Mafeco - Ma femme est une économiste

  • accueil
  • blog
  • index
  • nobels
  • à propos
  • notes critiques
  • boîte à outils
Accueil › Blog › Le blog de Emmeline et Jean-Edouard

Le lynchage, un signal de qualité ?

Emmeline et Jea... — 12/05/2008 - 21:56


Lors du dernier raout des députés UMP, lequel, pour une raison que nous ne nous expliquons guère, a eu lieu aux frais directs et sous les ors de la République, M. Sarkozy s'en est pris à la presse, coupable de n'avoir pas assez selon lui relayé la récente condamnation en appel de Mme Royal. De deux choses l'une, ça a marché d'enfer, ladite presse s'indignant de concert de cette tentative de mainmise et relatant au passage le susdit événement, la deuxième : mais pourquoi est-il si méchant avec la pauvre Ségolène ?(1)

A cela deux explications : soit il a d'elle la plus pauvre opinion, souhaite l'affronter de nouveau en 2012 et voulait ainsi la désigner comme principale personnalité d'opposition(2), comptant sur les crédules militants socialistes pour la désigner derechef ; soit, mine de rien, il la respecte et la craint, et dans la perspective d'un second affrontement en 2012 et suivant la tactique qui lui a jusque-là si bien réussi de se mettre en campagne 4 ans avant, commence dès à présent à bâtir un dossier à charge.

N'ayant pas l'heur d'être dans ses confidences, mais cependant friands d'apprendre ce qui peut bien passer dans cette tête qui est aussi celle de l'Etat, il ne reste aux pauvres citoyens que nous sommes que le seul recours de notre mère à tous - j'ai nommé la théorie des jeux. Avec incertitude.

Deux joueurs interviennent dans notre modèle, Nicolas(3) tout d'abord, les militants socialistes ensuite. Nicolas reçoit un signal de la nature (comprendre "Nicolas apprend que"), qui l'informe que Royal est une "bonne" candidate (meilleure que ses concurrents socialistes tout du moins) ou une "mauvaise". Il décide alors de taper sur Royal, ou de se comporter en Président ne pas lui taper dessus. Les militants socialistes décident alors (mais sans savoir, eux, la qualité de Royal ; ils savent simplement qu'elle est bonne avec une probabilité α, et qu'elle est mauvaise avec une probabilité 1 - α) de la désigner comme candidate ou d'envoyer un concurrent C. Les paiements (d'abord celui de Sarkozy, puis celui des militants) se présentent ainsi :

- si Sarkozy affronte Royal, qu'elle est bonne (bon je ne vais pas réécrire "une bonne candidate" à chaque fois, mais je rappelle à ces messieurs qu'ils sont dans un espace pudique et décent) et qu'il lui a tapé dessus, ils ont une chance équivalente de l'emporter ; les paiements sont (1/2,1/2) ;

- s'il affronte C, les paiements sont dans tous les cas (x,1-x) où x est un paramètre entre 0 et 1 que nous laissons libre ;

- s'il affronte Royal, qu'elle est bonne et qu'il n'a pas tapé, il perd à tous les coups ;

- s'il affronte Royal et qu'elle est mauvaise, il gagne à tous les coups.

Nous laissons à l'aimable lecteur le soin de dessiner l'arbre adéquat - il peut toujours se référer à ce sublime exemple si nécessaire.

Dans la plus pure tradition harsanyite, nous remarquons que deux types d'équilibre sont possibles, appelés "séparateurs" (separating) et "mélangeants" (pooling). Les premiers sont ainsi nommés car il est possible, au vu des actions d'un joueur, de deviner son type (en l'occurrence, l'information qu'il a reçue) ; les seconds, car cela est impossible.

A quelles conditions y a-t-il dans ce jeu des équilibres séparateurs ?
Le premier équilibre possible est que Sarkozy ne tape sur Royal que s'il pense qu'elle est forte ; dans ce cas, il sait que les militants socialistes interpréteront le fait qu'il lui tape dessus comme un signe de sa (à Royal) qualité. Dès lors, a-t-il intérêt à le faire ? s'il tape sur Royal, les militants socialistes la désignent seulement si 1/2 (leur probabilité de gagner si elle est candidate, forte, et dessustapée) > 1-x (leur probabilité de gagner avec C). Mais si c'est le cas, Sarkozy a intérêt à "dévier" (ne pas jouer la stratégie que ledit équilibre suppose qu'il joue) et à ne pas taper, ce que les militants interprètent comme étant signe que Royal est mauvaise et qui aboutit à faire désigner C, ce qui rapporte à Sarkozy plus que 1/2. Il n'y a donc pas de tel équilibre quand x>1/2.
Quand x<1/2, les militants choisissent de toute façon C, une déviation a le même résultat, il y a donc équilibre.

