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Economie et débat politique

Keynes vs. Hayek, le match… de quel siècle, au juste ? (2/2)

Jean-Edouard — 30/05/2011 - 14:11

Mise à jour avec un peu de retard, mais il n'y a qu'à dire que ce long billet compte double.

III. Le match était truqué. Une nouvelle théorie du complot

J’en viens à l’aspect qui me dérange vraiment dans la vidéo, qui est le recours à des ressorts démagogiques grossiers. J’en vois au moins trois :

David contre Goliath : la vidéo s’ouvre sur une scène où un agent de sécurité reconnaît Keynes et le laisse passer en sonnant un portique de détection sans même le fouiller, tandis que Hayek n’est pas reconnu, doit épeler son nom et subir une fouille en raison d’un malentendu. Keynes fait ensuite plusieurs fois référence à sa propre célébrité et à son influence (Lord Keynes, here I come, line up for the procession, puis That’s why I’m the master, that’s why I’m the hero). La première vidéo jouait exactement le même jeu : une réceptionniste cette fois reconnaissait Keynes et non Hayek, et Keynes rappait Sing it loud, sing it proud, we’re all Keynesians now !.

On met donc en scène le David Hayek, inconnu du grand public et que sa réputation ne précède pas, face à un Goliath Keynes ayant la faveur des médias, des professeurs et de l’opinion publique en général. David Hayek gagne, et le spectateur est censé se rendre compte de la terrible injustice faite à Hayek, si peu influent, et du complot destiné à étouffer ses idées.

Hayek est-il vraiment David et Keynes Goliath dans l’opinion publique américaine ? On peut s’amuser à étudier la question avec les (très imparfaits) outils que nous fournit Google pour estimer la popularité de l’un et de l’autre. Commençons avec le plus simple en comparant le nombre de pages trouvées par Google contenant les mots « Hayek » et « Keynes » (on appelle ça un google fight). On trouve 3.900.000 pour Hayek et 4.740.000 pour Keynes. Sauf que parmi les « Hayek » il se trouve en fait beaucoup de Salma Hayek, qui ne nous intéresse pas ici. En enlevant 1.800.000 « Salma Hayek » on tombe donc sur 2.100.000 références à Hayek non Salma. A de multiples erreurs possibles près on aurait donc un ratio de 4,74/2,1 soit à peu près 2,25 en faveur de Keynes [en fait un peu moins, puisque quelques Keynes doivent être des John Neville, mais passons]. Ce dernier serait donc plus connu, cité et étudié que Hayek, mais quand même dans des proportions moindres que la vidéo ne le suggère. Plus intrigant, si on cherche « Austrian economics » contre « Keynesian economics » on trouve 533.000 résultats pour le premier contre 311.000 pour le second !

Au lieu de regarder le nombre de pages, qui reflète plutôt le nombre de gens prêts à rédiger quelque chose impliquant Keynes ou Hayek, on peut regarder le nombre de recherches avec Google Trends, qui reflète le nombre de gens cherchant à se renseigner sur l’un ou sur l’autre. Je me restreins aux Etats-Unis, le dessin suivant montre le nombre de recherches « Hayek », « Salma Hayek » et « Keynes ». Il faut faire la différence entre la courbe bleue et la courbe jaune pour avoir « Hayek » sans Salma.

Difficile de trancher, et on voit en plus que les pics bleus dépassent largement les pics jaunes, ce qui a l’air de suggérer qu’on parle beaucoup de Salma Hayek sans donner son prénom (à moins qu’il y ait une corrélation importante entre l’intérêt des internautes pour Salma et Friedrich Hayek, mais ça paraîtrait étrange). Cela jette aussi quelque doute sur notre Google fight précédent. Recommençons l’expérience avec « Keynesian economics » et « Austrian economics » :

L’économie autrichienne apparaît moins populaire que l’économie keynésienne, mais là encore pas dans des proportions démesurées (4,5 pour 1 en moyenne si j’interprète correctement les chiffres en haut). L’intérêt pour l’économie autrichienne a l’air aussi beaucoup plus volatil (probablement en raison de l’intervention de la banque centrale).

