Sarko bashing (en plus c'est à la mode)
Emmeline et Jea... — 30/11/2007 - 23:20
On attendait évidemment beaucoup Nicolas Sarkozy sur la question du pouvoir d’achat, et les économistes avec particulièrement d’attention, peut-être un peu malveillante. Les plus malveillants n’ont guère été déçus, les mesures proposées tenant peu ou prou du bricolage, selon les cas bénin (voire bénéfique), peu faisable, ou nuisible.
La première erreur est celle d’un mauvais constat : il faut (qui a dit « mame Chabot » ?) augmenter le pouvoir d’achat des Français. Mais quel pouvoir d’achat ? Le pouvoir d’achat, c’est, rappelons-le, ce que permet d’acheter un revenu ; d’où deux moyens de l’augmenter : favoriser une baisse des prix, favoriser une hausse des revenus. Mais le pouvoir d’achat de qui ? Manifestement, le président de la République songe au pouvoir d’achat annuel moyen, c’est la seule façon de comprendre le truisme présidentiel selon lequel pour gagner plus il faut nécessairement travailler et produire plus.
En effet, si le but est d’augmenter le pouvoir d’achat des plus pauvres, ou par exemple le pouvoir d’achat médian, il suffit simplement, sans travailler plus, de redistribuer plus. Si donc la seule façon de gagner plus est de travailler plus, c’est que le but que le président assigne au gouvernement est l’augmentation du pouvoir d’achat moyen, il aurait alors pu par honnêteté envers François Fillon reconnaître que des efforts ont bien été faits dans ce domaine puisque, avec 15 milliards de cadeaux fiscaux distribués (« aux plus riches » est l’expression usitée en pareil cas, ce qui n’est pas tout à fait vrai mais est loin d’être faux), le revenu moyen après impôt des Français en général a augmenté de 250 euros par an ! Alors de quoi se plaint-on ?
Autre symptôme de cette approche pour le moins hétérodoxe du pouvoir d’achat, ne pas commencer par rappeler que la manière la plus simple d’augmenter le pouvoir d’achat des Français les plus pauvres, c’est de réduire le chômage. Il est très surprenant que nous soyons dans une période où le chômage baisse alors même que la croissance est extrêmement molle, et que cette baisse du chômage ne semble se traduire ni par une hausse du pouvoir d’achat, ni par une marge de manoeuvre budgétaire accrue pour l’Etat. A se demander ce que valent ces chiffres.
Enfin, que propose Nicolas Sarkozy ?
D’abord d’interdire aux bailleurs de demander une caution à leurs locataires. Riche idée. De fait on peut soutenir deux points de vue sur le marché du logement : soit on le considère comme compétitif, soit on considère que la rareté de l’offre induit une situation monopolistique. Dans le second cas, on peut peut-être imaginer un certain nombre de mesures de régulation qui contribueraient à faire baisser les loyers. On pourrait aussi agrandir le parc de logements sociaux ou de résidences universitaires. Mais interdire la demande de caution est au contraire une très mauvaise mesure.
Dans un cas ou dans l’autre, ce n’est pas sans raison que les bailleurs demandent une caution : puisque actuellement un propriétaire ne peut pas expulser son locataire sans délai en cas de loyer impayé, il demande une certaine garantie. Ce n’est pas en interdisant la solution – la caution – que l’on supprime le problème – « l’aléa moral », pour faire comme Mathieu P. dans son commentaire parler économiste. Les propriétaires auront tôt fait de réclamer systématiquement, comme on le fait à grande échelle à Paris, les dernières fiches de paie d’éventuels locataires. Ils devraient également augmenter un peu les loyers pour compenser le risque accru de loyers impayés. Il ne sera donc pas plus facile de se loger avec cette mesure, surtout évidemment pour les plus pauvres.
