Des économistes chic et choc
Jean-Edouard — 03/04/2008 - 15:25
Cela date un peu maintenant (septembre 2007, comme c’est loin, mon arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-mère n’avait même pas encore connu son premier tag), mais Naomi Klein, journaliste et activiste canadienne, a sorti un livre intitulé The Shock Doctrine: The Rise of Disaster Capitalism. En fait je ne parlerai pas tellement de ce livre, non pas parce que je ne l’ai pas lu, ce qui ne serait pas une raison suffisante, mais parce que Joseph Stiglitz en a déjà parlé (et peut-être que lui l’a lu, je dis bien peut-être).
Apparemment, ce livre revient sur quelques épisodes historiques marquants et montre comment dans chaque cas des crises économiques, politiques voire humanitaires importantes ont servi à mettre en place des réformes impopulaires, qu’il ne faudrait surtout pas qualifier de néo- ou ultra-libérales mais c’est quand même bien pratique pour savoir de quoi on parle(1). Retour donc sur l’expédition de Friedman au Chili, la mission évangélisatrice des Chicago Boys un peu partout en Amérique du Sud comme en Europe de l’Est, les expériences du FMI en Russie ou en Asie, les décisions des Républicains après le passage de l’ouragan Katrina ou les attaques du 11 septembre.
Même si j’aurais tendance à être assez méfiant à l’égard de cet amalgame, d’après Stiglitz, l’ouvrage, bien documenté puisqu’il fait quand même 500 pages, arrive à montrer de manière convaincante que ces différentes crises ont été exploitées consciemment par Chicago Boys et autres comme des opportunités pour vendre des politiques « néo-libérales » présentées comme des « thérapies de choc ».
En parcourant un peu Google, on se rend compte que cette thèse est perçue comme assez provocatrice et que le débat est donc « les crises sont-elles exploitées pour mettre en place un programme politique et économique particulier ? ». Pour ma part je ne trouve pas cette thèse si provocatrice ; d’abord parce qu’on pourrait aller plus loin en se demandant si certains dirigeants ne cherchent pas volontairement à maintenir des sociétés dans un état de crise et donc d’anxiété permanents afin de promouvoir ces mêmes politiques - c’est notamment le point de vue de Corey Robin dans La peur, histoire d’une idée politique. Ensuite parce que cela n’a rien de surprenant ni de nouveau. Lorsqu’on lit l’histoire de l’adoption du keynésianisme, on pourrait dire exactement la même chose : c’est la crise de 1929 qui crée le vide théorique qui permettra au keynésianisme de s’imposer après la deuxième guerre mondiale, des Keynes Boys débarquent dans différents pays européens dévastés par la guerre et en pleine crise à la fois économique et politique (crainte d’une prise de pouvoir par les communistes) pour expliquer ce qu’il faut faire. Idem d’ailleurs pour le communisme, puisqu’à l’Est dans la même période la nationalisation peut aussi être vue comme une méthode séduisante pour régler la même situation de crise. Dans les deux cas d’ailleurs, comme aussi dans le cas des politiques d’inspiration friedmanienne, ces politiques sont vues comme étant celles qu’applique un « Grand » et à qui il est censé devoir sa réussite.
En réfléchissant plus avant, on peut même trouver de nombreux autres exemples et se convaincre que le phénomène est au fond d’une grande banalité : pour changer de politique, il faut que l’ancienne ne résolve pas un certain nombre de problèmes importants. Tout programme politique un tant soit peu radical ne peut être appliqué que lors d’une crise, parce qu’il s’agit d’une conjoncture « fluide », comme dirait Michel Dobry, où les possibilités de changement sont énormes. Il en va de même d’ailleurs du champ scientifique que du champ politique : le choc pétrolier est l’occasion d’un changement radical de paradigme en macroéconomie, dans une période de forte incertitude où les économistes sont pour un moment décriés comme des imposteurs, et la crise boursière qui accompagne le mouvement voit l’adoption par les gérants de portefeuille des nouvelles méthodes quantitatives en finance, qui prennent également un essor nouveau. Même encourager la formation d’une crise pour imposer ses idées n’est peut-être pas si nouveau puisque selon certains historiens c’est exactement ce qu’auraient fait les révolutionnaires français pour imposer leurs vues.