Un second équilibre séparateur consisterait pour Sarkozy à ne taper sur Royal que si elle est faible ; dans ce cas-là, quand elle est forte, il révèle qu'elle est forte sans même lui taper dessus et a 0, il a donc intérêt à dévier. Pas d'équilibre.

Dans un équilibre mélangeant, Sarkozy se conduit de la même façon quel que soit le type de Royal, ne révélant ainsi aucune information ; les militants n'ont donc aucun moyen de savoir si Royal est forte ou non en dehors de leur croyance initiale.

Premier équilibre mélangeant : il tape dans les deux cas. Désigner Royal apporte donc aux militants une espérance de gain de α/2 (+(1-α)*0), tandis que désigner C leur rapporte 1-x. Royal ne sera donc candidate que si α/2>1-x. Pour que ce soit un équilibre, il faut que si Sarkozy dévie (ne tape pas), les militants l'interprètent comme un signe que Royal est forte [et la désignent d'autant plus].
Si α/2<1-x, les militants choisissent toujours C ; pour que ce soit un équilibre, il faut que si Sarkozy dévie, ils l'interprètent comme un signe de la faiblesse de Royal.
Où l'on voit que les croyances exogènes de Sarkozy sur les croyances exogènes des militants jouent un rôle passablement important...

Un dernier équilibre est envisageable où Sarkozy ne tape jamais, mais ça lui ressemble tellement peu et le billet est déjà tellement long que nous préférons ne pas nous appesantir sur la question.

Qu'en conclure (i) sur ce que Sarkozy pense de Royal, (ii) sur qui sera désigné et (iii) sur la stratégie à suivre pour les présidentiables rivaux ?

(i) Sarkozy a tapé sur Royal, de deux choses l'une : c'est un équilibre séparateur et il la redoute, l'autre : c'est un équilibre mélangeant et on ne peut rien déduire du tout...

(ii) Royal ne peut être désignée que si nous sommes en présence d'un équilibre mélangeant, que α/2>1-x (autrement dit que les militants ont une bonne opinion d'elle a priori et une mauvaise de ses rivaux, ce qui certes n'est pas un résultat outrageusement surprenant) et que Sarkozy croit que les militants interprèteront le fait qu'il ne lui tape pas dessus comme le signe de sa qualité (par exemple parce qu'il a peur des représailles).

(iii) quelle doit être la stratégie des rivaux de Ségolène Royal ? tout dépend de s'ils pensent être dans un équilibre séparateur ou mélangeant. Ils ont de toute façon intérêt à sembler le meilleur possible face à Sarkozy, mais il leur suffit d'être meilleur que Royal dessustapée, même s'ils sont moins forts que ladite Royal non entachée d'infâmes médisances calomnies.

Evidemment, tout cela suppose que Sarkozy et les militants socialistes soient rationnels, et pire encore se croient réciproquement rationnels, ce qui est loin d'être gagné...

(1) Parce que ! et parce queeeeeeeuh !
(2) en même temps, il brouille les pistes car l'attaque contre Chirac commence à faire sortir les villepinistes du bois...
(3) les hommes aussi ont le droit d'être appelés par leur "petit nom"

  • Economie et débat politique
  • Vous devez vous connecter pour poster des commentaires

quelques indices sur le sens

Anonyme inculte — 13/05/2008 - 20:09

quelques indices sur le sens à donner à "harsanyite" ?

  • Vous devez vous connecter pour poster des commentaires

harsanyite, néologisme barbare...

Emmeline — 13/05/2008 - 21:42

De John Harsanyi, "Prix Nobel d'Economie" 1994 (avec un certain John Nash, et Reinhard Selten) et l'un des pères de la théorie des jeux.
Nous l'avons préféré à "harsanesque" ou "harsanyen" afin de conserver le "yi" hongrois.

  • Vous devez vous connecter pour poster des commentaires

Quelle prémisse pour quel candidat ?