Pire : alors que les « jeunes ménages » sont ceux qui ont le plus de mal à se loger, l’interdiction de la caution (quasi-systématiquement parentale) aggrave leur handicap de départ dans la danse du ventre à laquelle doivent se livrer les candidats à la location de tout placard à balais répondant aux normes de décence locative, puisque en moyenne (attention scoop) les jeunes sont moins bien payés que leurs aînés. Effet pervers (au sens propre) bénéfique, toutefois : à salaire égal, les rejetons de familles pauvres ne seront plus systématiquement rejetés au profit de leurs collègues issus de parents plus à leur aise.
L’indexation des loyers sur les prix à la consommation aura peut-être un effet à la baisse sur les loyers, mais mineur, puisque les prix à la consommation entrent déjà à 60% dans le calcul de l’indice utilisé pour l’indexation des loyers. Et que d’autre part (i) il n’est pas constant que l’indice du coût à la construction (hé oui mon Président, le prix des loyers était déjà indexé, sauf en cas de changement du locataire, et tu n’as rien proposé qui semble aller dans le sens d’une indexation stricto sensu) soit toujours supérieur à l’indice des prix à la consommation ; (ii) M. Sarkozy ayant également proposé la création d’un nouvel indice ‘achement mieux que celui de ces nullards de l’INSEE et qui reflètera mieux la hausse des prix telle que la perçoivent les Français (comprendre : qui sera deux fois plus élevé que l’indice actuel), il est encore moins dit que ceux-ci gagnent à ce swap d’indices…
Ensuite, toujours dans la logique du « travailler plus pour gagner plus », de permettre aux entreprises, avec l’accord de leurs salariés, de revenir sur les 35 heures en échange d’une augmentation de salaire (Les Echos en parlaient très bien(1), mais je n'ai pas retrouvé le lien...). Mais aussi de permettre un recours accru au travail le dimanche (de multiples existent déjà). On peut déjà noter qu’il s’agit d’un semi-aveu d’échec de la réforme sur la défiscalisation des heures supplémentaires, qui n’a manifestement pas eu l’effet escompté (par le gouvernement).
Quel sera l’effet de ces mesures ? Nul dans les entreprises, et il y en a, qui sont contentes des 35 heures : celles dans lesquelles il y a une forte déperdition de productivité des salariés lorsqu’ils travaillent trop longtemps, mais aussi celles qui sont sujettes à des commandes assez aléatoires et qui peuvent de servir des RTT pour gérer cet aléa. Pour les autres, tout dépendra du rapport de force entre employeur et employés mais il est certain que dans beaucoup d’entreprises la notion de surcroît de travail « volontaire » est assez peu identifiable. On voit mal également ce qui empêcherait certaines entreprises de repasser aux 39 heures, d’augmenter les salaires en conséquence puis de les geler pendant 4 ou 5 ans. Dernier problème non pris en compte dans cette mesure : la concurrence. Comment peut-on imaginer un accord indépendant sur la monétisation des RTT ou sur le travail le dimanche dans chaque entreprise, alors qu’elles ont toutes des concurrents ? De la même façon qu’il est difficile pour un commerce d’être fermé un jour de plus par semaine que le commerce voisin ([mode snob/ « posez-nous des questions » ON] on utilise ici « voisin » au sens de Hotelling [OFF]), il est difficile pour une entreprise de rester aux 35 heures si toutes ses concurrentes sont aux 39 heures. Difficile aussi pour un salarié, et a fortiori un candidat à l’embauche, de refuser de travailler le dimanche si d’autres personnes se proposent de travailler le dimanche pour la même entreprise. L’intérêt principal des lois sur la réglementation du temps de travail, et que n’a manifestement pas compris ou a trop bien compris Mme Parisot, c’est justement d’empêcher ces effets pervers de la concurrence.
Autre piste : un assouplissement de la régulation de la grande distribution. Le sujet est compliqué, et il n’est pas dit que le gouvernement s’y prenne de la meilleure manière. Pour plus de détails, voir chez Philippe Askenazy.