Si le constat de Naomi Klein n’est donc pas si surprenant, son point de vue me semble intéressant pour répondre à une question qui ne peut que déranger l’économiste : comment se fait-il qu’aujourd’hui encore les débats de politiques économique gardent si souvent un arrière-plan « keynésiens contre monétaristes » alors que les deux théories ont sacrément du plomb dans l’aile, et que de plus on dispose aujourd’hui de beaucoup de travaux plus pragmatiques et pertinents pour la politique économique, et probablement plus mesurés (dans telle et telle situation une politique plutôt keynésienne aura plutôt tels effets, et une plutôt monétariste plutôt tels autres, à vous de choisir). Est-ce parce que tout le monde regrette l’époque du disco ?
Le monétarisme, comme le keynésianisme ou le marxisme, ont ceci de particulier que ce sont des doctrines économiques appuyées sur de puissantes idées politiques. C’est probablement assez évident pour le marxisme ; pour le keynésianisme, il a dû son succès non pas tant grâce à la logique de l’accélérateur ou raffinement de la théorie qu’à la solution politique qu’il pouvait représenter : par le déficit budgétaire et éventuellement au prix de l’inflation on élimine le chômage et la menace que représentent les partis ouvriers sans avoir à faire baisser les salaires nominaux, ce qui se révèlerait également explosif. On comprend que cela ait pu séduire gouvernants et milieux d’affaires. Pour le monétarisme, sa force de persuasion tient sans doute également beaucoup à la solution politique qui lui est associée, même si elle est probablement trop optimiste : commencez par assurer la liberté du marché et des forces économiques, et nécessairement les libertés politiques suivront tôt ou tard. On comprend là encore qu’installer « à terme » la démocratie dans une dictature à si peu de frais, sans avoir à mécontenter un chef d’Etat qui, pour dictateur qu’il soit, n’en est pas moins un allié, et en offrant de saines perspectives d’investissement à ses citoyens est une solution réellement séduisante.
Or aujourd’hui, du moins il me semble, les théories économiques n’ont plus un tel horizon politique. C’est d’ailleurs tout à fait normal, et même tant mieux car je ne suis pas sûr que Capitalisme et Liberté soit l’ouvrage qui fasse le plus honneur à Friedman. Beaucoup d’économistes aujourd’hui pourraient à mon avis souscrire à l’idée que leur rôle est de présenter les choix politiques possibles et quelles seraient leurs conséquences économiques les plus probables, pas de dire qu’il n’y a qu’une seule solution compatible à la fois avec l’efficacité économique et la « liberté de l’homme » ou la « dignité du travailleur », au choix. Mais cette posture plus scientifique par rapport aux économistes des générations précédentes est probablement plus faible sur le plan politique ; on a d’ailleurs vu les économistes gênés pendant les élections présidentielles : dès lors que ce ne sont pas deux théories hermétiquement closes qui s’affrontent et qu’on est un tant soit peu honnête intellectuellement, difficile de soutenir toutes les propositions de l’un ou l’autre candidat. A gauche, Thomas Piketty a été probablement le plus loin dans le soutien à Ségolène Royal, mais se trouvait nécessairement gêné sur quelques points,d’autres ont affiché un soutien plus distant et plus critique, mais donc aussi beaucoup moins visible. A droite, Olivier Blanchard a soutenu Nicolas Sarkozy tout en étant forcé d’admettre que son programme économique était absurde, mais qu’il pensait néanmoins que son promoteur ne l’appliquerait pas et ferait des choses bien à la place (malheureusement, ses anticipations n'étaient pas rationnelles sur ce point...). Bref, l’engagement des économistes de l’ère post-disco est encore en train de trouver ses marques.
