreprise). Les confusions vont également bon train, les chapitres de sociologie portant sur les mouvements sociaux étant pris comme des chapitres d’économie sur les relations de travail et faisant injustement la part belle aux syndicats...
Une nouvelle commission, présidée par Roger Guesnerie, professeur au Collège de France, va être nommée pour mener un audit des manuels de SES. D'un côté je m'en réjouis, parce qu'au moins la commission sera présidée par quelqu'un d'honnête intellectuellement qui ne s'en laissera pas conter par quelque lobbyiste incompétent, et que son prestige devrait suffire à faire taire les grotesques pendant quelque temps. D'un autre côté je le déplore, puisque cela veut dire que l'Etat, au lieu de soutenir un minimum le travail de l'Education Nationale contre les agissements d'un lobby s'appuyant sur une pseudo-enquête, s'empresse de reconnaître la validité des graves soupçons formulés à l'encontre de ses fonctionnaires.
On peut s'attendre à ce que la commission qui sera nommée demande quelques micro-changements tout à fait normaux et souhaitables, mais dans l'ensemble ne remette pas en cause la scientificité et l'objectivité des manuels, tout simplement parce qu'ils sont en effet assez scientifiques et objectifs. Cela ne convaincra pas leurs détracteurs pour qui tel n'est justement pas le problème (le vrai problème étant que la théorie économique ne valide pas « leur » vision de l'entreprise et de l'économie de marché).
Enfin, pour essayer de convaincre tout le monde que les manuels de SES ne sont pas un florilège de citations trotskystes et que je parle un peu en connaissance de cause, je vous propose une petite synthèse des quelques manuels de SES que j'ai audités en avant-première pendant les vacances. Pris par le temps, je n’ai considéré que la question réductrice « les manuels donnent-ils une mauvaise image de l’entreprise ? » dont par ailleurs je conteste la pertinence, et ne me suis intéressé qu’aux chapitres d’économie, mon but étant là encore de contester les résultats de Positive Entreprise, non d’avoir une approche plus intelligente qu’eux des manuels de SES.
Commençons par le manuel de SES de 2de de chez Nathan, édition 2004, articulé en 4 parties conformes au programme : famille - emploi - production - consommation, parties qui remettent légèrement en cause la thèse d'une nette prédominance de la sociologie dans le programme.
On y apprend ainsi que « Les organisations productives sont au cœur de l’activité économique. […] Une entreprise est une organisation productive qui réalise des biens et/ou des services. Son objectif est de réaliser des profits. Pour cela, elle doit vendre ses produits à un prix au moins égal à leur coût unitaire de production. Il s’agit d’une production dite « marchande ». Les entreprises appartiennent donc au secteur marchand. »
Rien de choquant à première vue. « Pour générer des profits, les entreprises doivent au préalable créer des richesses. Cette création de richesses se mesure en calculant la valeur ajoutée des entreprises qui se répartit ensuite entre les différents acteurs économiques ayant participé à cette création. » Là on arrive à un premier message positif sur l'entreprise : elle crée des richesses. « L’objectif d’une entreprise est de rentabiliser son activité. Pour cela, elle doit réaliser des profits = chiffre d’affaires - coûts de production. L’obtention de profits montre que l’entreprise a su répondre aux attentes du marché. » Quoique à juste titre relativisée un peu plus loin par l'évocation de la théorie de la filière inversée, la dernière phrase montre là encore l'utilité de l'entreprise dans la société et va même jusqu'à justifier moralement l'existence du profit, plus peut-être que ne le fait la théorie standard (selon laquelle le profit est avant tout le symptome d'un dysfonctionnement).
Qu'apprend-on de plus en passant en première ES ? Voyons le manuel Hachette 2001. Le choix du titre des deux parties aurait peut-être fait bondir le journaliste du Figaro s'il avait lu les manuels avant de critiquer l'enseignement des SES. La première s'intitule en effet « Les activités economiques et sociales », la deuxième « La régulation ». Incorrigible étatisme ? Non, puisque la première moitié de la partie régulation est consacrée à la coordination par le marché, donc à l'autorégulation du marché voire du capitalisme, idée peu compatible avec le gauchisme primaire supposé des SES. Un chapitre reprend les bases de la microéconomie du producteur, donne les bases de la concurrence imparfaite mais en tempérant cette « critique » potentielle du capitalisme par la mention de l'hypothèse de marchés contestables. Un paragraphe sur les marchés de clientèle d'Okun va même un peu dans le sens de Positive Entreprise en montrant qu'il n'y a pas que les prix sans âme dans la vie mais aussi la qualité, les relations avec le client etc. Bref, rien que du classique que l'on trouverait dans tout manuel américain et donc respectable. A noter aussi que, comme les autres manuels mais un peu plus encore, celui-ci s'appuie énormément sur des textes et articles de journaux. Les sources choisies ont de quoi surprendre ceux qui pensent qu'il ne peut s'agir que de la Pravda et de L'ABC du Communisme : certes très peu Le Figaro, pas mal Alter Eco, mais beaucoup Le Monde et Les Echos, et très souvent aussi Strategor et Mercator, manuels classiques (quoique aux titres un peu amusants) des futurs entrepreneurs qu'abritent nos chères écoles de commerce. Un chapitre sur « L'entreprise et les marchés » semble même spécialement destiné à ceux qui souhaiteraient fonder leur entreprise : en lisant des extraits de Strategor, des passages de Economie d'entreprise (Sirey) et des articles de la revue Management, le jeune élève apprend « la nécessité d'anticiper », « la coopération entre entreprises comme source d'efficience », les différentes stratégies concurrentielles et d'innovation...