On peut ensuite utiliser Google Ngram Viewer, qui montre le nombre d’occurrences de « Keynes » et « Hayek » dans les ouvrages numérisés depuis 1800 (il n’y a pas grand-chose avant 1930). La mesure pose encore plus de problèmes méthodologiques que la précédente, mais regardons quand même le résultat en langue anglaise et en langue française :

Il est amusant de constater une grande différence entre les deux langues. De plus on retrouve en anglais en 2000 un ratio de 2,5, proche du 2,25 du Google fight.

Que déduit-on de ces premiers graphes ? D’abord que si Hayek semble moins populaire que Keynes, c’est dans un ratio peut-être de 2 pour 1, mais pas de 1000 pour 1. Qu’au-delà des figures totémiques des deux courants, il semble qu’on parle plus sur Internet d’économie autrichienne que d’économie keynésienne. Enfin, si on en juge par les derniers graphiques, Hayek a l’air de beaucoup décoller en popularité dans les livres publiés depuis les années 1980 (mais les livres semblent assez biaisés, par exemple Marx écrase totalement Keynes aussi bien que Hayek dans toutes les périodes).

Pourquoi alors cette frustration des auteurs du clip que Hayek ne compte pas plus ? Passons à un dernier outil Google, Google Scholar. On trouve 424.000 articles scientifiques où apparaît le nom « Keynes », contre 160.000 pour Hayek. Ratio là encore pas tellement énorme, ni très différent de ce qu’on avait plus tôt. J’avais espéré pouvoir étudier l’évolution dans le temps : en comparant le nombre d’articles depuis 1992 et depuis 1993 on peut déduire ceux parus dans l’intervalle, sauf qu’on trouve souvent des nombres négatifs, d’où je déduis que cette fonctionnalité ne vaut pas grand-chose. On peut chercher une fois de plus « Austrian economics » et « Keynesian economics », on trouve 11.700 articles contre 30.600. C’est peu comparé aux chiffres précédents. Pour voir, on peut chercher « DSGE OR Dynamic Stochastic General Equilibrium », 13.600 résultats, et « Real Business Cycles », 16.300, ou encore « Taylor Rule », 12.300. J’ai tendance à croire qu’un article « autrichien » va forcément parler de « Austrian economics » à un moment, probablement aussi de « Keynesian economics » d’ailleurs, il faudrait en déduire que le nombre d’articles de tous les « Autrichiens » réunis est à peu près égal à celui des articles parlant de la règle de Taylor, ce qui n’est déjà pas mal, mais n’est pas énorme non plus. De plus, même si on ne peut pas vraiment se fier aux chiffres sur les dates, ils semblent suggérer que la moitié des articles parlant de « Austrian economics », « Keynesian economics, » « Keynes » ou « Hayek » sont parus avant 1992, alors que pour les autres termes bien plus des trois quarts sont parus après, ce qui explique la faiblesse relative des chiffres sur DSGE et RBC.

On fait là une importante découverte (redécouverte, voir la première partie du billet) : presque tout le monde aujourd’hui parmi les économistes se fiche de « l’économie autrichienne » comme de « l’économie keynésienne », vues comme des étapes révolues de l’histoire de la pensée économique parmi les économistes qui savent encore de quoi il s’agit (ceux qui ne le savent pas ont tort, mais c’est ainsi). On peut remercier Keynes ou Hayek dans un article, faire référence à leurs travaux « séminaux », mais il n’y a plus vraiment d’ « économie keynésienne » ni d’ « économie autrichienne », même si certains économistes pas toujours très jeunes s’accrochent encore aux branches.