Si le « néo-libéralisme » est souvent vu comme la seule idéologie encore organisée et active, c’est peut-être parce qu’il est issu de la dernière offensive théorique de la science économique avant sa dernière phase plus « mature » et plus scientifique. Que faire alors pour se débarrasser de la pollution du débat public par des économistes auto-proclamés qui ne s’embarrassent pas de la contradiction des faits avec leur théorie, et ont souvent bien compris l’intérêt politique de propager l’idée que la société est en crise ? La bonne solution n’est probablement pas de monter une idéologie pseudo-scientifique concurrente en face. C’est peut-être aux citoyens et aux hommes politiques de regarder les théories économiques dont ils disposent, d’évaluer leurs conséquences et les possibilités politiques qu’elles offrent et de s’en servir. Ce qui suppose que l’économie soit largement enseignée et diffusée, et aussi qu’on donne plus de cours d’économie (ou des meilleurs) à l’ENA. Enfin, si déjà quand un membre du gouvernement dit « Comment ça nous avons favorisé les Français les plus riches ? Vous voulez dire aux Français qu’il faudrait revenir sur nos réformes grâce auxquelles 95% des Français ne paient plus de droits de succession ? » il pouvait y avoir à l’avenir une personne sur un plateau de télévision comportant quand même un certain nombre de titulaires du baccalauréat pour dire « Euh… vous savez que c'était déjà le cas de 85% d'entre eux avant vos réformes et qu’elles n’ont donc porté que sur les 15% les plus riches ? », ce serait déjà bien.
Ah mais non je suis bête, l’économie on en fait déjà en histoire de toute façon…
(1) Si quelqu’un m’embête avec ça il me copiera 100 fois le théorème de Thomas, en vertu duquel le sociologue a généralement raison d’avoir tort avec tout le monde
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Moi perso
Aalexandre — 03/04/2008 - 16:09je regrette pas du tout l'époque du Disco pourtant je suis né en plein dedans :)
plus sérieusement, je cite " Le monétarisme, comme le keynésianisme ou le marxisme, ont ceci de particulier que ce sont des doctrines économiques appuyées sur de puissantes idées politiques." et je me demande si ce n'est pas le cas de toute doctrine économique... ?!
Re : des économistes chics et chocs
Pierre M — 04/04/2008 - 01:08Bonsoir,
J'ai écrit un commentaire mais je le trouve un peu trop long, et je ne voudrais pas squatter Mafeco. Alors voici les premières lignes et je vous propose de suivre le lien si la suite vous intéresse :))
Très belle argumentation. Je vais me risquer à une petite prolongation.
Il n’est pas rare d’entendre les commentateurs, même les plus avisés, affirmer la fin du primat du politique sur l’économie. Et ce notamment à cause de la globalisation. La classe politique elle-même a contribué à cela. On ne compte plus les aveux d’impuissance, depuis le fameux « le chômage… on a tout essayé » jusqu'au dernier « je suis à la tête d’un Etat en faillite ». Les politiques n’ont eu de cesse d’user de l’argument d’impuissance, soit lorsqu’ils sont au pouvoir pour discréditer ce qui a été fait par l’équipe précédante, soit lorsqu’ils sont dans l’opposition pour stigmatiser l’immobilisme des dirigeants en place. Le caractère performatif du mythe de l’impuissance est impressionnant, tout le monde semble persuadé que le politique ne peut plus rien à l’ère de l’économie mondialisée, y compris les politiques eux-mêmes.
Des économistes de premier rang, comme Jean-Paul Fitoussi, n’hésitent pas à évoquer une véritable « politique de l’impuissance »...
La suite c'est par ici
Bien vu Pierre
Aalexandre — 04/04/2008 - 10:39Comment orienter les lecteurs de Maféco vers son propre blog :)
Bravo !
T'as vu ça ?
Pierre M — 04/04/2008 - 17:36Ca s'appelle la maîtrise, tout en finesse, ni vu ni connu je t'embrouille !!
Non sérieusement, je suis pas sur que J-E aurait été très content de voir mon gros pâté au milieu de son bac à sable ;-)))
Mais si, mais si (enfin dans la mesure où je peux parler pour lui)... Et puis on a bien pire, nettement moins intéressant et carrément moins gentil par-dessus le marché !
