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Pourquoi vous ne verrez jamais de pop-ups RCE...

Jean-Edouard — 30/11/2007 - 00:44

Oui, pourquoi, dans le noble but d'éclairer le débat public, ne faisons-nous pas surgir sur lemonde.fr d'affreuses fenêtres qui se lancent toutes seules (spéciale cacedédi Versac) chantant les mérites de "Quelle fiscalité pour les objectifs ?" et "Bientôt privés de services publics ?" ?

D'abord, comme vous le voyez, parce que nous les chantons très bien nous-mêmes, ensuite parce que nous n'en avons pas les moyens. Enfin en raison de la faille de GoogleAdSense dont parle cet article.

Parce que je sais que beaucoup de lecteurs n’auront pas le courage de lire en détail cet article issu de Rue89, je reprends brièvement ce dont il est question. Si l’on prête foi à l’auteur de l’article, un petit malin aurait trouvé une faille dans le script de GoogleAdSense.

Qu’est-ce que GoogleAdSense ? Un service assez spécial de Google : vous êtes un jeune webmestre au site très visité mais hélas vous manquez d’argent (ou vous n'en aurez jamais assez) : vous vous adressez alors à Google qui vous envoie un petit script java à rajouter sur votre site. Google se charge ensuite de trouver des entreprises qui cherchent à faire leur publicité sur Internet, et fait en sorte que le lien que vous avez installé renvoie vers leurs sites1. A chaque fois qu’un aimable visiteur (ou vous-même) clique sur le lien, l’entreprise verse quelques cents à Google, qui vous en reverse une partie.

Notre petit malin aurait en fait trouvé une faille dans le script envoyé par Google et l’aurait modifié légèrement. Résultat : Google pense que des milliers de personnes ont cliqué sur le lien publicitaire présent sur le site de notre héros, qui gagne ainsi quelques 5.000 $ sans lever le petit doigt de son clavier.

Mais on peut être malin et honnête : Google est aussitôt informé de cette faille par notre informaticien, lui-même étonné de son succès. Et c’est là que l’affaire devient intéressante, et peut-être l’article un peu moins clair : Google ne fait tout simplement rien pendant un certain temps, et nie par la suite absolument qu’il soit ou ait été possible d’exploiter une telle faille.

Ces deux réactions se comprennent très bien : pour son image, Google n’a évidemment pas intérêt à admettre qu’il existe des failles dans ses scripts. Mais, pire encore, Google n’a surtout aucun intérêt à lutter trop efficacement contre ce genre de manipulation, chaque faux clic rapportant à Google autant qu’un vrai. Or selon d’obscures estimations, les faux clics représenteraient, je cite l’article, « entre 2% et 50% des clics ». Je signale au passage à ces messieurs (et dames) d’Ecopublix que, quand ils auront fini de s’occuper de sujets mineurs comme la fiscalité, les inégalités ou diverses politiques publiques, il y a au moins ce vrai sujet qui les attend de pied ferme : plutôt 2, ou 50% ?

Il est surprenant que cette estimation soit si mauvaise, puisqu’on peut penser que le prix qu’est prête à payer une entreprise pour ce genre de publicité dépend beaucoup de la proportion de « vrais » clics. Google fait en tout cas des efforts manifestes pour montrer que les faux clics sont traités de manière efficace par de redoutables et mystérieux algorithmes qui détectent à coup sûr les clics indélicats.

Une entreprise comme vous et moi est-elle capable de juger de la pertinence dudit algorithme, c’est une autre question. Bref, comme souvent dans toutes les activités liées à Internet, il est à peu près impossible de savoir si l’entreprise remplit bien ses obligations. A titre d’exemple, ce billet a en fait été écrit hier, sauf que mon navigateur a eu des ratés au moment de cliquer sur « publier ». J’ai donc perdu le fruit d’une heure de travail (rappelons qu’une heure dans WoW rapporte 200 pièces d’or, soit plus de 5 euros), et je ne peux même pas savoir s’il faut m’en plaindre à l’hébergeur du blog, à mon fournisseur d’accès, à Microsoft ou à Mozilla2.

On peut se demander dans ce cas pourquoi des entreprises font encore appel à Google, et pourquoi un concurrent plus sûr et plus diligent dans la protection de ses clients ne s’impose pas. On peut répondre facilement à la deuxième question : il sera difficile pour une entreprise de s’assurer qu’effectivement ledit concurrent est plus sûr. Mais surtout, ce qui répond aussi à la première question, il vaut peut-être mieux faire appel à un Google en position dominante qu’à un concurrent éventuel, parce que Google peut mettre l’entreprise en relation avec un plus grand nombre de webmestres, avantage qui peut compenser la part de « faux clics » peut-être (mais peut-être pas) plus élevée. Et si les webmestres préfèrent peut-être passer par Google que par un autre, c’est parce que Google les met en relation avec plus d’entreprises. Mais pourquoi plus d’entreprises font-elles appel à Google ? Voir plus haut. C’est exactement ce qu’on appelle un équilibre de Nash sous-optimal : il vaudrait peut-être mieux pour tout le monde se coordonner sur un autre intermédiaire que Google (encore une fois ce n’est pas sûr du tout, il est très possible que Google dispose effectivement des algorithmes les plus performants), mais aucune entreprise ni aucun webmestre n’a intérêt à changer tout seul.

Piratage, Google, droits d’auteur, partage de l’information… mais que feraient donc les économistes (et les juristes) sans l’invention d’Internet !




(1) Techniquement ça ne se passe pas comme ça, certes, mais cela n’a guère d’importance. Les spécialistes de la question sont les bienvenus pour donner toute précision utile.

(2) Que ceux qui sont derrière cette sombre machination contre le dévoilement des errements de Google, Microsoft, Free et autres se le disent bien : RCE rompra la loi du silence, quoiqu’il lui en coûte !


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