Encore une : permettre aux salariés de débloquer plus tôt les sommes épargnées dans le cadre de plans d’épargne salariale. Ce qui permettra de répondre dans l’urgence aux problèmes sur le mode « aide-toi, le ciel t’aidera » mais sans apporter de « réelle » hausse du pouvoir d’achat - puisque à tout prendre on dînera aujourd’hui pour se serrer la ceinture demain. Au mieux cela permettra de créer un choc de confiance de demande - au pire on en déduira simplement que M. Sarkozy ne connaît pas la théorie du revenu permanent (ou n’y adhère pas, il la connaît forcément puisqu’il a eu son bac B(2) au rattrapage).
Bref, toutes ces mesures risquent d’avoir un effet mitigé, voire parfois négatif sur le pouvoir d’achat. En revanche elles ne coûteront presque rien au gouvernement, et arrangent les grandes entreprises (pas les petites, le MEDEF ayant applaudi aux annonces de M. Sarkozy, tandis que la CGPME est plus réservée). Pour financer enfin la réforme des universités (une bonne nouvelle au demeurant), il suffira de vendre 3% du capital d’EDF. Aucun changement de priorités à l’ordre du jour.
On se rappelle que les mesures proposées par le PS avaient également fait débat. Signalons immédiatement, dans un esprit d’impartialité, que si effectivement on pourrait s’attendre à ce qu’elles favorisent davantage le pouvoir d’achat (pas seulement des plus riches, et pas toutes - qui a eu cette idée grotesque de supprimer la TIPP sur le kérosène pour les avions ? EDIT celui qui a eu cette bonne idée n'est pas un socialiste, mais un journaleux du Monde, voir commentaires), elles coûtent également plus cher à l'Etat (que ne ferait-on pas si on avait dans les caisses, disons… 15 milliards ?).
(1) d’ailleurs ils sont très bien les journalistes des Echos ! si si si !
(2) comme le précise Jean-Edouard qui n’a aucun humour, il est peu probable qu’elle ait été enseignée à l’époque.



Supprimer la TIPP sur le
Gabriel — 14/05/2008 - 21:35Supprimer la TIPP sur le kérosène n'est pas si stupide qu'il n'y paraît. Les hausses du pétrole sont intégralement et rapidement répercutées par les avionneurs sur le prix des billets : soit dans le cas des grandes compagnies via les fameuses "surcharges carburant" (plus de 140 € en ce moment pour un Paris-New York sur Air France) soit dans le cas des low costs par la réduction du nombre de places à bas tarif. Or le pétrole a quasiment doublé cette année... Sa hausse touche de plein fouet les malheureux touristes (et aussi les riches buisnessmen). Supprimer la TIPP (ou la rendre flottante) sur le kérosène augmenterait bien le pouvoir d'achat de ces derniers. Reste à savoir si ce sont eux qui en ont le plus besoin...
Surtout si suppression il devait y avoir, il faudrait remplacer la défunte taxe par une taxe écologique, indexée uniquement sur les quantités de kérosène consommées (ce qui inciterait à moderniser les flottes).
"(...)Supprimer la TIPP (ou
Thom — 14/05/2008 - 21:40"(...)Supprimer la TIPP (ou la rendre flottante) sur le kérosène augmenterait bien le pouvoir d'achat de ces derniers. Reste à savoir si ce sont eux qui en ont le plus besoin...
Surtout si suppression il devait y avoir, (...)"
Je crois qu'il y a un malentendu. Le transport aérien est déjà exonéré de TIPP sur le kérosène. Une exonération issu de la Convention de Chicago du 7 décembre 1944 (art 24), disponible ici : http://www.icao.int/icaonet/arch/doc/7300/7300_9ed.pdf
Maljournalisme au Monde
Emmeline — 14/05/2008 - 21:41Suite au message de Thom (merci beaucoup !) duckant magistralement le PS, nous avons fait des recherches un peu plus poussées, d'où il ressort qu'en fait la mesure proposée par MM. Ayrault et Cie visait en fait à SUPPRIMER (non instaurer) l'exonération de TIPP sur le kérosène.
Un grand bravo donc aux journalistes du Monde, ainsi qu'à leurs confrères du Nouvel Obs (et à nous en prime pour avoir été si crédules).
