L’ouverture du capital de La Poste a-t-elle des justifications économiques (1/2) ?
Emmeline et Jea... — 08/09/2008 - 00:00
Cela fait déjà quelque temps que le PDG de La Poste, Jean-Claude, ouille Jean-Paul Bailly, a annoncé qu’il était prêt à ouvrir le capital de l’entreprise publique, mesure rendue nécessaire selon lui par l’ouverture du secteur à la concurrence au 1 janvier 2011, et la nécessité d’investir massivement en prévision.
Ces déclarations sont étonnantes, et incomplètes. Etonnantes d’abord parce que c’est à l’Assemblée Nationale de décider d’une éventuelle ouverture de capital, et que Jean-Paul Bailly n’est là que pour exécuter les volontés de l’Etat, unique actionnaire de La Poste. On comprendrait qu’il avertisse le gouvernement de la nécessité de procéder à de lourds investissements, mais pourquoi le déclarer publiquement et faire ainsi pression sur le gouvernement (probablement avec l’assentiment de celui-ci) ?
Incomplètes ensuite parce que l’ouverture de capital n’est pas la seule façon de lever des fonds pour procéder à de nouveaux investissements. D’abord l’Etat pourrait simplement donner/prêter davantage de capital à La Poste. S’il faut recourir à des capitaux privés, La Poste peut aussi comme n’importe quelle entreprise émettre des obligations, c’est-à-dire s’endetter.
Pour quelles raisons l’ouverture de capital serait-elle préférable à l’émission de dette ? Examinons cinq arguments avancés par les promoteurs comme par les détracteurs de cette mesure :
1 – L’ouverture de capital serait un mode de financement moins coûteux et moins risqué que l’endettement.
2 – L’ouverture de capital soumettra La Poste à la discipline du marché et aux exigences des actionnaires. Elle serait ainsi mieux gérée et fournirait un meilleur service à moindre coût.
3 – Annoncée au bon moment et avec une publicité adéquate, l’offre publique initiale d’actions permettrait à l’Etat de gagner plus d’argent qu’il ne perd en bénéfices futurs.
4 – Même si l’Etat ne gagnait rien économiquement à l’ouverture de capital, le gouvernement y trouverait un gain de court terme :
a – Certains citoyens, milieux, groupes d’intérêt etc. peuvent être favorables à l’ouverture du capital d’une entreprise publique soit pour des motifs idéologiques, soit par intérêt personnel. L’ouverture permettrait de gagner du soutien politique.
b – Avec un budget difficile à boucler, l’ouverture de capital permet au gouvernement de se procurer des liquidités sur le court terme, au risque de perdre plus en revenus futurs que l’ouverture ne rapporte aujourd’hui. Dans ce cas il faudrait que l’ouverture de capital soit plus importante qu’il ne serait nécessaire pour couvrir les nouveaux investissements.
5 - En devenant le patron d’une entreprise de statut mixte, Jean-Claude Bailly pourrait espérer une hausse importante de sa rémunération.
Nous nous attacherons surtout à l’argument 1, qui est économiquement faux. L’argument 2 est douteux, le 3 n’est pas faux mais son contraire ne l’est pas non plus. Nous laisserons nos lecteurs juges de la pertinence des arguments 4a, 4b et 5.
En résumé, le problème de l’argument 1 est le suivant : si les agents privés sont prêts à financer les investissements futurs de La Poste en achetant des actions, pourquoi ne seraient-ils pas prêts à financer les mêmes investissements en achetant des titres de dette qui leur rapporteront les mêmes gains ? Inversement, si des investisseurs financent La Poste en achetant sa dette, pourquoi seraient-ils prêts à la financer moins cher en achetant des actions ? Y a pas marqué la Poste ici...
Le financement par dette est équivalent au financement par actions...
Modigliani et Miller, "prix Nobel d’économie" en 1985 et 1990, ont montré en 1958 que sous certaines hypothèses il était équivalent pour une firme de se financer par actions ou par endettement, ce qui vaut également pour La Poste.