Enfin, le défaut de Google Scholar c’est qu’il nous donne tous les articles parus, sans distinguer des articles parus dans des revues avec un taux de rejet de 95% et les actes d’une obscure conférence. On peut alors regarder des classements comme celui d’Ideas pour estimer l’impact de l’économie autrichienne. Exercice qui a encore tout un tas de limites, on pourrait notamment imaginer qu’un très bon économiste autrichien publie à dessein dans des revues mainstream, et plus simplement que des articles excellents ne soient pas cités, ou qu’une recherche importante ne soit pas publiée sous forme d’articles etc. Mais bon, juste pour voir, cherchons une revue autrichienne dans le classement. Je ne les connais pas toutes, mais la seule que j’arrive à trouver est la Review of Austrian Economics, 448e. Ce n’est pas franchement incroyable. De manière amusante on trouve le Journal of Post Keynesian Economics pas très loin, en 424e position (NB : personnellement j’aime bien l’économie post-keynésienne et je trouve que le mainstream a encore des choses intéressantes à y piocher, mais comme je suis cohérent avec moi-même je reproche tout autant aux économistes de ce courant qu’à ceux de l’école autrichienne de ne pas chercher à exprimer leurs idées dans le cadre commun).

Voilà mon interprétation, un peu provocatrice je l’admets, de tous ces chiffres : l’économie autrichienne n’existe plus vraiment dans le champ académique, et ce depuis longtemps, de même que l’économie « keynésienne » au sens du keynésianisme des années 1950. L’économie contemporaine doit énormément aux deux courants, a intégré beaucoup d’idées de Keynes comme de Hayek, et en intégrera sans doute encore d’autres, mais la recherche ne se situe plus au niveau de ces deux courants. Bien sûr, parmi les économistes qui travaillaient dans l’un ou l’autre courant au moment où ceux-ci étaient actifs, certains continuent leurs recherches et approfondissent le paradigme qu’ils connaissent, voire forment des étudiants. C’est en soi parfaitement louable, mais c’est une activité en grande partie coupée du reste de la communauté scientifique et qui fonctionne en circuit fermé, ce dont témoigne le peu d’impact de la Review of Austrian Economics comme du Journal of Post Keynesian Economics, dont les articles sont surtout cités… par des articles dans les mêmes journaux.

L’absence d’influence des idées autrichiennes dans le monde académique contraste fortement à mon avis avec l’influence dans un public cultivé, politisé mais non spécialiste. C’est ce qu’on voit avec les premiers graphes. Dans un registre plus anecdotique on peut aussi remarquer qu’une bonne moitié des messages sur le forum d’éconoclaste doit être écrite par des « sympathisants » autrichiens (qui sont au nombre de 2, mais très actifs). Autrement dit, l’école autrichienne est aussi absente du champ académique qu’elle est présente dans le champ politique et sur Internet, domaines largement abandonnés par les économistes mainstream incités à se focaliser sur la course à la publication. La vidéo me semble alors parfaitement mensongère sur ce point : à vue de nez une réceptionniste américaine prise au hasard a probablement 95% de chances de ne se dire ni keynésienne ni hayékienne, 4% de chances de se dire hayékienne, 1% keynésienne. Et ce notamment parce qu’on trouve des militants prêts à tourner des vidéos de rap « pro-hayékiennes », mais pas d’économistes mainstream pour évoquer leur position de manière aussi accessible (quelques exceptions).

Contre les « sachants » : deuxième ressort sur lequel on peut passer plus vite, certains hommes politiques nous y ayant passablement habitués en France. Le keynésianisme, ce serait la position de l’académie, des professeurs, des « sachants » donneurs de leçons qui mépriseraient le bon peuple du haut de leurs chaires et de leurs tours éburnéennes. On a d’abord le passage déjà cité où Hayek balaie d’un revers de manche les estimations empiriques, dans la vidéo on voit brièvement un chimiste verser une substance dans un tube à essai et un physicien écrire des équations compliquées vers 2 min 28s, on recommence vers 5 min 17s. Pour le texte on a le couplet de Hayek : The lesson I’ve learned? It’s how little we know, / the world is complex, not some circular flow / the economy’s not a class you can master in college / to think otherwise is the pretense of knowledge.

Bref les économistes diplômés sont simplement de faux scientifiques, qui probablement utilisent un langage et des équations compliqués pour masquer qu’ils servent certains intérêts économiques. On lie ça très bien à ce que dit Hayek : I want plans by the many, not by the few.