Pour ceux qui doutent, la proposition de loi est sur le site de l'AN.
Besoin d'explication
Ancêtre dépassée — 14/05/2008 - 21:36Bonjour,
J'ai du mal à vous lire en temps ordinaire, mais je persiste... Cette fois-ci néanmoins, il me faut quelques explications. Pouvez-vous m'expliquer ce que signifie la phrase :
[mode snob/ « posez-nous des questions » ON] on utilise ici « voisin » au sens de Hotelling [OFF]
Un grand grand merci
Hotelling
Emmeline — 14/05/2008 - 21:39(Harold de son petit nom) a donné son nom à un type de préférences des consommateurs.
Il est possible de se la représenter ainsi : des consommateurs veulent tous des pulls gris (c'est le "nouveau noir" de cet hiver), mais chacune (euh, chacun) a une idée très précise du gris qu'il souhaite (plus ou moins foncé, par exemple).
On peut représenter sur un axe, qui va du blanc au noir, l'ensemble des nuances de gris, et placer sur cet axe l'ensemble des pulls proposés à la vente et l'ensemble des pulls rêvés par les différents consommateurs. Chacun desdits consommateurs achètera donc le pull le plus "proche" de son pull idéal. Bien entendu, l'axe peut être nettement plus sophistiqué (incluant par exemple la matité du gris), voire se transformer en espace à plusieurs dimensions.
J'ai ici utilisé le terme en espérant susciter une question (grand merci chère ancêtre !), parce que je trouve cette théorie intéressante, plutôt juste ma foi, et surtout qu'elle permettait de préciser le sens du mot "voisin", qui n'était pas que géographique. Si une boutique de vêtements décide de rester ouverte le dimanche, son voisin immédiat qui vend des boîtes de conserve ne devrait guère s'en émouvoir, car ils sont raisonnablement "lointains" au sens de Hotelling. En revanche, si la boutique de vêtements se fait racheter par un vendeur de plats tout préparés, nettement plus proche, qui maintient l'ouverture dominicale, une très lourde pression sera exercée sur notre ami vendeur de conserves...
J'espère avoir été claire, toute demande de précisions est la bienvenue !
Discours du président
Ancêtre dépassée (encore plus qu'avant) — 14/05/2008 - 21:53Merci pour la réponse (très claire) sur Hotelling.
Je voudrais savoir ce que vous inspirent les propos du président dans son intervention télévisée sur le pouvoir d'achat (que je ne saurais citer mais la plupart des gens qui l'ont écouté et qui ont été convaincus ne le pourraient pas plus que moi). D'après lui, semble-t-il, si l'on "travaille plus", non seulement on "gagnera plus", mais cela créera plus de travail.
Qu'en pensent les chômeurs ? Et vous, chers économistes, qu'en pensez-vous ?
Cordialement
Chère ancêtre
Emmeline — 14/05/2008 - 21:58Soyons francs : vous nous posez une colle !
A notre décharge, la réponse à votre question est infiniment complexe, et nous ne saurions nous satisfaire (vous non plus, j'espère) des réponses manichéennes que vous donneraient les politiques ou votre charmant collègue commentateur.
Des éléments de réponse, cependant : admettons qu'il n'y ait aucune substituabilité, au moins à très court terme, entre chômeurs et salariés d'une entreprise - par exemple (girl powa) un institut de beauté qui emploie des techniques différentes de celles enseignées dans les écoles d'esthétique : il lui est impossible, en cas de déficit temporaire de personnel, de mettre directement à la tâche une esthéticienne diplômée au chômage. Dans ce cas-là, la fameuse mesure "travailler plus pour gagner plus" lui permettra de faire travailler plus longuement ses salariées pour absorber le surplus de demande. L'entreprise ne perdra pas de clientes potentielles, les salariées seront rémunérées davantage sans que cela coûte beaucoup à leur employeur (seule la Sécu sera lésée dans l'histoire), et les clientes seront satisfaites. Bref tout le monde est heureux.