Examinons un exemple très simple : une entreprise, que nous appellerons La Poste, envisage de financer un nouvel investissement. Disons pour simplifier encore plus qu’elle n’a pas d’actifs initiaux. Si elle n’investit pas, elle fera 1.000.000 d’euros de bénéfices avec une probabilité de 90%, et 200.000 euros avec une probabilité de 10%. Si elle investit 300.000 euros, elle fera avec les mêmes probabilités 2.000.000 d’euros ou 200.000 euros de bénéfices. L’introduction de plusieurs voire une infinité de périodes, l’adoption de paiements plus généraux et autres modifications ne changerait rien au résultat.
Supposons d’abord que cet investissement soit financé par de la dette. La Poste doit émettre pour 300.000 euros d’obligations en promettant de repayer 300.000*(1+i) après avoir engrangé des bénéfices si l’investissement réussit (90% des cas). Dans 10% des cas, La Poste n’a pas assez pour rembourser sa dette, et ses 200.000 euros de bénéfices iront tout entiers au remboursement partiel des créanciers. i est le taux d’intérêt sur la dette de La Poste (les créanciers exigent des taux différents selon les entreprises). Si les investisseurs achètent de la dette publique sans risque, elle leur rapportera un rendement d’environ 5% (ce taux fluctue en fonction de l’inflation, mais le rendement net est toujours d’environ 2%) ; pour leur donner envie d’investir 300.000 euros, il faut donc que i soit suffisant pour qu’ils espèrent gagner autant en prêtant à La Poste.
On doit donc avoir 0,9*300.000*(1+i) + 0,1*(200.000) = 300.000*(1+0,05)
soit i = (5/54), à peu près 9,25% . La différence entre le taux sans risque de 5% et i compense exactement le fait qu’il y a 10% de chances pour que la dette ne soit pas exactement remboursée. C’est peut-être pour cela qu’on peut avoir l’impression que la dette est "chère".
Mais que se passe-t-il si La Poste émet des actions ? Elle doit alors ouvrir x % de son capital pour lever les 300.000 euros nécessaires pour l’investissement, ce faisant elle vend x % de ses bénéfices futurs contre de l’argent aujourd’hui. Pour convaincre les investisseurs d’acheter 300.000 euros d’actions, il faut que cela leur rapporte autant que de les placer au taux sans risque, soit toujours 300.000*(1+0,05)=315.000 euros.
Détenir x % du capital de La Poste donne droit à x % de ses bénéfices, et x doit être tel que cette part des bénéfices rapporte en moyenne 315.000 euros. On doit donc avoir
x % * 0,9*2.000.000 + x % * 0,1*200.000 = 315.000
Ce qui donne x = (63/364), à peu près 17,3%.
Quelle solution est la moins coûteuse pour l’Etat(1), ouvrir 17,3% du capital de La Poste, ou émettre de la dette à 9,25% ?
Dans le premier cas, l’Etat garde le contrôle total de La Poste et reçoit tous ses bénéfices une fois la dette payée. Dans ce cas-ci, il reçoit donc en moyenne
0,9*(2.000.000-(59/54)*300.000) + 0,1*(200.000-200.000) = 1.505.000
Dans le second cas, l’Etat n’a pas de dette à rembourser, mais ne reçoit que 82,7% des bénéfices soit
(301/364)*(0,9*2.000.000 + 0,1*200.000) = 1.505.000
Et donc dans les deux cas exactement la même chose. Ce résultat, très général, est connu sous le nom de théorème de Modigliani-Miller [1958] : choisir de se financer par dette ou par actions n’a pas d’incidence sur l’activité réelle de l’entreprise et ne change donc rien à sa valeur, il n’y a donc pas de façon plus chère ou moins chère de se financer.
Beaucoup de commentateurs semblent oublier que lorsqu’on ouvre le capital d’une entreprise on ne reçoit pas de l’argent gratuitement : on vend une partie de ses bénéfices. Si elle ne fait pas de bénéfices personne ne voudra acheter d’actions, et dans le cas contraire ceux-ci permettent de se financer par dette.
