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Le coin de Donald 1 : Michel Duck à l'ECD

Emmeline et Jea... — 21/09/2007 - 18:17

D’abord un petit mot d’explication sur la rubrique « Le coin de Donald », dont le titre peut paraître étrange. Il vient d’un débat un peu houleux que deux membres de RCE avaient eu avec un étudiant de l’ESSEC sur un blog politique. Pour impressionner son auditoire cet étudiant s’était appuyé sur un texte idiot qui sera probablement à l’honneur dans un prochain post, texte censé être écrit par O. Kamerschen, professeur d’économie à l’université de Georgie (pas de Géorgie hein, pas confondre). Après vérification le dit professeur Kamerschen dément sur son site toute parenté avec le texte, qui n’est donc qu’un « hoax ». Haro et pluie de sarcasmes sur le prétentieux baudet (1). Baudet qui d’une dernière ruade s’exclame que ce texte est vraiment intéressant, et qu’il le serait même s’il avait été écrit par Donald Duck (sic). Nouveaux sarcasmes sur le baudet désormais affublé du sobriquet de Donald Duck etc. , sobriquet devenu pour deux membres de RCE le symbole de l’impéritie économique. Le nom de « coin de Donald » s’imposait donc pour cette rubrique destinée à recenser des âneries (et non des canarderies, les canards étant animaux fort sympathiques).

Pour ouvrir cette rubrique quoi de mieux que de reprendre la conférence, un peu ancienne déjà mais tellement symptômatique, qui s’était tenue en juillet à l’Ecole de Canardologie de Donaldville (ECD)(2). Auprès de trois économistes de l’ECD qui se sont plutôt bien comportés intervenaient deux chefs d’entreprise réputés sur le déficit budgétaire, la compétitivité, la recherche, bref comment sortir les canards de la crise.



Limitons-nous aujourd’hui au cas de Michel Duck, président du conseil d’administration de Banque Nationale de Donaldville – Donaldvillebas, ancien X ENA Inspection des finances, auteur d’un rapport remarqué sur la dette publique mais aussi coauteur d’un ouvrage moins remarqué et modestement intitulé « C’est possible et voici la recette ».

Le jeu consiste à repérer les erreurs de Michel Duck (les propos sont retranscrits d’après un enregistrement officiel patati patata), parlant au nom de l'Institut de l'Etang (aux canards). Aujourd’hui niveau de difficulté 1 (rentrée oblige, on commence par des révisions), ce sera de plus en plus difficile par la suite, comme les sudokus.

« La dette est un indicateur du fait que pendant 26 années consécutives, nous avons accepté des finances publiques en déficit sans que personne ne se préoccupe de les remettre en équilibre. Ces déficits auraient pu être acceptables dans la mesure où ils auraient correspondu à un effort structuré pour la croissance et la préparation de l’avenir, ce n’est pas le cas. Parmi ces déficits il y en a 10% environ qui correspondent aux déficits de l’assurance-maladie au cours des quinze dernières années, ce qui ne peut pas être considéré comme une préparation de l’avenir, de quelque façon que ce soit.

Il y en a un (d’exemple de mauvaise gestion) qui est quand même assez spectaculaire qui est cette augmentation de 25% du nombre de fonctionnaires sur cette période de 25 ans, un million de fonctionnaires en plus, pour quoi faire ? (…) L’explication profonde ce sont nos pratiques politiques et collectives qui nous conduisent à faire de la dépense publique la réponse systématique à tous nos problèmes, y compris nos problèmes de société, ce qui a pour conséquence que nous empilons sans cesse des régimes nouveaux ou des dispositions et incitations nouvelles mises en place sans qu’on s’interroge sur les précédentes pour faire face dans l’urgence à une demande de l’opinion publique. (Situation préoccupante…) au regard des deux objectifs de notre pays, aujourd’hui comme hier, la croissance économique, d’un côté, la cohésion sociale de l’autre. […]

Au niveau des finances publiques qu’est-ce qu’il faut faire ? […] Les remettre à plat, c’est-à-dire concrètement se fixer comme objectif l’équilibre. Pourquoi l’équilibre ? Parce que cela conduit inévitablement, compte tenu de l’ampleur des besoin et de la pression sur ces besoins à s’interroger sur l’ensemble des actions passées en matière de dépenses, et donc à réexaminer l’ensemble des politiques publiques au regard des problèmes de croissance et de cohésion sociale. […] Premier principe qui m’apparaît extrêmement important, un euro public bien dépensé donne plus de croissance potentielle qu’un euro public mal dépensé, ce principe dont je ne sais s’il repose sur quelque théorie économique que ce soit repose sur l’expérience professionnelle qui a toujours été la mienne qui est que dans une entreprise un euro bien dépensé conduit à plus de valeur ajouté qu’un euro mal dépensé. Je pense que le même principe peut s’appliquer à nos dépenses publiques. Nous n’avons jamais vu nos dépenses publiques sous cet angle. […] De ce point de vue je crois que l’approche gouvernementale actuelle qui consiste à mettre en place un conseil des politiques publiques qui permette cette remise à plat […] est la bonne mesure.