Vous êtes ici chez vous
Jean-Edouard — 04/04/2008 - 21:56Ca ne m'aurait pas dérangé d'avoir tout le commentaire ici, pas plus qu'il ne soit sur votre blog, ça fait des économies d'échelle pour les malheureux visiteurs de blogs comme ça. Je ne sais ce que la nétiquette recommande dans ce genre de situations, alors je vais répondre chez moi parce que home sweet home et tout ça.
Pour repartir de la question d'Aalex (mais d'où vient de deuxième a ?) savoir si toutes les doctrines économiques ne sont pas inévitablement politiques dépend de ce qu'on appelle une doctrine. Si c'est un corps de théories cohérent, comme la science économique est inévitablement sociale et donc politique, elle risque fort d'avoir un contenu politique, mais plus ou moins prononcé. Supposons par exemple qu'il existe une "doctrine néo-keynésienne", ce qui est plus que douteux, quel serait son contenu politique ? Il y en a bien sûr un peu, sur le rôle de l'Etat dans l'économie etc. Mais on est bien loin à mon avis du contenu politique du premier keynésianisme, du marxisme ou du monétarisme, c'est même à mon avis une des raisons pour lesquelles il n'y a pas de bon vieux débat politique et de mauvaise foi qui permettrait de cristalliser la doctrine, de lui trouver un adversaire etc.
En fait ce que je voulais dire c'est qu'aujourd'hui il y a plus des théories un peu éparses quoique toutes plus ou moins parentes qu'une doctrine, ce qui est probablement un gain en termes de scientificité d'ailleurs.
Enfin pour savoir si c'est la théorie économique qui s'appuie sur l'idée politique ou l'inverse, je ne sais pas trop. J'ai probablement écrit trop vite parce que je suis plutôt d'accord avec la phrase selon laquelle "les idées économiques qui ont en quelque sorte servi d’infrastructures aux grandes idéologies". Les idées économiques s'appuient sur une pensée politique, ce qui ne veut pas dire que cette dernière est première. Sans vouloir rentrer dans la psychanalyse des économistes je dirais qu'un problème économique et politique à la fois déclenche une réflexion économique qui aboutit à des résultats politiques et économiques, qui sont ensuite réappropriés par la sphère politique. C'est suffisamment compliqué pour que je sois couvert.
Et merci pour les encouragements, vous regretterez peut-être notre liberté de ton après avoir lu un prochain message comparant les obligations à la charcuterie...
Ah ce fameux deuxième A ...
Aalexandre — 05/04/2008 - 14:59Ben en fait de ma fréquentation assidu du blog/forum d'econoclaste... et puis éviter toute confusion avec Sieur Delaigue, j'ai opté pour un second A. ce qui fait, vous en conviendrez tous, très Kierkegaard ... :)
Culture économique... et juridique des français
sahelonline — 04/04/2008 - 14:18Personnellement, ça fait déjà quelques années que je me gratte la tête en me demandant comment il est possible que les programmes, dans le secondaire, ne fassent aucune place à l'économie (ou plus largement aux sciences sociales) en dehors de filières spécialisées, qu'on est réduit à choisir dans un acte de foi ou sous l'effet du hasard, puisqu'on n'y est jamais initié auparavant dans le cadre du tronc commun.
Il en va de même pour le droit : nul n'est censé ignorer la loi, car tout citoyen est un justiciable potentiel, mais jamais on n'aura enseigné à quiconque avant qu'il n'atteigne l'âge auquel l'enseignement cesse d'être obligatoire, et même avant la fin du secondaire toutes filières généralistes confondues (pour les autres, je ne sais pas) ni le fonctionnement de la justice française, ni les principes fondamentaux du droit.
Or ces deux domaines constituent l'essentiel de ce qui fait le débat politique au quotidien dans une société où les individus revendiquent de plus en plus leur droit à la parole et affichent un goût pour le débat d'idées qui ne se dément pas, quelle que soit la participation électorale : succès de la démocratie d'opinions (multiples, changeantes, volatiles) et de la démocratie participative.