... ou alors s’endetter est en général moins coûteux
Le théorème de Modigliani-Miller a des conséquences peu plausibles (il implique notamment que les entreprises ne devraient pas se préoccuper de leur financement, ce qui mettrait au chômage la population entière des directeurs financiers, dont le rôle ne semble pourtant pas être si insignifiant puisqu’ils sont souvent les dauphins des PDG) car il repose sur des hypothèses simplificatrices à l’extrême. Mais relâcher chacune de ces hypothèses donne une nouvelle raison de privilégier la dette par rapport aux actions. Ainsi :
- La présence d’impôts : pour les entreprises privées c’est la principale raison pour laquelle les actionnaires préfèrent un financement par dette [Miller 1977]. Cependant, comme l’Etat touche les impôts qu’il paie en tant qu’actionnaire (aussi bien l’impôt sur les sociétés que le non-impôt implicite sur le revenu des dividendes – oui vous êtes sur un blog d’économie, so what ?), la question ne se pose pas ici. Au passage, allez voir dans le billet précédent (commentaires d’AD et Emmeline) les conséquences sur la politique de dividendes des entreprises.
- La présence de coûts de faillite ou de renégociation : c’est peut-être le fondement de l’argument selon lequel le financement par dette est plus "risqué". Pour le comprendre, reprenons notre exemple précédent en ajoutant une nouvelle période, à laquelle une fois encore les bénéfices sont de 2.000.000 ou 200.000 euros. Si La Poste se finance par actions, quoi qu’il arrive l’entreprise restera active pendant les deux périodes. Si elle se finance par dette et que les bénéfices sont bas, elle ne peut pas rembourser sa dette. Les détenteurs d’obligations peuvent demander la mise en faillite et la liquidation de La Poste afin de récupérer leur investissement : il y a donc effectivement un risque. Néanmoins dans ce cas l’entreprise est toujours rentable en espérance, La Poste et les détenteurs d’obligation auraient donc intérêt à procéder à un rééchelonnement de la dette, qui pourra être remboursée à la période suivante (probablement à un taux plus élevé). Si cette renégociation peut s’effectuer sans coût, on retrouve le résultat d’équivalence de la partie précédente.
Autrement dit, le seul intérêt de se financer par actions est d’éviter de subir des coûts de renégociation de la dette ou de refinancement en cas de difficulté, voire d’éviter une fermeture inefficace de l’entreprise [Myers 1977]. Or, tant que La Poste reste une entreprise publique, elle bénéficie de la garantie implicite ou explicite de l’Etat et peut probablement négocier dans des conditions très favorables. Cet avantage des actions, empiriquement déjà faible pour les entreprises privées, est probablement nul pour une entreprise publique.
Nous pouvons donc conclure que l’argument 1 est erroné. Nous pourrions même rendre le résultat encore plus tranché que nous ne l’avons fait en supposant que l’Etat vient au secours de La Poste au cas où elle se trouve en difficulté. Dans ce cas La Poste peut de fait s’endetter au taux sans risque et donc financer ses investissements au taux le plus bas qu’il est possible d’obtenir. Se financer par actions peut être équivalent, mais ne peut en tout cas pas être moins cher.
A suivre... Les gens ayant des critiques dévastatrices sont priés d’attendre la publication prochaine de la deuxième partie, qui fournira la bibliographie et répondra probablement à un bon nombre d’entre elles, avant de les émettre.
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louverture du capital de La Poste (page 1/2)
Visiteur discret mais bienvenu — 27/11/2010 - 14:00Bonjour,
J'ai n'arrive pas à comprendre l'affirmation selon laquelle se financer par actions ou par emprunt est la même chose.
Il me semble que le coût de financement de la dette peut-être différent, et dans ce cas il va influer sur la valeur réelle de l'entreprise.
Dans l'exemple, je suis d'accord avec la première hypothèse (financement par dette avec un coût de 9,25% pour l'entreprise).
Dans la deuxième hypothèse, j'aurais dit que le taux de dividendes payés doit être de 15000/bénéfice distribuable pour 5% de rendement requis par les investisseurs.
Se financer par actions ou emprunt
Visiteur discret mais bienvenu — 27/11/2010 - 14:15Je poursuis l'exemple en page concernant l'ouverture du capital de la Poste :
A% du Capital donne droit à A% du bénéfice distribuable. Si les actionnaires veulent 5% de rentabilité, ils veulent 15000€ de dividendes plus à terme remboursement du capital investit. La probabilité liée au bénéfice étant de 1820000; pour l'entreprise, le taux à payer est 15000/bénéfice distribuable (ce qui est à rapprocher du taux de capital à obtenir).