[…]Il ne fait pas de doute que l’ensemble de notre réglementation du travail tout compris, c’est-à-dire à la fois le Code du travail, la réglementation du salaire minimum et toute une série d’autres réglementations qui s’y ajoutent sont globalement l’explication du fait que notre pays est le seul en Europe occidentale, pratiquement, à ne pas avoir trouvé le chemin du règlement du problème du chômage. De même que le foisonnement de textes administratifs et réglementaires et leur complication sont une explication importante de l’insuffisante compétitivité, l’insuffisante attractivité du territoire national pour y implanter emplois et investissements. […] Par rapport aux Etats-Unis et au Japon nous avons un handicap qui est un handicap énorme et dont le moindre n’est pas, encore, la complexité et la lourdeur de nos prélèvements obligatoires. »

Un peu plus distrayant, le même Michel Duck, en réponse à des questions, demandant notamment si le manque de concurrence dans le secteur des biens de consommation et dans le secteur bancaire ne faisait pas aussi partie du problème, tient d’abord à revenir sur un fait cité par Georges de Duck, autre intervenant, dans l’université duquel des « syndicalistes » ont obtenu qu’il ne soit pas obligatoire de suivre un cours de micro-économie en licence d’économie pour passer en M1 (ou en M1 pour passer en M2 je ne me souviens plus).

« Sur la micro-économie j’avais jusqu’à présent comme référence le président Lula du Brésil qui a dit dans un discours il y a deux ans que les gens qui n’ont pas compris que l’économie de marché était la meilleure façon de faire fonctionner l’économie tout court étaient comme l’Eglise catholique à l’époque de Galilée pour ce qui était de la théorie de la gravitation. je dirais que si le président Lula avait connu votre université (celle de Georges de Duck), il aurait dit que c’était comme si l’Eglise catholique à l’époque de Newton avait décidé de brûler Newton et d’interdire définitivement l’ensemble de ses travaux. Refuser l’enseignement de la micro-économie me semble être littéralement criminel, je ne crois pas qu’il y ait un seul pays dans le monde où on enseigne l’économie sans enseigner la micro-économie, pas un pays dans le monde, ça a dû exister un temps en Union soviétique grande période avec la planification. C’est inconevable qu’on puisse aujourd’hui dans une université française détruire à ce point les esprits de jeunes qui veulent faire de l’économie en refusant de leur enseigner la micro-économie. C’est hallucinant je ne pensais même pas que ce fût possible. […]

J’ai lu dans la presse que le premier projet de loi gouvernemental prévoyait des conseils d’administration de 20 personnes pour les universités, j’observe a/ que quand une entreprise a un conseil d’administration de plus de 15 personnes les analystes financiers commencent à s’inquiéter de sa capacité de se gouverner, b/ que quand le gouvernement vient de décider d’être efficace il a décidé d’avoir 15 ministres, voilà, full stop. […] les présidents d’université, qu’ils apprennent la science de l’organisation. […] Ca me met franchement en colère, la micro-économie c’est hallucinant…[…]

Ca m’amène à la question que vous m’avez posée sur les conditions de concurrence. Les entreprises françaises se sont formidablement adaptées depuis une quinzaine d’années à la mondialisation […] Est-ce que en matière de concurrence il y a des progrès à réaliser ? Oui, absolument, je suis moi pour ma part très favorable aux mécanismes de concurrence qui sont mis en place au niveau européen. […] Je suis convaincu que vous allez soutenir avec beaucoup de force les dernières décisions de la Commission qui visent à assurer les conditions de concurrence normale sur le marché français de la banque de détail en généralisant la distribution du livret A. »

Répondant à à un économiste compétent expliquant prudemment que tout ça c’est très bien mais que ça n’explique pas un certain nombre de choses, Michel Duck lui propose de plus quelques théories révolutionnaires pour expliquer le chômage : d’accord le problème c’est les jeunes et les vieux. Mais les jeunes ils sont moins qualifiés donc quand on les embauche ils ne sont pas encore très bons et il faudrait pouvoir les payer en-dessous du SMIC (on se demande donc à quoi servent les stages, apprentissages et autres), c’est pour ça qu’ils sont si au chômage, c’est à cause du SMIC (alors que l'économiste compétent avait bien expliqué qu’ils n’étaient pas si au chômage que ça). Quant aux vieux c’est encore plus simple : ils sont moins productifs que les jeunes dit M. Duck en assurant que les étudiants dans l’auditoire savent mieux que lui se servir d’un ordinateur (une place de PDG à prendre peut-être ?), or en France on rémunère les gens à l’ancienneté, « c’est comme ça », donc quand leur salaire devient trop élevé on les licencie.

Le bouquet final a été coupé de l’enregistrement disponible sur Internet, je ne sais vraiment pas pourquoi, mais heureusement je prenais des notes : en gros le vrai problème, avec le SMIC, c’est la retraite par répartition. « Considérons un étudiant rationnel. Qu’est-ce qu’il voit ? » Qu’ici en France le déficit correspond à 66% du PIB, et que s’il trouve un emploi il doit payer la retraite des autres. Alors que s’il traverse la Manche et travaille en Grande-Bretagne il n’aura pas à payer la retraite des autres et garde plus d’argent.

En commençant par la dernière ça fait pas mal d’erreurs à retrouver. Bon jeu !

(1) Oui nous sommes cruels mais il l’avait cherché

(2) Comment ça c’est transparent ? Mais pas du tout !

  • Le coin de Donald

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