Mais en l'absence de réelle culture économique, sociologique, juridique, (philosophique), des boulevards sont laissés aux manipulations politiciennes de l'opinion par des slogans qui se donnent l'apparence de la scientificité ou du bon sens. Surtout, cet état de fait crée un gouffre entre ceux qui comprennent plus ou moins de quoi on parle quand on parle de politique économique ou de questions juridiques, institutionnelles, etc et ceux qui croient légitimement y comprendre suffisamment pour se faire une opinion, mais tombent dans les pièges des notions contre-intuitives qui sonnent comme des évidences alors qu'elles sont mal comprises et souvent dépassées.
Selon moi, cela témoigne d'un archaïsme dangereux de notre système d'enseignement, qui a (me semble-t-il) bien plus progressé dans sa réflexion pédagogique ces dernières années que sur l'enjeu des contenus : les matières enseignées sont encore sélectionnées et "découpées" comme l'étaient les disciplines scientifiques au XIXème siècle, avant l'émergence des sciences sociales, qui sont peut-être celles qui ont le plus évolué et contribué à faire évoluer l'état du monde au cours du siècle dernier !
(Bon, je m'emballe sûrement un peu trop : disons, "avec les sciences de l'ingénieur" —mais si on va par là, je trouve également que la culture scientifique du français lambda (moi comprise) laisse terriblement à désirer et je crois que l'on pourrait faire bien plus progresser l'esprit scientifique de la majorité de la population (et les réelles vocations scientifiques, pas le choix de filières scientifiques pour leur sélectivité) en donnant plus de place à l'histoire des sciences et aux enjeux des pricipales découvertes, celles qui ont entraîné de vrais changements de paradigmes, bien avant la classe de Terminale en philo.
Certes, les programmes sont déjà lourds. Mais à mon avis, là n'est pas le problème : je pense qu'il est contre-productif (y compris en termes de motivation des élèves) de s'en tenir à une présentation fixiste de l'état des connaissances dans toutes les disciplines, au lieu d'insister sur leur dimension dynamique, sur ce qui fait qu'une science est une science, c'est-à-dire plus qu' un éventail d'opinions et moins qu'un bloc de certitudes (démontrabilité, réfutabilité), sur ce qui rend la réflexion scientifique passionante. Peut-être que ça a changé depuis, mais de mon temps (les années 1990), en collège et même au lycée (j'ai fait L, donc qu'on m'arrête si c'est faux pour les sections S ou ES), on ne présentait les sciences dures que comme un ensemble de connaissances à assimiler, jamais comme un domaine problématique (sauf, encore une fois, en philo en Terminale, ce qui est un peu tard et dépend beaucoup des centres d'intérêts du prof.)
Malheureusement, cet archaïsme est régulièrement encouragé par les antiennes des ministres successifs qui croient résoudre les problèmes de l'école, de l'adolescence et de la société en général en misant sur un "nécessaire retour aux fondamentaux". A mon avis, ça revient à peu près à faire demi-tour sur l'autoroute pour rattraper la bretelle de sortie qu'on croit avoir loupé sous prétexte de gagner du temps.
Supplique : pour une fonction "edit" des commentaires
sahelonline — 04/04/2008 - 21:25...parce qu'à l'idée de laisser de telles fôtes d'ortograf sur la place publique, le rouge me monte au joues.
Vous vouliez bien dire "aux joues" :D ?
C'est une idée cela dit. Ca dépasse largement mes capacités techniques (et en plus je n'aime pas trop qu'on puisse éditer des commentaires auxquels d'autres ont répondu, ça soulève un gros problème d'aléa moral), mais si à l'avenir quelqu'un souhaite apporter des corrections et/ou rectifications, il peut laisser un commentaire explicitant ses mises à jour et nous les mettrons en oeuvre sans publier ledit commentaire (sous contrainte que ce ne soit pas de la "triche" hein !).