Notre jeune futur entrepreneur de 1ere ES va-t-il alors être dégoûté de l'entreprise en arrivant en terminale ES ?
Voyons le manuel Bordas de 2003. S'appuyant sur les connaissances acquises en première ES, celui-ci aborde des aspects nouveaux (heureusement, sans quoi cet audit serait lassant), là aussi en citant beaucoup d'auteurs et d'articles. Une large place est d'abord faite via Schumpeter au rôle de l'entrepreneur comme étant à la source de l'innovation :
« Être entrepreneur, c’est donc, à un moment donné, se faire l’agent du changement. C’est rompre avec la routine, bousculer les habitudes : les habitudes de ses collaborateurs, bien sûr, mais également celles des consommateurs, sans parler de celles des concurrents bousculés par la nouveauté. L’entrepreneur se heurte à de multiples résistances, et toute sa force est de parvenir à les surmonter. » Même si l'on relativise tout de même en rappelant que, chez Schumpeter, « de publication en publication, le rôle des entrepreneurs est revu à la baisse », ce qui permet de faire une transition sur le rôle des structures sociales et de l'infrastructure économique dans le processus d'innovation. Néanmoins, le manuel insiste sur l'importance du financement des entreprises (et donc de la finance, qui ne serait donc pas seulement « parasitaire » !) en introduisant la notion de rentabilité financière, le rôle des banques, du capital risque etc., et explique également les stratégies des multinationales, les gains d'efficacité qui résultent de l'internationalisation, et dit par exemple que « la concurrence pour attirer les IDE renforce la compétitivité des économies ».
Le manuel de La Découverte, édition de 1999, qui rassemble des contributions d'un grand nombre d'économistes et sociologues « phares » quoique peut-être un peu « marqués La Découverte » au goût de certains, se démarque à la fois par un peu plus de précision sur la notion de régulation (évidemment c'est plus facile quand on peut mobiliser Robert Boyer pour écrire dans son manuel), et par plus de références à la microéconomie (bel effort de diversité des points de vue, n’est-il pas ?) : salaire d'efficience, théories insider/outsider, effet de levier, rationalité de la décision d'investissement et de la décision du producteur... Là aussi le lien entre entreprise et innovation est renforcé, par exemple avec un dossier sur la course à l'innovation dans le secteur des microprocesseurs.
J'ai du mal à conclure de cette liste que ces manuels donnent une mauvaise image de la fonction de l'entreprise ; à vrai dire la plupart des lecteurs ayant fait un peu d'économie trouveront probablement le contenu économique de ces manuels plutôt classique et consensuel jusqu'ici. Faut-il alors comprendre dans les études de Positive Entreprise que l'entreprise est dénoncée dans ces manuels de manière plus subtile, par exemple comme espace de domination ou comme cause du chômage ? Le manuel de seconde, via l'histoire de Luigi, sympathique chef d'une toute petite entreprise (une pizzeria en l'occurence), tend à montrer qu'une entreprise licencie un employé quand son travail n'est pas rentable, et que c'est normal, et introduit aussi avec imagination l'idée du chômage keynésien. Le même manuel explique que les gains de productivité peuvent être source de licenciement, mais aussi de créations d'emploi et expliquent donc le déplacement des actifs d'un secteur à l'autre, non le chômage. Le manuel Bordas de terminale détaille davantage les idées du chômage classique et du chômage keynésien, sans oublier de dire que les deux peuvent coexister, ou être plus ou moins dominants selon le contexte. Dans le manuel La Découverte, les théories du salaire d'efficience et insider/outsider tiennent également une bonne place dans l'explication. Les entreprises exploitent-elles les travailleurs ? Pour le manuel de seconde « aujourd’hui, la part des salaires avoisine les 60% et celle de l’EBE les 35%. Cependant, si l’on raisonne sur le long terme, la part actuelle des salaires dans la valeur ajoutée retrouve à peu près le niveau qu’elle avait dans les années 70 ». L'entreprise n'est pas non plus décrite comme un bagne, comme on peut parfois le lire chez les détracteurs de ces manuels, qui s'imaginent que parce l'on parle de la naissance du taylorisme et du fordisme on critique nécessairement l'entreprise aujourd'hui ; les manuels insistent au contraire sur la variété des formes contemporaines d'organisation du travail autour du couple « néo-toyotisme »/ « néo-taylorisme » ; si des chapitres plus sociologiques disent également que les entreprises sont aussi des lieux d'inégalités et de hiérarchie (ce qui me semble tout de même indéniable), ils précisent également que cela tient à des mutations dans les techniques de production et dans les exigences des clients (et donc pas au tempérament de « petit chef » des patrons français, ce que dit pourtant entre les lignes Thomas Philippon, qui lui en a le droit puisqu'il n'est pas professeur de SES).