Il n’est pas besoin d’insister sur l’efficacité de ce genre de procédés. Il est très facile d’accuser les experts, qui peuvent difficilement se défendre, et c’est de plus flatteur pour le spectateur qui aime bien penser qu’en fait il en sait autant sinon plus que de prétendus experts. Non seulement c’est facile, mais c’est très dommageable. Un système politique qui repose sur la spécialisation ne peut fonctionner sans une certaine confiance dans les experts et les preneurs de décision, sans qu’ils aient une certaine autorité, au sens premier de ce mot. Cette confiance peut évidemment être souvent mal placée, mais c’est probablement jouer avec le feu que de chercher à l’entamer à tort (je n’hésite pas à lier la montée du FN à ce genre de jeu).

La théorie du complot : la vidéo va encore plus loin. Manifestement les économistes non seulement sont de faux scientifiques, mais en plus ils sont achetés par l’élite financière et politique américaine, et peut-être même par les extra-terrestres. Habilement d’ailleurs, rien ne le dit explicitement dans le texte, c’est la vidéo qui le laisse entendre. Hayek accuse le gouvernement et les régulateurs de collusion avec les « Wall Street execs », petit monde que l’on voit joyeusement fumer des cigares et s’échanger des liasses de billet dans la plus pure tradition des films noirs. On reconnaît d’ailleurs un sosie de Ben Bernanke parmi les protagonistes, on le voit très bien vers 7 min 32s, et on le revoit à la fin qui vient féliciter Keynes. Ensuite, il y a évidemment le fait que sur le ring Keynes est à terre mais est néanmoins déclaré vainqueur par l’arbitre, probablement acheté par les mystérieux intérêts des « Wall Street execs ». Enfin, à la fin de la vidéo on peut avoir le sentiment que journalistes et gros bonnets autour de Bernanke viennent féliciter Keynes, tandis que de plus petites gens viennent remercier Hayek d’avoir fait son possible pour les sauver du complot (en tout cas c’est le sentiment de plusieurs des commentateurs de la vidéo sur Youtube).

Nous voilà donc avertis : si le keynésianisme est si dominant, c’est parce qu’il sert les intérêts des puissants, et que ceux-ci achètent l’Université, le gouvernement et les médias pour que la vérité hayékienne n’éclate pas au grand jour. Bref, le match du siècle est truqué, heureusement les producteurs de la vidéo sont là pour éduquer les masses.

Conclusion : c’est fatal qu’on l’cite

Avec toutes mes excuses pour le premier jeu de mots hayékien de mon existence, il n’y en aura probablement pas beaucoup d’autres. La dernière partie de cette analyse explique pourquoi ce type de vidéo a tout pour faire un « buzz », elle ne fait que trop caresser dans le sens du poil des citoyens qui cherchent une explication simple de la crise économique, des coupables, et si possible qu’on les conforte dans l’idée qu’ils en savent autant que les experts (moi si j’étais au gouvernement…).

Malgré tous ses défauts, cette vidéo est-elle mauvaise une fois dressé un bilan coûts-avantages ? Certains veulent y voir un effort remarquable de popularisation de la discipline économique, ça rend « fun » celle qu’on appelait la « dismal science ». On pourrait même remarquer l’apparition des personnages de Say, von Mises et Malthus comme « soigneurs » de Hayek et Keynes (je n’ai pas vu le nom du deuxième soigneur de Keynes, si quelqu’un l’a vu…). Autant de gens que certains spectateurs iront peut-être googler. Voici d’ailleurs un dernier graphique :

La vidéo ayant été mise en ligne le 27 avril, il semble bien y avoir un impact (avec toutes les réserves que l’on peut émettre sur Google Trends), même sur Mises, et je ne peux que me réjouir si davantage d’internautes cherchent à se renseigner sur des personnages importants de l’histoire de la pensée économique. Mais est-ce qu’un internaute sans formation préalable qui va googler Hayek, Mises ou Keynes sur Internet va vraiment acquérir un intérêt pour l’économie et aller accumuler lentement de l’information auprès de bonnes sources, ou rejoindre les rangs des partisans de la théorie du complot, ce qui est quand même plus romantique ? S’il choisit la première solution, ce ne sera sans doute pas parce que la vidéo l’y a encouragé.