Signalons tout de même (i) que la possibilité de faire des heures supplémentaires existait déjà, et que seuls changent la rémunération nette (y compris d'impôt sur le revenu) des salariées et le coût de ces heures sup' pour l'employeur, et (ii) que la loi Aubry comportait une mesure d'annualisation du temps de travail permettant d'introduire de la flexibilité et, en cas de surchauffe, de faire travailler des salariés en heures sup' rattrapées pendant les périodes plus calmes... et payées comme des heures normales. Mesure non supprimée par la loi TEPA, au demeurant.
Autre cas, toujours dans notre institut où chômeurs et insiders ne sont pas substituables : la petite entreprise marche bien, et le déficit de main-d'oeuvre n'est pas que temporaire. Disons qu'il faut 20 heures de plus par semaine. Deux possibilités existent : embaucher quelqu'un à mi-temps, en le formant au préalable ; ou demander (avec plus ou moins d'insistance) à chacune des 5 salariées présentes de faire 4 heures supplémentaires hebdomadaires. Certes celles-ci seront rémunérées davantage (25% de plus qu'une heure normale), mais hors de toute charge sociale, et aucun frais de formation ne sera engagé (on peut aussi imaginer d'autres paramètres, comme le fait qu'au bout de 39 heures les filles sont vraiment fatiguées, et donc moins productives ; ou au contraire qu'une fille ne travaillant que 20 heures par semaine s'approprie moins bien les gestes et soit moins rapide). Sans compter que, si la demande ralentit, ces heures supplémentaires pourront être arrêtées du jour au lendemain, tandis que la demoiselle en mi-temps est moins flexible.
Bref, le risque est fort, et nettement renforcé par la loi TEPA, que la directrice de notre institut (oui, c'est un institut représentatif, donc 100% féminin) privilégie les heures supplémentaires à la possibilité de faire diminuer le chômage... Est-ce bien ou mal, ce n'est pas à nous de le dire, mais toujours est-il que, surtout si l'on ajoute à cela le manque à gagner pour la Sécu et les Assedic, le choix est clairement fait d'une redistribution des chômeurs déjà plutôt à plaindre vers les salariés ayant un emploi, même si leur sort n'est pas forcément enviable. En même temps, cyniquement, M. Sarkozy a raison : ceux-ci représentent plus de voix...
Enfin, dans un cas où la substituabilité est quasi-parfaite entre insiders et outsiders, autrement dit où n'importe quel chômeur peut remplacer un salarié absent ou parti, cet effet de transfert semble encore plus prononcé, car là le problème des frais de formation ne se posait même pas et il est probable qu'avec l'ancien dispositif une entreprise de ce type avait assez systématiquement recours à l'intérim, au CDD voire au CDI plutôt qu'aux onéreuses heures supplémentaires.
Enfin, et pour donner un point de vue certainement pas exhaustif, mais qui reflète un peu la complexité de la chose, ajoutons que le but du TPPGP est également de "relancer" la "machine économique" en "créant un choc de confiance", passant d'abord par les salariés en place mais qui se diffuserait ensuite à l'ensemble des Français. Un mécanisme sain(t)ement keynésien, en somme.
Pour le moment, l'efficacité de ces mesures ne m'a pas choquée, mais enfin, grâce à elles, on aura 0,3% de croissance en plus en 2008. Si, si, c'est Mme Lagarde qui le dit...
Complément
Emmeline — 14/05/2008 - 21:59Alain Tapie, haut fonctionnaire de Bercy, en tournée pour les heures sup'.
Le premier budget des ménages
Anonyme — 14/05/2008 - 21:36Le premier budget des ménages étant les impôts et prélèvements obligatoires, le plus sûr moyen d'augmenter le pouvoir d'achat est de réduire les impôts.