Je pense pouvoir conclure sans risque de cette brève étude que le contenu des manuels de SES est tout à l’honneur de cette filière, et j’ajouterai qu’ils font généralement un véritable effort de pédagogie et de précision. A vrai dire je n’hésiterais pas à en recommander la lecture à certains économistes confirmés ou apprentis dont je tairai les noms. J’en conclus également que l’attaque lancée contre cet enseignement ne peut avoir de fondements scientifiques sérieux, et repose donc nécessairement sur des motifs probablement inavouables.
Je laisse un début de conclusion à J. K. Galbraith dans Economie du pouvoir (p.56 dans le volume intitulé un peu malheureusement « Economie hétérodoxe » au Seuil, probablement pour des raisons de marketing) :
« Les grandes firmes et les organisations patronales ne cessent de demander qu'on suive l'exemple socialiste en ceci du moins que l'endoctrinement des écoliers, des étudiants et du grand public en ces matières soit poussé beaucoup plus loin. Les gens sur qui ce genre d'éducation réussit sont ainsi conduits à prendre les finalités du monde des affaires pour l'expression adéquate de l'intérêt général et du leur propre. Que ce conditionnement scolaire soit pris très au sérieux, on peut en voir la preuve dans la fureur qui se déchaîne encore à l'occasion pour peu qu'on soupçonne les adolescents d'avoir accès dans leurs bibliothèques à des livres qui critiquent les conceptions régnantes concernant l'ordre économique et social existant. »
Je ne dis pas qu’on en soit là, mais néanmoins j’émets quelques inquiétudes sur la diffusion d’idées fausses sur l’entreprise. Surtout je ne vois pas pourquoi il serait indispensable de propager la vision selon laquelle l’entreprise serait « utile » ou « bonne », les patrons nécessairement imbus de préoccupations humanitaires et environnementales, les salariés heureux et épanouis.
Le principal avantage comparatif de l’approche économique, c’est qu’elle est matérialiste : les entreprises maximisent leurs profits et se contrefichent de l’environnement, les salariés travaillent pour un salaire et pas pour faire plaisir à leur employeur, ils ont tout à gagner à travailler ensemble mais au final il faudra bien partager les bénéfices entre salariés et actionnaires, quoiqu’il arrive. C’est comme ça.
On peut ensuite se demander s’il faut laisser le système fonctionner de la sorte, ou l’encadrer plus ou moins pour qu’il fonctionne mieux ou différemment. En revanche, il me semble dangereux de commencer à considérer qu’il vaut mieux que les employés s’imaginent que l’entreprise est « bonne » (ce qui ne veut rien dire) ou ne se rendent pas compte qu’ils sont en compétition avec les actionnaires pour le partage de la valeur ajoutée. Des recherches récentes montrent l’influence de la confiance des salariés ou de leurs bonnes relations avec les dirigeants d’entreprise sur l’économie d’un pays, mais de manière un peu gênante ne se posent que très peu la question de la réalité des relations entre employés et employeurs ou de pourquoi on devrait avoir confiance envers les autres, même dans un pays non marqué par les fléaux du « corporatisme » et de l’ « étatisme » comme l’est notre malheureuse France.
Est-il souhaitable que des employés qui auraient objectivement de mauvaises conditions de travail idéalisent celles-ci ? Que les gens aient une confiance aveugle en leurs dirigeants, en leur entreprise ? Le manque de prise en compte de cette question peut conduire à mon avis à tolérer trop facilement la propagation de « valeurs » plus ou moins contestables (valeur « travail », valeur « entrepreunariale »), ou encore de confusions volontaires, comme celle qui consiste à voir en chaque chef d’entreprise, même s'il est un gestionnaire stricto sensu, un "entrepreneur" (la consultation de pages consacrées à certains héritiers français est à ce titre éclairante), parce qu'elles seront vues comme visant à rétablir la "confiance". Bref, il n’est probablement ni nécessaire ni suffisant d’être mauvais en économie et de ne pas comprendre son environnement économique pour être un bon salarié, ou même un bon entrepreneur. En tout cas, arrêtons de taper sur les profs de SES, dont certains sont de vrais fanatiques de l’entreprise à en croire leurs goûts musicaux (cliquer sur J’aime ma boîte).
Note méthodologique : je n’ai pas lu les mêmes manuels que Positive Entreprise parce que je me suis servi de ceux qu’on a bien voulu me prêter. Il est donc possible que mon échantillon soit biaisé, à moins que ce ne soit celui de Positive Entreprise, en tout cas je n’ai trouvé dans aucun d’affirmation vraiment dirigée « contre » l’entreprise sans nuance, ce qui me fait plutôt penser que cette association a surtout eu recours à la citation de phrases complètement hors contexte ; j’ai essayé de ne pas céder à ce travers en tentant via les phrases citées de reconstituer l’esprit de certains chapitres, exercice qui n’est évidemment pas une science exacte mais que j’ai accompli aussi honnêtement que possible.



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