Merci. Alors, dans ce cas, je
Anonyme — 04/04/2008 - 23:53J'en profite pour signaler que j'apprécie moi aussi particulièrement le ton de ce blog. Je n'avais pas encore pris la peine de vous féliciter, car n'étant pas économiste, j'ai du mal à imaginer que mes encouragements aient quelque valeur que ce soit à vos yeux
Eh bien si...
J'en ai rêvé... eux aussi, on dirait
sahelonline — 07/04/2008 - 09:23(via http://rationalitelimitee.wordpress.com/)
Un article dans Les Echos d'aujourd'hui, qui annonce la création d'un institut qui se destine à lutter contre l'inculture économique des Français (Idies, voir www.idies.org), notamment en promouvant les enseignements économiques et sociaux au-delà de l'initiation aux SES en seconde et de la filière ES, au nom de raisons assez similaires à celles que j'invoquais ci-dessus : http://www.lesechos.fr/info/analyses/4710925.htm
Youpiii ! Est-ce que des juristes ont déjà lancé une initiative similaire ? Sinon, j'encourage. Vive les lobbies !
(NB : mon intervention sur ce sujet était totalement indépendante du débat actuel, apparemment assez vif, au sujet de la filière SES, sur laquelle je serais bien en peine d'avoir une opinion. Elle partait d'une très sincère et authentique frustration personnelle quant à ma propre culture dans ces domaines. Ex : quand j'ai été amenée pour la première fois à couvrir un procès en tant que journaliste et que je me suis aperçue qu'on ne m'avait jamais enseigné au juste la différence entre les différentes juridictions, leurs fonctionnements, les peines encourues par les accusés/prévenus (rayer la mention inutile), etc. Alors imaginez le prévenu moyen, car j'avais tout de même un bac général, quelques années d'histoire + sciences sociales dans le supérieur et une école de journalisme derrière moi !)
assez marxiste, cette analyse
alexandre delaigue — 05/04/2008 - 11:19Il y a quand même une spécificité du livre de Naomi Klein : elle ne se contente pas de dire "les crises sont l'occasion de l'application d'un programme", mais "ceux qui veulent appliquer un programme font exprès de provoquer des crises pour l'appliquer". Ce qui revient assez vite à la théorie du complot. Que cela plaise à Stiglitz, qui est persuadé d'être le plus grand économiste de tous les temps, et considère que le fait que tout le monde n'en soit pas persuadé ne peut provenir que d'une vaste manipulation pour berner le peuple, n'est pas entièrement surprenant.
Pour revenir au sujet, on est face à une perspective marxiste (ou public choice d'ailleurs). Keynésianisme et néo-libéralisme sont des doctrines efficaces politiquement parce qu'elles permettent de transformer des intérêts de classe en programmes politiques. Avec le Keynésianisme, on peut dire "donnez-moi des subventions publiques" sans donner l'impression de vouloir piquer le pognon du contribuable : on peut ajouter "blabla, le multiplicateur toussa toussa, ça crée des emplois". Avec le néolibéralisme, on peut dire "baissez les impôts que je paie" en ajoutant "blabla, la courbe de Laffer toussa toussa, ça crée des emplois". Il n'est pas très surprenant, dans nos sociétés social-démocrates, que les programmes de type keynésiens aient la faveur de ceux qui sont bénéficiaires nets de la dépense publique, et que les programmes néolibéraux plaisent à ceux qui sont contributeurs nets. Il n'est pas étonnant non plus que les programmes néolibéraux prônent de réserver la dépense sociale "à ceux qui en ont vraiment besoin" parce que cela permet de réduire l'adhésion des classes moyennes (qui sont plutôt bénéficiaires nettes) en leur donnant l'idée que la dépense publique, ce n'est pas pour eux. C'est cela qui en fait des idées politiques puissantes : elles représentent aisément des intérêts de classe.
Dans cette perspective, il n'est pas surprenant qu'on n'ait gardé du néolibéralisme que celle qui contribue aux intérêts de classe, en négligeant tout ce qui dans "capitalism and freedom" évoque la liberté individuelle (immigration, drogues, etc).