J'éclaire le débat public et c'est ma joie
Jean-Edouard — 14/05/2008 - 21:45[Note : cette réponse par ailleurs contestable ne vise pas à terroriser d'éventuels commentateurs à l'avenir, mais simplement à demander à l'infime minorité de commentateurs dont la posture est presque purement partisane de s'exprimer avec un peu plus de respect pour ceux qui se posent des questions avant d'avoir des réponses. "Etant donné le poids de la fiscalité en France ne peut-on pas penser que baisser les impôts peut rendre beaucoup de pouvoir d'achat aux Français ?" aurait par exemple été tout à fait bien. [Mode lourd off]]
Bonjour,
Nous aurions pu ne pas publier ce commentaire qui ne repose sur rien, comporte plusieurs erreurs à la fois et n'apporte pas grand-chose au débat, mais pour votre culture personnelle au cas où vous repasseriez sur ce blog (où vous êtes le bienvenu, réponse musclée ne voulant pas dire exclusion, de même qu'être ouvert ne veut pas dire laisser tout dire), et parce que votre erreur est intéressante, voici une réponse peut-être trop fournie à votre commentaire sans doute trop rapide.
D'abord j'ignore d'où il ressort que le premier budget des ménages est occupé par les impôts et prélèvements obligatoires et ce que vous entendez par là. Il est d'abord évident que c'est faux pour le large pourcentage de la population qui paie peu d'impôts, cotisations et TVA comprises. Si vous parlez de budget au niveau agrégé (nous avons pourtant déjà insisté sur l'absurdité de la notion de pouvoir d'achat "moyen") alors, certes, avec un taux de prélèvements obligatoires de 44% du PIB en 2005 ceux-ci sont bien le premier poste budgétaire de "la France". Mais gageons qu'avec des taux de 40% dans l'UE-15 et même de 27% aux Etats-Unis il en est de même ailleurs. C'est pourquoi l'indicateur "plus gros poste budgétaire" est assez maladroit, car tout dépend de la manière dont vous détaillez les postes : si vous établissez une liste d'articles de consommation en 12.488 catégories et que votre deuxième poste annuel le plus important est le poste "cacahuètes salées de marque Ben&Nuts achetées un vendredi matin, 2,88 euros", il n'est pas très significatif que le poste "impôts et tout ça" soit plus important.
Une question plus intéressante est de savoir si l'on rend du pouvoir d'achat aux gens en baissant les impôts. Le problème est plus compliqué que vous ne le pensez, et c'est même en raison de celui-ci que, lorsqu'on parle de pouvoir d'achat, on a généralement en tête le pouvoir d'achat des ménages après impôt.
Raisonnons comme vous au niveau agrégé, moyen, "macro", dans une économie très simple que nous appellerons France où l'on prélève un milliard d'impôts. Le propre d'un système redistributif étant d'opérer des redistributions, les impôts servent à deux choses : prendre de l'argent à certains pour en aider d'autres (500 millions de redistribution), produire des biens collectifs (système de santé, d'éducation, défense nationale, Parlement, vacances du chef de l'Etat etc) pour 500 millions d'euros. Supprimons les impôts. D'abord il n'y aura plus de redistribution, certains auront des revenus moindres qu'avant, d'autres des revenus plus élevés. En faisant la somme des deux, il est vrai que le revenu après impôts total aura augmenté de 500 millions d'euros (1 milliards d'impôts en moins, 500 millions d'aides en moins), et donc que le pouvoir d'acheter des choses aura augmenté. Mais cela veut-il dire que "la France" consommera plus ? Pas nécessairement, parce que les impôts "lui" permettaient de consommer des biens collectifs. Quelle était la valeur de ces biens collectifs ? Ce qu'ils coûtaient. Que coûtaient-ils ? 500 millions, la somme prélevée pour les payer.