M & M
Jean-Edouard — 29/11/2010 - 12:23La difficulté vient du fait que pour avoir un exemple simple nous considérons une entreprise assez particulière qui n'est active que deux périodes, du coup il n'y a de "bénéfice redistribuable" ni de dividende qu'en un sens assez trivial : une fois que l'investissement a réussi ou échoué l'entreprise ferme ses portes et tout l'argent qui reste dans les caisses est redistribué aux actionnaires au prorata de leurs parts dans l'entreprise.
Le résultat tiendrait dans un cadre plus général avec plusieurs périodes et des dividendes, rassurez-vous. Il serait alors important de prendre en compte que les actions donnent droit à un dividende mais de plus peuvent être revendues à chaque période, c'est cet aspect qui rend la représentation "entreprise qui vit deux périodes" pas si schématique que ça. On observerait d'ailleurs qu'en l'absence de taxes et autres problèmes potentiels les actionnaires se contrefichent d'avoir des dividendes ou non : si les dividendes de 15.000 euros ne sont pas versés aujourd'hui c'est 15.000*(1+i) que l'entreprise aura à reverser en plus demain, ce qui augmente la valeur des actions que je peux revendre aujourd'hui d'un montant tel que je suis exactement indifférent entre voir l'entreprise verser des dividendes aujourd'hui ou demain.
J'espère que cela répond à votre question, l'équivalence entre financement par dette et par actions en l'absence de frictions est un résultat solide comme nous en avons peu en économie. L'intérêt du résultat est évidemment de voir quelles sont les frictions qui suffisent à expliquer qu'on utilise l'un ou l'autre des modes de financement (et la plupart rendent la dette plus attractive).
les dividendes
elvin — 29/11/2010 - 17:19"si les dividendes de 15.000 euros ne sont pas versés aujourd'hui c'est 15.000*(1+i) que l'entreprise aura à reverser en plus demain"
Pas du tout. Les dividendes ne sont pas un dû contractuel. Rien ne garantit aux actionnaires qu'ils recevront des dividendes, quel que soit l'historique..
Si en plus on tient compte de l'incertitude, omniprésente dans tous les phénomènes économiques, les actionnaires préfèrent de loin avoir un chèque aujourd'hui que de vagues promesses pour l'avenir.
"Pas du tout. Les dividendes
Jean-Edouard — 29/11/2010 - 17:57"Pas du tout. Les dividendes ne sont pas un dû contractuel." Merci, j'étais au courant.
Il n'empêche qu'en général les firmes cotées ont quand même un certain nombre de mécanismes pour garantir les intérêts des actionnaires et que l'argent qui n'est pas versé en dividendes l'année n n'a pas entièrement disparu l'année n+1, ni même l'année n+2,3 etc.
La question n'est pas est-ce que je préfère "avoir un chèque aujourd'hui ou de vagues promesses sur l'avenir" mais est-ce que je préfère avoir 1.000 euros de dividendes aujourd'hui ou des actions qui valent 1.000 euros de plus aujourd'hui. Comme on peut s'en douter la réponse est "je m'en fiche".
Après dans un modèle plus compliqué il faut évidemment prendre en compte que les 1.000 euros qui ne sont pas versés aujourd'hui ne rapportent pas quelque chose de certain demain (et rassurez-vous ça a été étudié aussi), mais ça ne change pas grand chose au financement par dette vs par actions. C'est d'ailleurs de cette incertitude que vient le taux d'intérêt dans le micro-modèle du billet : c'est parce que la firme peut ne pas faire autant de profit que prévu que la dette comporte une prime de risque ou qu'il faut vendre une plus grosse part de l'entreprise pour se financer par action que si l'investissement était sans risque. Grande découverte donc : le risque est incorporé dans le prix, si bien qu'on peut financer des projets même quand "les actionnaires préfèrent de loin avoir un chèque aujourd'hui que de vagues promesses pour l'avenir" (c'est heureux car sinon on se demande comment des entreprises existeraient avec ce raisonnement).