LD — 14/05/2008 - 00:30

Si je suis bien, ce modèle repose sur la supposition que NS connaît avec certitude le type de SR. Mais si on suppose maintenant que la connaissance qu'a NS de la force de SR n'est pas absolue, disons qu'il suppose qu'elle est forte avec proba p1, faible avec proba 1 - p1.

Mais a fortiori, si NS et les militants PS ne connaissent pas bien la force de SR, j'imagine qu'ils ne connaissent pas mieux celle du candidat mystère C. Après tout, lui n'a pas affronté les urnes présidentielles, sauf si on s'aventure à le repêcher sur l'île de Ré. On a donc un p2 et un 1 - p2 pour les croyances de NS sur C, et un p3 et un 1 - p3 pour celles de PS...

En étendant un peu le modèle présenté dans le billet, je vois donc pas mal de p1, p2, ... Ma question est : qu'est-ce que ça change ? A-t-on les mêmes conclusions ? Peut-être faut-il spécifier les croyances des uns sur les croyances des autres sur les croyances des uns et j'en passe et des récurrences ?

  • Vous devez vous connecter pour poster des commentaires

Extension

Jean-Edouard — 15/05/2008 - 12:19

A mon avis cela ne change pas nécessairement grand-chose, dans les paiements finaux il faudra remplacer les 1 par des formules avec des p1 p2 etc, idem pour les x qui seront plus compliqués. Les équilibres seront probablement les mêmes, mais sous des conditions plus compliquées.
Tout dépend de ce que l'on veut faire comme type de modèle. Soit un modèle descriptif complet de ce qui se passe, ce qui demanderait encore beaucoup beaucoup plus de complications, soit un modèle simple qui ne fait que souligner quelques effets ou quelques caractéristiques de la structure du jeu en question, toutes choses égales par ailleurs. Nous nous situions plutôt dans ce deuxième cas.

  • Vous devez vous connecter pour poster des commentaires

Je trouve le modèle simple

LD — 17/05/2008 - 01:22

Je trouve le modèle simple que vous proposez justement très intéressant car ses conclusions sont loin d'être simples : équilibres multiples, nécessité de faire des hypothèses sur les croyances qu'ont certains acteurs au sujet des croyances d'autres acteurs. Cependant, il est encore possible de résumer (avec humour et parcimonie, comme c'est souvent le cas sur ce blogue) les différents équilibres au sein d'un seul billet.

Mais il me semble naturel de vouloir complexifier un peu le modèle : par exemple attribuer à notre président à tous l'omniscience est sans doute lui faire beaucoup de crédit. Je passe sur les hypothèses du Figaro et de Libé selon lesquelles cette personne est respectivement le messie ou l'antéchrist car nous manquons de données pour les confirmer ou les infirmer. Les conclusions du modèles restent-elles simples ?

Plus sérieusement, je ne connais pas grand-chose à la théorie des jeux et je voulais gratter un peu à la surface du modèle que vous proposez pour voir ce qu'il y a dessous. Est-ce qu'on a une notion de continuité, c'est-à-dire que si on suppose que notre président se trompe avec proba epsilon (qui tend vers zéro, si nous nous lisons le figaro plus que libé), a-t-on à peu près les mêmes équilibres ? La même question pourrait être posée pour les autres paramètres qui sont spécifiés dans le modèle.

Je ne veux pas diminuer l'intérêt que peut avoir le modèle particulier que vous donnez pour expliquer la vie politique française actuelle, mais je viens d'écrire "particulier" et "actuel", ce qui me fait mal au clavier car, comme vous vous en doutez peut-être après ce qui précède, je suis plus versé en mathématiques qu'en politologie.

En résumé, ce que j'ai apprécié dans ce billet, c'est qu'il a éveillé ma curiosité : existe-t-il une bonne caractérisation de la continuité entre les hypothèses du modèle et ses conclusions ? pour reprendre votre exemple la continuité serait qu'on ajoute un tout petit peu d'incertitude aux acteurs (sur les croyances des uns, sur celles des autres, voire sur les croyances croisées des uns sur celles des autres), et que les équilibres ne changent pas malgré cet ajout. Je ne sais pas si la réponse est facile - là vous me dites "euh... ben Nash a démontré ça y a cinquante ans, ça montre que la question est débile, non ?". En tout cas votre billet m'a bien fait réfléchir sur ce qu'on peut se poser comme question en théorie des jeux.