Résultat des courses : après suppression de l'impôt les gens consomment au total exactement la même chose qu'avant en valeur. Etonnant non ? Cette intéressante propriété vient simplement du fait que l'argent collecté n'est pas brûlé mais dépensé, et qu'il faut bien que ces dépenses servent à quelqu'un. C'est ce dont s'aperçoivent par exemple de jeunes financiers qui émigrent à Londres, et se rendent compte lorsqu'ils ont des enfants qu'au fond ils dépensent presque autant dans le système éducatif anglais qu'ils n'auraient payé d'impôts en France. Cela veut dire aussi que lorsque on remarque qu'aux Etats-Unis le taux de prélèvements obligatoires est de 27% contre 44% en France, il faut garder à l'esprit que le financement public d'un grand nombre de services y est beaucoup moins important, de même que la redistribution. Vous pouvez très bien imaginer aussi un système où l'on prélève de manière obligatoire 100% de son revenu à chacun avant de lui rendre la même somme, ce qui donnera un taux de prélèvements obligatoires de 100% sans que cela corresponde nécessairement à une expropriation. Le taux de prélèvements obligatoires correspond à la partie du revenu qui est socialisée, pas brûlée.
Le bon raisonnement à tenir est évidemment de ne pas s'attacher à des niveaux moyens (on rappellera d'ailleurs à toute fin utile que "classe moyenne" ne veut pas dire "les 50% les plus pauvres parmi les assujettis à l'ISF") mais au moins au niveau médian, voire de distinguer plusieurs cas. Mettons par exemple que vous diminuiez de 10% les impôts payés par chaque Français, et qu'en contrepartie vous diminuiez la qualité de tous les services publics de 10% (on ne remplace que 9 profs sur 10 etc.). Pour ceux qui ne payaient quasiment pas d'impôts, la situation évidemment empire : la taille des classes augmente d'à peu près 11%, ils sont moins bien soignés, reçoivent 10% d'aides en moins etc. et n'ont presque rien gagné avec des baisses d'impôts qui ne les ont pas touchés. Et les riches ? Tout dépend de leurs préférences. Leur revenu a augmenté certes, mais les grandes écoles que fréquentent presque gratuitement leurs enfants sont moins bonnes, les soins qu'ils reçoivent sont moins perfectionnés, ils n'ont plus que 90% du porte-avions Charles-de-Gaulle pour les protéger de l'extérieur, 90% de forces de police pour les protéger à l'intérieur... Le jeu en valait-il la chandelle ? Peut-être, peut-être pas, cela dépend notamment de s'il existe ou non une alternative privée à la fourniture publique des différents biens, et de l'efficacité de cette alternative privée, ainsi que des préférences des riches et des pauvres pour les différents services assurés par l'Etat.
La vraie question est de savoir à quoi servent les impôts collectés, si les dépenses peuvent être mieux organisées, si certains services publics seraient mieux fournis par le secteur privé, quels sont les foyers qui consomment tel ou tel service, quel degré d'inégalité des revenus la société tolère etc. Question annexe : étudier les distorsions créées par l'impôt, question complexe que nous avons négligée dans cette réponse.
La question "baisser les impôts augmentera-t-il le bien-être des Français" est donc très difficile à traiter. C'est même pour cela que, à RCE, à la solution simple consistant à déclarer d'un ton lapidaire que "le plus sûr moyen d'augmenter le pouvoir d'achat est de réduire les impôts", nous avons préféré celle de demander leurs avis à des dizaines de spécialistes reconnus pour traiter d'abord la question des impôts, puis celle des services publics, en 280 pages à chaque fois. Et nous n'avons pas encore de réponse définitive, je me demande donc par quel moyen vous avez trouvé la vôtre, vous comprendrez donc mon énervement qui n'a d'autre source que la jalousie.
Tu aurais pu ajouter que la question était d'ailleurs traitée, certes moins en longueur, au 2e paragraphe du billet de départ... Cher
trollvisiteur épris de "bon sens", ça se fait de lire un post avant de le commenter. Maintenant, évidemment, si vous n'étiez en quête que d'éclaircissements et non de jeunes adeptes à enrôler chez Contribuables Associés, pardonnez notre ire qui ne s'adressait pas à vous, mais à votre formulation légèrement malheureuse, et précisez mieux vos objectifs la prochaine fois !Sinon, un complément, par A Delaigue.
Tiens ? Aurait-on touché à la
Anonyme — 14/05/2008 - 21:47Tiens ? Aurait-on touché à la mystique ?