J'aimerais bien que vous vous mettiez dans la tête qu'on peut ne pas se sentir obligé d'inclure dans chacun de ses paragraphes une phrase extrêmement éclairante du type "oulà mais l'économie c'est très incertain par nature alors on ne sait pas très bien ce qui va se passer donc les agents eux non plus ils ne savent pas donc au final ben nous on ne sait pas non plus ce qu'ils vont faire" sans être un abruti complet, et que si 99.99% des économistes aiment bien raisonner à partir de modèles idéal-typiques ils ont peut-être une raison. Ah oui et si vous pouviez lire les billets AVANT de réagir à côté de la plaque sur des réponses à des commentaires, histoire de comprendre le sujet par exemple, ça aiderait aussi à la discussion.
@J-E: Encore, ça m'étonnait
elvin — 29/11/2010 - 20:52@J-E:
Encore, ça m'étonnait que vous fassiez comme si vous n'étiez pas au courant. Mais votre commentaire pouvait induire en erreur des gens moins bien informés et c'est pour ça que je suis intervenu.
Et l'humanité vous en remercie. A l'avenir, et dans un souci d'éviter l'énervement réciproque, ce serait bien de préciser que vous n'essayez pas de nous donner des leçons dans un domaine que nous maîtrisons quand vous reprenez une de nos phrases pour la corriger d'un catégorique "Pas du tout".
C'est vrai que la question est bien "est-ce que je préfère avoir 1.000 euros de dividendes aujourd'hui ou des actions qui valent 1.000 euros de plus aujourd'hui". Mais ces actions qui valent 1.000 euros de plus aujourd'hui peuvent très bien ne plus rien valoir demain, comme elles peuvent valoir 5000 euros de plus. Donc c'est une question d'appréciation subjective :certains peuvent s'en ficher comme vous dites, mais d'autres peuvent vouloir vendre tout de suite (ou empocher le dividende) et d'autres peuvent non seulement laisser les 1000 euros dans l'entreprise, mais en rajouter en achetant de nouvelles actions. Dire que c'est indifférent (sous-entendu pour tout le monde) est une contre-vérité.
Non, c'est une vérité (en dehors des frottements fiscaux et assimilables), point. Quelle que soit l'appréciation subjective d'un individu lambda (appelons-le Ludwig) sur les perspectives de La Poste, il lui est rigoureusement égal que ses actions actuelles lui rapportent 1000 en dividendes ou 1000 en plus-values : si Ludwig est quasi-sûr que les actions vont baisser, il vendra toute son exposition et aura 1000 de plus que ce qu'il avait avant dans les deux cas ; s'il veut maintenir son exposition, il peut empocher le dividende ou vendre une quantité d'actions lui permettant d'empocher exactement 1000 (et de grâce épargnez-nous les considérations du type "ah oui mais on ne peut pas vendre 37,17 actions, seulement 37 ou 38 alors c'est pas du tout pareil en vrai") ; et s'il veut augmenter son exposition, il peut garder ses actions ou réinvestir les 1000 qu'il a touchés. Tous les cas intermédiaires étant bien sûr possibles, et résultant en une même indifférence de Ludwig entre ces deux moyens de rendre de l'argent aux actionnaires.
Il ne suffit pas de dire "c'est compliqué et subjectif" pour que subitement les actifs comptables n'égalent plus les passifs.
Sur votre paragraphe sur le risque, je suis bien entendu d'accord. Mais ce point extrêmement important n'apparaissait pas dans votre phrase lapidaire "je suis exactement indifférent entre voir l'entreprise verser des dividendes aujourd'hui ou demain.".
Il doit être clair que je parle du monde réel et non d'un modèle ou d'un autre, et j'avais très bien lu le billet et les réponses AVANT de réagir. Mais quand les conclusions d'un modèle sont à ce point en désaccord avec la réalité, il me semble normal de réagir.
Et il doit être clair qu'ici, on parle d'un modèle. [Dont par ailleurs nous avions bien pris soin, sans vous attendre, de signaler qu'il était précisément intéressant parce qu'il tranchait avec la réalité et que c'était les causes de ce hiatus qu'il était intéressant d'examiner - si possible en regardant des causes précises et pas un vaste flou subjectivo-artistique. Si, si, on vous jure : c'est la phrase en-dessous du deuxième sous-titre.]. Vous pouvez également lire le deuxième billet qui porte sur la question, comme c'était recommandé dans celui-ci.