  • Vous devez vous connecter pour poster des commentaires

Continuité

Emmeline et Jea... — 17/05/2008 - 10:50

Vos questions sont très loin d'être idiotes, et on n'avait nullement l'intention de vous rembarrer. Pour passer un peu en revue votre commentaire :

- on n'attribue pas vraiment à Sarkozy l'omniscience, mais plus précisément (et sans doute plus plausiblement) la conviction d'être omniscient. Autrement dit, le signal que lui envoie la nature, et qui est en fait l'ensemble des observations qu'il va faire, peut très bien l'amener à se tromper, mais du moment qu'il est persuadé de l'interpréter correctement, la prédiction sur les actions reste la même (bien que le résultat, lui, puisse différer de celui qui a été anticipé). Par ailleurs, en situation d'incertitude, il n'est pas dit qu'on puisse faire beaucoup mieux que former des probabilités subjectives, par exemple sur le type de Royal, et agir comme s'il s'agissait de vraies probabilités même si on est persuadé du contraire.

- pour votre remarque dans le 3e paragraphe, elle est tout à fait juste, et c'est d'ailleurs pour l'avoir développée un peu plus que Reinhard Selten a eu son Prix Nobel (il y a moins de 50 ans, précisément en 1994). C'est ce qu'on appelle le concept de "main tremblante" ; l'introduction d'une possibilité d'erreur peut soit détruire des équilibres qui ne sont possibles que si cette probabilité est nulle (ce qui pose le problème de ce que vous appelez la continuité), soit construire de nouveaux équilibres - ainsi dans le cas du jeu du mille-pattes, si chaque joueur pense qu'il y a une probabilité epsilon que l'autre puisse être irrationnel et coopérer tout le temps, ils peuvent effectivement coopérer un certain nombre de tours alors qu'ils sont rationnels tous les deux. Un des résultats intéressants de la théorie des jeux est que l'on gagne souvent à être irrationnel ou à se faire passer pour tel.

  • Vous devez vous connecter pour poster des commentaires

Proba que X croit que (proba que Y croit que (proba que X ...))

LD — 21/05/2008 - 00:22

Merci pour ces réponses.

Pour la première : ok, Sarkozy après tout n'est pas omniscient, il forme juste des probas subjectives. Un économiste, ou un statisticien bayésien, dira volontiers : toute croyance est une distribution de proba subjective. Je comprends cela et j'accepte volontiers que c'est une modélisation raisonnable (HS antiplationicien : si j'étais un bayésien hardcore, j'ajouterais que de plus toute distribution de proba est une croyance subjective.)

Mais justement, le modèle de votre billet pullule de croyances : croyances de NS sur l'évènement "succès de SR" qui suivent donc une Bernoulli de paramètre p1. Croyances des socialistes sur le même évènement, qui suivent une Bernoulli de paramètre p2. Croyances des socialistes sur p1, qui contrairement à ce que j'écrivais avant, n'ont aucune raison d'être une loi de Bernoulli, mais plutot une loi quelconque sur le paramètre p1 qui est un réel entre 0 et 1. Croyance de NS sur celles des socialistes sur p1, ce qui est une loi de probabilité sur la loi de probabilités des socialistes sur le paramètre p1 entre 0 et 1, donc une loi de probabilité a priori quelconque sur une loi de probabilité quelconque sur un paramètre entre 0 et 1 etc. Je trouve que ce etc. a l'air un peu compliqué. En écrivant ce commentaire, je me trouve même à me demander comment bien décrire mathématiquement l'ensemble de ces croyances et l'espace de probabilités global du modèle.

Bon. Je m'en rends compte à présent, quand je suppose que les croyances ne sont pas common knowledge, je me retrouve sans doute à 1000 bornes (plus ou moins une infinité) du modèle que vous proposiez. Est-ce qu'on peut quand même dire des choses du modèle que vous proposez quand rien n'est common knowledge ?

Pour la seconde : Magnifique ! J'ai fait une recherche rapide sur wikipedia.org, mais je n'ai trouvé que des pages sur les équilibres en sous-jeux en info parfaite. J'attends donc avec impatience votre billet sur Selten, les équilibres à main tremblante, leurs conditions de validité et leur portée sur la généralité que peut avoir un modèle donné en théorie des jeux. Comment ça je suis exigeant ? c'est vous qui m'avez habitué à la qualité.