A la rigueur notre internaute naïf pourrait aller chercher plusieurs sources d’information et se faire une idée indépendante si la vidéo soit était plus neutre, soit se présentait clairement comme une caricature très orientée. Un site comme Leftycartoons par exemple ne cache pas son orientation politique. Ici non seulement le site ne s’appelle pas Libertarianvideos mais econstories, mais les vidéos sont présentées comme pédagogiques, d’ailleurs le site propose des petits cours rappés sur la théorie autrichienne du cycle.

Vous aussi vous aimeriez comprendre la crise ? Alors regardez deux vidéos, écoutez deux raps sur la théorie autrichienne, lisez “Economics in One Lesson” de Henry Hazlitt et comme le producteur de la vidéo John Papola vous pourrez vous aussi en savoir assez pour ouvrir votre blog sur l’économie et la philosophie. C’est sûr que ça donne plus envie que de suivre de longues études sur les bancs de l’université, surtout avec des maths dedans. Mieux vaut se dire que ce qu’on apprend à l’université n’a aucune valeur (le monde académique étant vendu à Wall Street).

Bref, premier problème, un affichage pédagogique qui ne correspond pas du tout au contenu de la vidéo. Ca fait penser à la vidéo de la BCE sur l’inflation à destination des petites classes (il faut croire qu’il n’y a pas que des keynésiens dans les banques centrales…).

Second problème : qui est derrière ? Réaliser une telle vidéo demande des moyens, la société de production « Emergent order » (véridique…) doit bien vivre d’une manière ou d’une autre. J’aimerais penser qu’il y a beaucoup d’associations prêtes à soutenir des initiatives pour populariser l’économie de manière non biaisée, mais il est probable que les généreux donateurs soient prêts à débourser davantage quand on les caresse dans le sens du poil. Le site ne donne que le nom du Mercatus Center, un think-tank un peu orienté, comme tout think-tank, mais lié à la George Mason University et avec de vrais chercheurs aussi, soyons justes, et dirigé par Tyler Cowen. Think-tank qui étrangement n’a pas tenu à se mettre trop en évidence. Comme le faisait remarquer Kinouk dans un commentaire au dernier billet, l’un des auteurs du clip est en revanche affilié à la Hoover Institution. On perd déjà pas mal en qualité. Impossible de savoir s’il y a d’autres généreux sponsors, en tout cas la vidéo a plu à la Heritage Foundation (voir ici), au Cato Institute (voir là). Au Mises Institute on a vraiment de grands fans, qui donnent toute les actualités liées à la vidéo (ici, ici aussi, et là). Il est amusant d’ailleurs de constater que le Mises Institute traduit bien souvent l’implicite de la vidéo exactement de la même manière que moi (mais en approuve le contenu, évidemment).

Ce qui nous amène au dernier problème : quel est le but de la vidéo ? Dans le contexte politique américain, il paraît difficile d’imaginer qu’il n’y a aucune arrière-pensée électorale, et que les auteurs de la vidéo ainsi que les mécènes ne se sont pas imaginés qu’il s’agissait d’une façon indirecte de critiquer la politique économique d’Obama et la façon dont la crise a été gérée, pour réclamer au contraire moins d’intervention de l’Etat, l’arrêt du sauvetage des banques etc. Sous couvert de promouvoir l’economic literacy (un sujet à la mode), on fait de la simple propagande électorale. Pourquoi choisir spécialement les figures de Keynes et Hayek ? Peut-être pour attirer les sympathies de généreux mécènes du Mercatus Center, qui regrettent le temps où on pouvait parler d’économie entre gentlemen entre une discussion sur les dernières sorties au théâtre et un débat philosophique, sans être interrompu par un impertinent chercheur qui viendrait sortir des chiffres ou prouver une incohérence logique dans le raisonnement. Bref c’est aussi une tentative de résurrection à l’heure d’Internet du « club des fumeurs de pipes » qu’était selon Solow l’économie avant Samuelson. A tout prendre, c’est l’aspect le plus sympathique du clip.

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