Le marxisme c'est compliqué
Guillaume — 06/04/2008 - 01:02Ayant piteusement échoué à repondre à Pierre M. sur son blog, je le fais ici (ce qui permet aussi d'éviter la "fuite des lecteurs").
"Par ailleurs ; et pour revenir sur un point de détail de votre argumentation : vous dites que le keynesianisme, le marxisme et le libéralisme sont « des doctrines économiques appuyées sur de puissantes idées politiques ». Je pense plutôt que c’est l’inverse. Au contraire ne sont-ce pas plutôt les idées économiques qui ont en quelque sorte servi d’infrastructures aux grandes idéologies (au sens premier du terme) du XXe siècle, le communisme, l’interventionnisme et le libéralisme (je ne parle pas des totalitarismes) ?"
Même si je suis convaincu (enfin après tout ...) que vous n'aviez pas un modèle marxiste derrière la tête (c'est surtout que ça me permet de trouver un titre à moitié artificiel qui convient aux deux parties de mon commentaire), ça fait un peu l'infastructure économique (les rapports de productions) déterminent la superstructure (l'idéologie). Ce qui est en général assez faux, et en particulier pour les trois exemples que vous prenez.
Le communisme, il s'inspire de toute une philosophie politique (ne serait-ce que pour s'en distinguer) dont la tradition la plus proche est le socialisme, et le coeur de l'oeuvre d'économiste de Marx est venu sur le tard.
L'interventionisme, je serais moins sur, mais il me semble qu'il provienne avant tout de la pratique politique classique, qui a plus ou moins légitimé par la philosophie politique.
Enfin, le libéralisme économique est le fils du libéralimse politique.
@Alexandre delaigue
"C'est cela qui en fait des idées politiques puissantes : elles représentent aisément des intérêts de classe."
La vision en terme de classe est assez osé aujourd'hui, mais elle conserve sans doute son intérêt (anecdote totalement inutile quoique ... A Gibert, un étudiant au rayon socio, qui disait à son interlocuteur au téléphone, qu'il cherchait un livre sur les prolétaires, à ce moment une personne plus agé se retourne et lui dit "ne dites pas d'insulte", je n'ai pas réussi à savoir si c'était un blague ou pas).
Néanmoins, en admettant que la politique mené par le pouvoir actuel puisse être étiquetté de néolibérale, elle a convaincu 53% des électeurs qui se sont exprimés, et on peut penser qu'il n'y a pas 53% de "contributeurs nets" dans la population française, et surtout une grande part de bénéficiaire net se sont prononcé pour ce candidat, en toute connaissance de cause de ce programme. De même de l'autre coté (a moins de tenir compte de l'ensemble des dépenses publiques, et pas uniquement des transferts), il y a large partie de contributeurs favorable au "keynésianisme".
Enfin sur le fond de l'article, et sur le problème de faire apparaitre les choses comme en crise pour pouvoir réformer, il a sans doute aussi une dimension de pragmatisme. Si on s'accorde pour dire que rien n'est parfait, et que l'agenda politique est saturé (au-delà de chercher à voir comment on pourrait traiter les problèmes plus rapidement), l'une des seules manières d'effectivement traiter un dossier c'est de le rendre prioritaire, et pour cela de déclarer le domaine en crise (avec tous les effets pervers que sa comporte, on ne s'intéresse plus à l'etat de fait des dossiers mais à leur perception, ce qui dépend beaucoup des lobbies qui les portent).
En esperant ne pas avoir été trop confus.
Et puis j'en profite pour souhaiter plein de bonnes choses à J-E et Emmeline sur ce nouveau blog.
mea culpa
Pierre M — 07/04/2008 - 13:40J'ai écris ma réponse assez tard, donc pas trop réfléchi à ce que j'écrivais. C'est surement inconsciemment que j'ai réutilisé un vocabulaire qui peut s'avérer marxiste, même si je ne cherchais pas à faire d'analogie. D'ailleurs, je ne suis pas persuadé que l'on puisse en faire : infrastructure et superstructure sont tout à fait particulier dans la pensée marxiste, des concepts très élaborés, alors que je voulais juste utiliser l'image. Je souhaitais juste dire que les idées économiques (les théories) sous tendaient les idées politiques. Je ne parlais absolument pas des conditions économiques, de l'état des forces productives, etc... D'ailleurs j'en suis revenu et je pense plutôt comme Jean-Edouard qu'il y a une imbrication compliquée du politique et de l'économique. Se poser la question "qui de la poule ou de l'oeuf" n'a pas grand intérêt, après tout.