PS : mon vous est collectif, puisque j'écris au couple. Je suis doctorant, et donc pas encore habitué à me faire vouvoyer par des étudiants en master, les eussé-je collé quand ils étaient en prépa. Mais vous n'étiez pas en BL à Henri IV, si ?

  • Vous devez vous connecter pour poster des commentaires

Réponse au PS

Emmeline — 21/05/2008 - 09:50

Lui oui, moi non. Pour les autres questions/exigences, nous quémandons un petit sursis...

  • Vous devez vous connecter pour poster des commentaires

Reinhard Selten

Jean-Edouard — 21/05/2008 - 14:01

Les anciens élèves d'Henri IV forment décidément une terrible mafia. Ceci dit je n'ai pas eu l'honneur d'être ton (puisque c'est tu, alors) collé, ayant toujours passé mes colles avec AM. D'ailleurs c'est à cette époque que j'ai découvert la théorie des jeux via le petit livre de Bernard Guerrien (BG en somme), dans une édition où il concluait sur le fait que la théorie des jeux ne servait absolument à rien, ce qui ne pouvait que séduire un esprit pervers quoique encore jeune.

Pour les croyances il est certain qu'elles sont toujours extrêmement importantes dès lors qu'il y a interaction stratégique. Par exemple pour jouer un équilibre de Nash il faut en général croire que l'autre va jouer aussi un équilibre de Nash. Notons d'ailleurs que c'est pour cela que Von Neumann et Morgenstern, les papas de la théorie des jeux (enfin pas vraiment comme le montrera une prochaine note de lecture), se contrefichaient des équilibres de Nash et cherchaient des jeux dans lesquels certaines stratégies étaient préférables indépendamment des conjectures que l'on pouvait faire sur l'action des autres.

Ici je favoriserais certainement une interprétation bayésienne en disant que nous essayons de reproduire le raisonnement de Nicolas Sarkozy lui-même. Ainsi, la décision des militants est présentée de façon très simplifiée, bien sûr en tant que modélisateurs nous savons que le vrai processus est certainement différent, mais aussi que Sarkozy, comme tout le monde, doit bien se représenter la chose d'une façon pas trop compliquée afin de pouvoir agir. Et peut-être qu'il peut penser que les gens qui l'observent pensent qu'il raisonne comme ça. Au fond la théorie des jeux interprétée dans cette veine s'appuie sur le théorème de Thomas (mon théorème préféré) : du moment que les gens pensent que tous les autres sont convaincus de jouer à une certain jeu, tous jouent effectivement ce jeu. J'ai d'ailleurs bon espoir que la théorie des jeux devienne de plus en plus utile pour analyser les interactions sociales, parce que celles-ci sont peut-être de plus en plus pensées par les acteurs eux-mêmes en termes stratégiques.

Pour d'autres types de jeux, peut-être parce qu'ils sont répétés un grand nombre de fois notamment, ou qu'ils ont une structure plus simple, j'aurais tendance à dire qu'ils sont une bonne représentation de la réalité et des principales contraintes stratégiques qui pèsent sur les joueurs. Bien sûr ils ne sont pas forcément rationnels, ne jouent pas forcément l'équilibre de Nash etc. mais dans beaucoup de jeux on peut voir celui-ci comme un point "d'attraction", en un sens que la théorie devrait essayer de mieux définir. Bref l'intérêt d'un modèle est affaire d'interprétation, de casuistique et de mauvaise foi.

D'ailleurs, et contrairement à l'image qu'on s'en fait peut-être, les "vrais" théoriciens des jeux étudient généralement des jeux bien plus simples que celui présenté ici, au sens où il y a moins d'étapes, de possibilités de jeu etc., bref des jeux qui prennent moins de temps à "décrire", mais où l'interaction est bien plus compliquée, et le concept de solution plus subtil. Beaucoup ont à mon avis une certaine répugnance à étudier des jeux trop complexes, qui demandent par exemple que je puisse prévoir quel va être le choix de B entre 150 actions possibles si je fais chacune de mes 150 actions possibles, dans l'idée qu'on ne peut pas décemment attendre des joueurs qu'ils raisonnent ainsi et qu'il vaut mieux étudier un modèle simplifié pour mettre en lumière un effet stratégique particulier, autrement dit une façon dont la structure d'une interaction influe sur le comportement des joueurs.