Ça m'ennuie d'être aussi désagréable que vous, mais vous aussi vous pourriez essayer de comprendre le sens de mes interventions, ça aiderait aussi à la discussion.
Malheureusement pour vous, les règles sont claires : nous sommes chez nous, le billet aborde la réalité à partir d'un modèle, et les commentaires doivent porter sur le modèle, ou du moins accepter la logique sous-jacente. Vous pourrez toujours venir discuter de ladite logique quand nous publierons un billet titré "de l'usage des modèles en économie", ce qui d'ailleurs a déjà été fait, mais sous ledit billet seulement. Sinon, ça s'appelle du hors sujet, et c'est lourd.
Quant à nous, nous évitons de polluer chacun des posts d'elvin.com avec des bannières clignotantes réclamant des modèles mathématiques et irréalistes sous peine de grève générale et d'étatisation forcenée, et vous saurions grand gré d'avoir la gentillesse de faire de même.
Quand est-ce qu'on règle ça autour d'un pot ?
J’ai du mal à comprendre
elvin — 30/11/2010 - 11:29J’ai du mal à comprendre toute cette indignation.
Je n’ai dit qu’une seule chose : rares sont les gens qui sont indifférents entre avoir 1000 euros dans leur poche ou avoir confié 1000 euros à quelqu’un dans l’espoir qu’il les fera fructifier, mais sans garantie. Où est l’erreur ? et erreur ou pas, où est le scandale ?
Vous me répondez : on ne parle que d’un modèle très simple. Bon, je veux bien faire amende honorable et admettre qu’on parle ici de modèles et non de la réalité. Mais avouez qu’à vous lire, on peut quand même s’y tromper.
En plus, je croyais (bêtement, car je ne suis pas économiste) qu’en économie comme dans toutes les sciences, on raisonne sur des modèles dans le but d’en tirer des conclusions relatives au monde réel (« le billet aborde la réalité à partir d'un modèle »), et que la démarche scientifique n’est pas terminée tant qu’on n’a pas confronté ces conclusions à la réalité (« c’[est] les causes de ce hiatus qu'il[est] intéressant d'examiner. »). C’est cet examen que j’aurais aimé voir, et dont l’absence m’a fait croire que vous transposiez sans discussion les propriétés du modèle à la réalité. Et les différences sont beaucoup plus profondes que de simples « frictions » puisqu’elles touchent à la nature même du capital, dont les revenus sont par définition incertains alors que ceux de la dette sont certains. Ma référence à l’incertitude n’est pas une critique méthodologique, mais un rappel de la différence entre capital et dette, et donc entre dividendes et intérêts.
Oui bien sûr, c’est vous qui fixez les règles du jeu chez vous. Mais si cette règle est « ici on parle de modèles, ne venez pas nous ennuyer avec la réalité », je vous suggère de le dire et surtout de la respecter plus clairement, et alors je m’abstiendrai d’intervenir. En attendant, ne vous gênez pas pour intervenir chez moi quand vous le jugez utile, je vous répondrai gentiment (comme toujours…).
"Je n’ai dit qu’une seule
Jean-Edouard — 02/12/2010 - 12:03"Je n’ai dit qu’une seule chose : rares sont les gens qui sont indifférents entre avoir 1000 euros dans leur poche ou avoir confié 1000 euros à quelqu’un dans l’espoir qu’il les fera fructifier, mais sans garantie."
Non, si comme vous l'avez admis "C'est vrai que la question est bien "est-ce que je préfère avoir 1.000 euros de dividendes aujourd'hui ou des actions qui valent 1.000 euros de plus aujourd'hui"." ce n'est pas la même chose, comme vous l'a répondu Emmeline.
Le scandale c'est qu'une fois de plus non seulement vous commencez par venir faire la leçon aux hôtes de ce blog ("Pas du tout. Les dividendes ne sont pas un dû contractuel.") pour après venir faire la vierge effarouchée ("pourquoi tant de haine je veux juste discuter etc") et surtout entraîner des débats qui n'ont pas lieu d'être sur des sujets qui n'ont absolument rien à voir avec le sujet initial du billet.