Tout d'abord, pardonnez-moi, par concision, d'avoir choisi d'employer des mots appartenant au lexique commun sans avoir préalablement consulté la commission de spécialistes qui en réserve l'usage à un sens différent de celui communément admis par souci pédagogique sans nul doute.
Hein ? mais de quoi parlez-vous ?
Venons en aux faits : 50% de l'économie française est de l'économie administrée : alimentée par l'impôt, les prélèvements obligatoires, et, effectivement, l'emprunt qui est de l'impôt différé.
Aaaaah... les "faits". Euh, ils sont où, dans la phrase ci-dessus ? (à part l'emprunt qui est de l'impôt différé, ça OK, et encore). Quand je vais dire à ma mère qu'en recevant ses allocations familiales, elle faisait de "l'économie française administrée", elle va se sentir plus forte que M. Jourdain !
Vous pouvez tordre le problème dans tous les sens : l'économie administrée ne se donne que rarement pour vocation de créer des richesses. Refuser de financer cette partie de l'économie administrée qui refuse de se donner pour vocation la création de richesses est un choix politique, faisable, concevable. La ré-affectation des ressources libérées à des fins utilitaires est tout à fait concevable. Ce recyclage augmente mécaniquement le pouvoir d'achat.
Maintenant si bien entendu vous estimez que nulle baisse des impôts n'est susceptible d'enrichir la société, je crois en effet inutile de débattre pour aller, chacun de notre côté, convaincre et faire progresser nos opinions chacun de notre côté.
Comme dit ci-dessus, cher troll (c'est bien de s'assumer), merci de lire avant de commenter. La réponse de Jean-Edouard n'avait pas pour but de dire que "nulle baisse des impôts n'est susceptible d'enrichir la société" (c'est qui la société ? "les Français" c'était déjà plus clair), mais de signaler que la vie était un peu plus compliquée que juste "baissons l'ISF et les 98% de Français qui ne le paient pas pourront immédiatement acheter plus de produits Andros chez Auchan".
Parler de "l'économie administrée" - mais c'est quoi, au fait ? et 50% de quoi ? de la valeur ajoutée, pas sûr ; des gens employés, certainement pas - n'a pas grand sens non plus. Dire qu'elle n'a pas pour but de "créer des richesses" (ça veut dire quoi, au juste ? on m'a appris à HEC que c'était augmenter la valeur des actions détenues par les propriétaires d'une société) est certainement vrai, mais ce n'est pas parce que l'université est gratuite qu'elle est inutile, et ce n'est pas parce qu'une infirmière diplômée qui travaillait en hôpital public ira exercer en clinique que tout à coup ses piqûres ne feront plus mal.
Je pourrais vous répondre longtemps comme ça, mais j'ai franchement mieux à faire (raison pour laquelle je réponds directement dans votre post, ce que je ne fais pas d'ordinaire). Allez de votre côté "débattre" avec les gens qui ne se posent pas de question, ne disent pas leur nom, et veulent surtout ne pas connaître l'avis des économistes sur l'économie. Et faites donc un tour chez Attali, vous vous sentirez mieux.
"l'économie administrée ne se
Pierre M — 14/05/2008 - 21:50"l'économie administrée ne se donne que rarement pour vocation de créer des richesses"
Cher Courageux Anonyme,
Faut relire Adam Smith !! Le corollaire de l'accumulation de richesses est, selon le père de l'économie libérale, la hausse croissante des dépenses de l'Etat. Et pour cela il préconisait certes une fiscalité pas trop pesante, mais surtout la nécessité de l'impôt progressif "Il n'est pas très déraisonnable que les riches contribuent aux dépenses de l'Etat non seulement à proportion de leur revenu, mais encore quelque chose au-delà de cette proportion."
les effets pervers de la concurrence ?
Madame Parisot — 14/05/2008 - 21:50"L’intérêt principal des lois sur la réglementation du temps de travail, et que n’a manifestement pas compris ou a trop bien compris Mme Parisot, c’est justement d’empêcher ces effets pervers de la concurrence."
La concurrence aurait des effets pervers ????
Poster un nouveau commentaire