Pour Selten j'allais répondre que le sujet est peut-être un peu aride pour ce blog (déjà que d'habitude... enfin bon) mais je suis tombé par hasard sur un article de lui plutôt amusant qui pourrait peut-être faire un bon sujet. Mais pas dans l'immédiat, j'ai peur de faire fuir nos lecteurs. C'est une bonne suggestion en tout cas, affaire à suivre donc.

  • Vous devez vous connecter pour poster des commentaires

Juste un petit rien en plus...

Emmeline — 27/05/2008 - 21:35

Et puisqu'on est dans le fil "la théorie des jeux appliquée à la politique" et l'irrationalité réelle ou supposée : la majorité des socialistes trouvent que chacune des mesures de la réforme constitutionnelle va dans le bon sens, même si la réforme ne comporte pas des points qui leur sembleraient essentiels, mais qu'on pourra toujours faire un jour... Logiquement, ils devraient donc la voter (un petit pas vaut mieux que rien) me direz-vous, et c'est là-dessus que compte la droite qui n'a pas à elle seule toutes les voix qu'il faudrait au Congrès. Sauf qu'ils ont intérêt à faire croire qu'ils ne la voteront pas afin d'effrayer la droite et de l'amener à céder ; en gros, à faire croire qu'ils jouent irrationnellement quitte ou double. Le Sénat, ou rien. Et le vote du PS à l'Assemblée serait donc un acte stratégique visant à accréditer la thèse de ladite irrationnalité... J'emploie le conditionnel car il se pourrait bien aussi que le PS soit, tout simplement, vraiment irrationnel.

  • Vous devez vous connecter pour poster des commentaires

S'abonner

Fil RSS

Creative Commons License
Ce site est mis à disposition sous un contrat Creative Commons.

Billets récents

07 avr. : Retour vers Chypre

17 mars : Productivité apparente vs. Productivité intrinsèque : le choc des titans

08 févr. : Archivage et nouvelles

15 janv. : William Phillips, un keynésien très hydraulique

19 nov. : Mais au fond, qu'est-ce que le high-frequency trading ?

Rubriques

  • Actualités du blog (35)
  • L'éco expliquée à ma mère (8)
  • Marchés financiers (18)
  • Prix Nobel d'économie (5)
  • Un peu de sérieux... (16)
  • Brèves (13)
  • Economicismes (41)
  • Economie et débat politique (20)
  • Economie et jeux vidéo (10)
  • Le coin de Donald (13)
  • Economie : enseignement et usage (10)

Auteurs

  • Emmeline (43)
  • Emmeline et Jean-Edouard (40)
  • Jean-Edouard (105)
  • La schtroumpfette masquée (1)

Sur la blogsphère

  • Arthur Charpentier
  • Blogage en éco inter
  • Blogizmo
  • Ceteris Paribus
  • Cimon (RIP)
  • Comptabilité nationale
  • Contes publics
  • Débat & Co
  • Déchiffrages
  • EcoInter-Views
  • Econoclaste
  • Economibasic
  • Ecopublix
  • Etienne Wasmer
  • Friedland (CCIP)
  • Gilles Raveaud
  • Laurent Denant-Boèmont
  • Les couloirs de Bercy
  • Les Echos-noclastes
  • Libertés réelles
  • Notes d'un Economiste
  • Observatoire des idées
  • Olivier Bouba-Olga
  • Optimum
  • Peripolis
  • Philippe Moati
  • Pierre Maura
  • Que disent les économistes
  • Rationalité limitée
  • Regards Croisés sur l'Economie
  • Skav
  • Telos
  • Une heure de peine

Commentaires récents

  • @elvin
    il y a 21 semaines 5 jours
  • J'entends bien, mais le
    il y a 21 semaines 5 jours
  • @elvin
    il y a 21 semaines 5 jours
  • Un petit problème
    il y a 21 semaines 6 jours
  • Article clair et instructif.
    il y a 24 semaines 2h
  • @DM
    il y a 24 semaines 20h
  • sûreté de fonctionnement
    il y a 24 semaines 21h
  • @Romain
    il y a 22 semaines 5 jours
  • Allais n'est pas le dernier
    il y a 22 semaines 6 jours
  • @Sanao, @VDMB
    il y a 24 semaines 5 jours
  • accueil
  • blog
  • index
  • nobels
  • à propos
  • notes critiques
  • boîte à outils
© 2008 mafeco | création florent finucci