Bon après je suis pas vraiment d'accord avec ce que vous dites.
Je suis pas un spécialiste des grands auteurs, mais les écrits d'économistes de Marx ne viennent pas sur le tard. Les manuscrits de 1844 ont été publiés après la mort de Marx, m'enfin c'est comme le port-salut, c'est marqué dessus. Il a du commencé à écrire Le Capital au milieu des années 40 pour le publier 20 ans plus tard (enfin que le livre 1), et puis le manifeste du PC par exemple, c'est 1848... Donc les écrits politiques et économiques ne sont pas très éloignés en réalité.
Pour l'interventionnisme c'est compliqué, mais je pense quand même que la TG de Keynes qui parait en 36 et ses interprétations a eu pas mal d'influence sur les choix politiques en Europe au moment de la reconstruction.
Enfin dès 44, Friedriech Hayek publie la Route de la Servitude, grosse charge contre l'interventionnisme et la planification en général, et il faudra attendre la crise des années 70 et une Margie Thatcher toute en verve à la chambre de communes pour conseiller aux députés de lire et relire le "docteur Hayek". D'ailleurs en plus de l'école autrichienne, Thatcher s'est clairement inspirée de l'école de Chicago pour mettre sur pied sa doctrine politique.
Je voulais rajouter également à votre commentaire portant sur l'agenda politique, et le fait de "déclarer le domaine en crise" pour pouvoir le réformer. Il y a quand même quelque chose de nouveau depuis quelques temps : la maîtrise de l'agenda mediatico-politique était dévolue aux médias justement, parfois instrumentalisés par les politiques mais c'était quand même le fait de la classe médiatique (tiens, reparlons de classe). Il se trouve que depuis quelques mois, avec plus ou moins de succès, c'est plutôt la classe politique qui a tenté de reprendre la main sur l'agenda politique, pour ne pas dire un seul homme. Et plus qu'une simple reprise en main cela se traduit surtout par un nouveau rythme imposé.
Réponse à Alexandre Delaigue
Babou — 24/06/2008 - 22:16"Il y a quand même une spécificité du livre de Naomi Klein : elle ne se contente pas de dire "les crises sont l'occasion de l'application d'un programme", mais "ceux qui veulent appliquer un programme font exprès de provoquer des crises pour l'appliquer".
Je me demande si nous avons lu le même livre. Plus précisément, je me demande si vous avez lu le livre.
Crise économique versus événément 'imprévisible'
Pascal Warnimont — 14/04/2008 - 14:22Une distinction entre crise économique (avec guillemet sur toute les combinaisons possible) et evenement imprévisible, ou soudain ou brutal me parait nécéssaire.
Appliquer une théorie économique à une (réelle supposée etc) crise économique, par définition systémtique pour ce que j'en comprend, fait sens. Faire passer des réformes (quelles que soient, mais pas populaires) aprés un attentat ou une catastrophe me parait différent, dans la mesure ou ces événéments (meme s'ils peuvent influencer l'économie) ne sont pas de nature économique.
Par ailleurs je ne sais pas si le népotisme dans les fournitures militaires, la restriction des libertés entre autres font parties des théories néoilibérales, ou si celles si servent plutot à les couvrir d'un voile pudique.
Quant à l'organisation, aux moins partielles, de la crise économique j'ai trouvé ceci intéressant. Les premiéres mesures de Sarkozy et des libéraux belges dans les récents gouvernement sont un bon exemple d'application: http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=ARSS&ID_NUMPUBLIE=ARSS_146&ID...