Il est extrêmement malhonnête, désagréable et un peu facile de répondre sur le thème "ah bon ben si vous parlez de modèle et pas de la réalité il faut le dire" alors qu'on se tue à expliquer qu'on aborde la réalité par des modèles, et de dire "C’est cet examen que j’aurais aimé voir, et dont l’absence m’a fait croire que vous transposiez sans discussion les propriétés du modèle à la réalité" alors que la deuxième partie du billet et le deuxième billet qui y faisait suite se livraient justement à cet examen.
La différence c'est que nous essayons de souligner les divergences entre le modèle et la réalité qui impliquent quelque chose pour le problème étudié. Tandis que si je reprends le passage suivant, je ne vois pas en quoi cela m'éclaire sur le choix entre actions et dettes (à moins qu'on se satisfasse de conclusions comme "c'est compliqué, c'est incertain, ça dépend") :
"Et les différences sont beaucoup plus profondes que de simples « frictions » puisqu’elles touchent à la nature même du capital, dont les revenus sont par définition incertains alors que ceux de la dette sont certains. Ma référence à l’incertitude n’est pas une critique méthodologique, mais un rappel de la différence entre capital et dette, et donc entre dividendes et intérêts."
Ce passage ne nous apprend rien du tout sur le choix actions/dette pour le financement d'une entreprise. Ok les revenus du capital sont incertains (ceux de la dette aussi entre parenthèses, et encore une fois dans le modèle présenté les revenus du capital sont incertains), et alors, ça incite à se financer par dette ou par actions selon vous ?
Si vous admettez qu'on puisse raisonner à partir d'un modèle et ensuite regarder ce que nous apprennent les différences entre le modèle et la réalité vous avez déjà fait un grand pas. L'étape suivante c'est d'admettre qu'on puisse examiner les différences qui nous apprennent quelque chose (taxation, coûts de faillite...) plutôt que celles qui vous obsèdent et ne mènent nulle part parce qu'elles n'ont pas grand-chose à voir avec le problème en question ("incertitude"), qui je le répète est celui du choix du mode de financement pour une entreprise.
Décidément, nous n'arrivons
elvin — 02/12/2010 - 12:46Décidément, nous n'arrivons pas à nous comprendre, et j'ai l'impression que répéter ce que j'ai dit en essayant de le dire plus clairement n'aboutirait hélas qu'à envenimer le débat. Donc je laisse tomber (jusqu'à la prochaine fois...), tout en restant convaincu que ce débat concerne une question tout à fait fondamentale.
Si, juste une chose. Je ne conçois pas mes interventions comme un débat restreint à vous et moi, et donc mes critiques ne vous visent pas personnellement. Ce blog a de nombreux autres lecteurs, ce dont je vous félicite. J'interviens quand j'ai le sentiment que certains propos risquent de les induire en erreur. Et j'ai la vanité de penser que votre blog s'enrichirait encore si vous acceptiez un dialogue au fond au lieu de vous insurger sur la forme..
Et je continue à penser qu'une bonne explication conviviale en tête à tête nous ferait beaucoup de bien à tous les deux. Quand ?
PS : je n'ai pas vu d'intervention signée Emmeline sur ce billet. Est-ce les commentaires insérés dans le mien du 29 ?
"J'interviens quand j'ai le
Sincère nain — 02/12/2010 - 17:49"J'interviens quand j'ai le sentiment que certains propos risquent de les induire en erreur."
Tant de sollicitude pour des esprits faibles et égarés ... Cet "interventionnisme" est touchant ... quoique un peu déconcertant. Je ne sais pas ce qu'on ferait sans vous Géraaaaaard !!!
bin j'ai pourtant pas
elvin — 02/12/2010 - 22:58bin j'ai pourtant pas l'impression d'être le seul à intervenir quand je ne suis pas d'accord... Je croyais même que c'était la loi du genre.
ya des commentaires qu'ils
elvin — 03/12/2010 - 00:11ya des commentaires qu'ils méritent pas qu'on y réponde...
Pour ceux qui voudraient poursuivre
Elvin — 09/12/2010 - 13:52OK, j'ai laissé tomber le débat ici pour ne pas prolonger le dialogue de sourds, mais je donne rendez-vous chez moi aux intéressés pour expliquer ma position et éventuellement continuer la discussion au fond.
http://gdrean.blogspot.com/2010/12/capital-et-dette-ou-dialogue-sur-le.html